Automobile

Jeep, une histoire d’amour franco-américaine

Emblème de la Deuxième Guerre mondiale et de la Libération de Paris en août 1944, ancêtre du 4x4 née aux Etats-Unis avant d'être acquis par le groupe Renault, Jeep est devenue un actif stratégique du secteur automobile.
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Deux soldats américains à bord de leur Jeep pendant la libération de Paris, le 26 août 1944. © AFP/Getty Images

Quand on l’interrogeait sur les outils de la victoire américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale, Dwight « Ike » Eisenhower, citait ces quatre inventions : l’avion de transport Douglas C-47, la bombe atomique, le bazooka et la Jeep. Equipé généralement d’une mitrailleuse et d’une radio, ce véhicule accompagnait les soldats sur tous les théâtres d’opérations, transportant indifféremment (et sans aucun confort), hommes de troupe et généraux. Sur le front, les aumôniers militaires utilisaient même son capot comme un autel de messe improvisé !

A l’époque, Jeep n’était pas encore une marque, mais un nom commun, issu sans doute de la contraction de General Purpose (« engin à tout faire »). Longtemps d’ailleurs, jeep s’écrira en lettres minuscules. En France, la Jeep est le symbole du débarquement des alliés. Les images des Parisiennes applaudissant, en août 1944, les soldats américains défilant en Jeeps sur les Champs-Elysées, suscitent encore émotion et nostalgie. Plus qu’aux Etats-Unis, la Jeep a gardé en France une image positive. En septembre 1944, un journaliste français décrivait même la Jeep comme la « huitième merveille du monde ».

Si l’on reparle aujourd’hui de la Jeep – conçue en juin 1940 à l’initiative du département de la Guerre en quête d’un véhicule tout terrain –, c’est que la marque Jeep elle est devenue un actif industriel majeur dans le commerce international de l’automobile. Passant alternativement de mains américaines à des mains françaises et confortant ainsi son statut de star internationale.

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Equipée d'un moteur diesel Renault, la Jeep Cherokee est devenue le modèle le plus populaire aux Etats-Unis et a été massivement exportée en Europe dans les années 1980. © FCA US LLC

En 1979, Renault achète American Motors (AMC), quatrième constructeur automobile américain en déshérence mais détenteur de Jeep. Pépite oubliée ? En 1984, les équipes créatives de Renault sortent le Cherokee, un 4×4 compact, devenu l’un des modèles les plus prisés aux Etats-Unis, avec le rustique Wrangler. Equipé de diesels Renault, le Cherokee sera exporté vers l’Europe. C’est le début d’une carrière internationale.

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La Jeep Wrangler est la plus proche du style et de l’esprit des tout-terrains Willys militaires qui ont lancé la Jeep en 1941. Dans les années 1980, elle fut un temps équipée de moteurs Renault. © FCA US LLC

En 1987, Renault va mal. Raymond Lévy, son patron, revend AMC à Chrysler pour 1,5 milliard de dollars… au moment où le redressement porte ses fruits. Dans la transaction, la marque Jeep est valorisée à 1 dollar ! Furieux, le Français François Castaing, artisan du rebond, passe avec armes et bagages chez Chrysler. Lee Iacocca, son patron (décédé le mois dernier), s’empresse de déposer la marque Jeep – elle ne l’était pas ! – ainsi que la fameuse calandre, avec ses phares ronds et ses sept fentes verticales. Sept fentes qui valent de l’or et qu’a su faire fructifier… un autre Français, Christian Meunier, l’actuel dirigeant de l’enseigne. Pour faire de Jeep une marque mondiale, il a quitté Nissan cinq mois seulement après son embauche !

Aujourd’hui, « sans Jeep, Chrysler n’existe pas et sans Chrysler, Fiat ne pèse plus rien », résume un dirigeant de Renault, dubitatif face au projet avorté de fusion avec FCA (Fiat Chrysler Automobile), à ses yeux sur-valorisé. Pourtant, l’idée de récupérer Jeep, ancêtre des 4×4 et jadis filiale de Renault, l’excite au plus haut point. Logique : avec une progression de 17 % des ventes en 2018 (contre 2 % pour l’ensemble du groupe italo-américain), Jeep maintient sa croissance, alors que Chrysler ne représente plus que 1 % du marché aux Etats-Unis et que Fiat, tombé il y a dix ans en dessous du million de voitures vendues, ne cesse de reculer.

Avis aux acquéreurs : avec 1,6 millions de véhicules commercialisés l’an dernier, la voiture symbolique de la Libération pourrait bien devenir l’une des plus puissantes marques automobiles mondiales.


Article publié dans le numéro d’août 2019 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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