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Joseph Altuzarra remporte à New York le prix Vogue des jeunes créateurs

Deux ans après Sophie Théallet, c’est à nouveau un Français, Joseph Altuzzara, qui a remporté hier soir le prix CFDA Vogue. Outre la récompense, ce jeune créateur en vogue basé aux États-Unis a reçu une bourse de 300 000 euros. Diplômé en Histoire de l’art au Swarthmore College de Pennsylvanie, Joseph Altuzzara a notamment travaillé dans l’atelier de Marc Jacobs, puis pour Proenza Schouler et Givenchy. France-Amérique l’avait rencontré l’année dernière. Entretien.

France-Amérique : À 27 ans, vous êtes le nouveau petit chouchou de la mode. Que ressentez-vous ?
Joseph Altuzarra : Du plaisir et de la motivation, mais j’essaie de ne pas être le it-boy du moment. Dans l’industrie cyclique de la mode, on peut vite devenir le chouchou et être oublié tout aussi rapidement. Il me semble important de rester humble.

Pourquoi avoir choisi d’évoluer dans ce domaine d’activités ?
Je n’ai pas fait d’école de mode, et me suis toujours intéressé à beaucoup de choses à commencer par le dessin. J’ai ensuite travaillé avec Nicolas Caito et chez Givenchy, à Paris. Dans la mode, c’est le côté consommation d’images, publicité, qui m’a captivé. L’aspect du vêtement qui m’intéresse, c’est son côté Pygmalion. Il est possible de transformer l’identité d’une personne avec un vêtement. En tant que designer, on ne crée pas que des vêtements, mais aussi une image forte, consistante.

Est-ce l’esprit Altuzarra, l’image – travaillée – d’une femme assumée ?
C’est l’image d’une femme qui est vraiment une femme. Une femme sensuelle qui aime séduire. Aujourd’hui, il n’y a pas que les femmes de vingt ans qui veulent être sexy, qui veulent plaire. Altuzarra, ce n’est pas non plus une femme qui s’habille pour les hommes, mais pour elle-même. Il y a un côté très français, celui de la femme indépendante qui travaille, mixé avec un côté plus américain, lié à l’aspect pratique du vêtement. La femme américaine veut pouvoir zipper sa robe seule et savoir si elle peut porter un soutien gorge en dessous…

Quand on voit les bottes lacées de votre nouvelle collection, ça ne semble pas si pratique…
Les bottes ont l’air compliquées, comme ça, mais il y a un zip derrière.

Est-ce une volonté de réaffirmation de la modernité ?
La modernité, le côté contemporain, c’est très important dans nos collections. Le vêtement peut cependant être inspiré par plus vieux. Nous utilisons des tissus modernes, infroissables, le stretch, et donc l’élasthanne… ce qui est facile à porter et confortable, ce qui voyage bien. Nous travaillons la construction du vêtement.

Vous excellez dans le vêtement moulant notamment, mais toutes les femmes peuvent-elles l’assumer ?
J’aime travailler sur un vêtement prêt du corps, c’est un côté de la femme française que j’aime beaucoup. Elle est moins obsédée par ses défauts. Les Américaines pensent à la chirurgie esthétique, elles vont sans cesse à la gym. Une Française qui n’a pas un corps parfait le moulera quand même en mettant en valeur les parties du corps qu’elle préfère. Nous avons beaucoup de clientes voluptueuses et les collections marchent très bien. Les vêtements de défilé sont légèrement modifiés, les formes retravaillées, les jupes sont reproduites avec une taille plus gainante, les robes mettent en valeur la poitrine et les hanches. C’est très esthétique. 

Vous avez travaillé essentiellement sur du noir, pour cette saison. Était-ce pour mouler tout en affinant la silhouette ?
Le noir était une bonne couleur, parce que je voulais travailler avec des textures différentes. Le noir, c’est aussi le côté urbain. La collection a été inspirée de Tim Burton. Les lacets rappellent Frankenstein.

Quel sera le must have de votre collection automne-hiver ?
La veste en cuir, look numéro 7.

D’où vous vient votre inspiration ?
C’est une émotion initiale à laquelle je m’attache, qui vient souvent d’un film. Je suis très audiovisuel… et musical aussi. Je ne m’inspire pas de la peinture ou de l’art contemporain qui repose sur une réflexion intellectuelle. Le vêtement, ce n’est pas intellectuel. La mode est une réflexion émotionnelle. Quand on essaie d’être conceptuel, ça peut être beau, mais difficilement portable. Cela ne veut pas dire que je n’admire pas des designers conceptuels comme Martin Margiela. Je m’inspire aussi du couturier Azzedine Alaïa. Il sait qui est sa femme, c’est ce qui fait son génie. Il y a aussi Tom Ford, monsieur Saint Laurent, mais c’est plutôt les photographes qui m’inspirent comme David Sims ou Yuergen Teller.

Comment faites-vous pour vous renouveler sans cesse ?
Je prends des vacances. Et puis, c’est un travail d’équipe. Je n’ai pas assez d’égo pour dire que je fais tout moi-même.

Quel est le pire souvenir, à titre professionnel ?
Chez Givenchy. J’étais tellement fatigué que j’entendais l’écho de ma propre voix et pensais que je devenais fou.

Le meilleur ?
Le premier vêtement de la première collection que j’ai reçu. C’était une veste blanche. Tout d’un coup, ça devenait concret.

Quelle est votre philosophie de la vie ?
Je suis hyper superstitieux et crois dur comme fer au karma.

Propos recueillis par Sandy Prenois.

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