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Journalistes : victimes collatérales

 

Deux jours après sa disparition, les autorités françaises n’ont toujours aucune nouvelle du journaliste français Gwen Le Gouil, disparu dimanche au nord de la Somalie. Au même moment, le Comité pour la protection des journalistes publiait un rapport édifiant sur le nombre de reporters tués ou disparus au cours de l’année 2007.

C’est à Bosasso, au nord de la Somalie que le caméraman aurait été enlevé dimanche en fin de matinée. Alors qu’on ignore encore l’identité et les motivations des ravisseurs, des présomptions pèsent sur la mafia d’agents des passeurs qui, chaque année, génèreraient plus de trois millions de dollars – selon l’ONG Danish Refugee Council – en utilisant leurs bateaux pour faire traverser clandestinement les réfugiés vers le Yemen. Ils seraient au total 26 000 à avoir traversé le golfe d’Aden en 2006 pour échapper à la guerre civile en Somalie qui dure depuis plus de 16 ans. Avec leurs caméras, les journalistes se portent en témoins et créent une publicité non désirable autour de ce trafic lucratif. « J’espère que le contact ne sera pas perdu et qu’il ne s’agira que d’une demande de rançon », déclarait Bernard Kouchner à propos de la disparition de Gwen Le Gouil. On parle pour l’heure d’une compensation de 70 000 dollars en échange de la libération du Français. « Ce dont on a peur, c’est que le gouvernement du Puntland décide d’utiliser la force pour libérer mon collègue, ce qui serait de notre point de vue la pire des solutions. Il faut que les négociations se poursuivent pacifiquement », déclarait Jean-Laurent Bodinier, co-fondateur d’une société de production avec Gwen Le Gouil.

Si le reporter donne autant d’importance à une libération sans intervention de l’armée, c’est sans doute par crainte des dérapages. Le 18 décembre, soit au lendemain de cette déclaration, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), fondé par des journalistes américains en 1981, publiait à New York un rapport consternant. 64 reporters auraient été tués dans le monde en 2007, soit le chiffre le plus élevé depuis 1994. Avec sept journalistes tués en Somalie, le pays est le deuxième territoire le plus meurtrier en 2007, après l’Irak qui détient le triste record de 31 victimes. Le rapport met en avant également le chiffre alarmant des 124 journalistes tués en raison de la guerre en Irak  depuis 2003. D’après les enquêtes du CPJ, près de 58% des journalistes tués travaillent pour la presse écrite, presque 73% sont tués intentionnellement (contre 17,3% en raison des tirs croisés ou des combats) et que la majorité – près de 50% – des homicides seraient perpétrés par des groupes politiques ou des officiels du gouvernement. Le Comité rappelle également le nom des 22 journalistes qui ont disparu au cours de cette année et dont on est toujours sans nouvelles.

 

Retrouvez tous les chiffres sur http://www.cpj.org/

 

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