Livres

Joseph Andras : en mémoire d’un condamné à mort pour ses idées

Dans De nos frères blessés, récemment traduit en anglais, Joseph Andras retrace les derniers jours de Fernand Iveton, un militant communiste guillotiné pendant la guerre d’Algérie pour avoir posé une bombe qui n’a pas explosé. Un livre salué en 2016 par le prix Goncourt du premier roman, refusé par l’auteur.
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Courtesy of Joseph Andras

Fernand Iveton n’a tué personne. Militant au parti communiste algérien, il a accepté de poser une bombe dans une usine à gaz, sans intention de donner la mort. Français d’Algérie, anticolonialiste et syndicaliste, il s’était engagé à vingt ans après avoir entendu le récit des violences perpétrées par les colons et les miliciens et voulait alerter l’opinion. La bombe a été désamorcée et n’a pas explosé. Accusé de terrorisme, il est mort avant ses trente ans, le 11 février 1957, exécuté après avoir été torturé et jugé lors d’un procès expéditif. « Je ne suis pas musulman […] mais je suis algérien d’origine européenne », écrit-il dans sa cellule. « Ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur. »

Dans un récit dense et heurté, réglé sur le tic-tac de la bombe, Joseph Andras alterne deux temporalités : les derniers jours du condamné, qui lit Les Misérables de Victor Hugo, et son passé, jusqu’à l’attentat manqué. Au plus près des faits et des sensations, il met au jour une histoire enfouie sous ce que l’historien Jean-Luc Einaudi a nommé « le silence d’Etat ».

Premier roman d’un écrivain de 32 ans, De nos frères blessés, paru en France en mai 2016, a créé l’événement. En raison de son sujet encore brûlant, de la force d’une écriture au lyrisme tenu et parce que son auteur refusait d’apparaître en public. Récompensé par le Goncourt du premier roman, alors qu’il ne figurait pas dans la dernière liste du jury, Joseph Andras a décliné le prix (et le chèque de 3 800 euros l’accompagnant) en faisant savoir par son attachée de presse que « sa conception de la littérature n’[était] pas compatible avec l’idée d’une compétition ».

Depuis, l’écrivain qui s’abrite sous un pseudonyme et donne toujours aux médias la même photographie, a publié quatre autres livres, sans sortir de l’anonymat. Après avoir écrit un long poème sur le port du Havre, mis en voix par le slameur D’ de Kabal, il est parti en Nouvelle-Calédonie sur les traces d’Alphonse Dianou, militant indépendantiste kanak tué lors de l’attaque par les militaires français de la grotte d’Ouvéa, en 1988. Comme en attestent ses deux derniers livres, consacrés aux années parisiennes du jeune Hô Chi Minh et aux violences envers les animaux, Joseph Andras bâtit une œuvre puissante et politique, sans rien céder sur le terrain de la langue et de la littérature.

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De nos frères blessés de Joseph Andras, Actes Sud, 2016. 144 pages, 17 euros.


Article publié dans le numéro de septembre 2021 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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