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Keren Ann

 

Après quatre années passées à New York, Keren Ann a rapporté son studio à Paris. Guitares, vieux claviers, microsTout est rentré dans le XVIIIe arrondissement, au pied de la Butte. « Il y avait beaucoup à rapporter », dit-elle avec son sourire de jeune femme un peu timide et très têtue. Elle n’a jamais de place dans ses valises, abandonne tee-shirts et robes dans les chambres d’hôtel, en tournée. En revanche, « quand je joue le soir, dans la journée je vais dans des magasins de vieux instruments et je joue. Et quand je sens qu’un instrument peut m’apporter des idées, je me l’approprie. »

 

Alors Keren Ann voyage avec instruments et matériel de studio. Pendant quelques années, on la croyait seulement française : elle était la bonne fée de jeunesse derrière l’album Chambre avec vue d’Henri Salvador en 2000, sortait deux albums en français qui l’installaient dans les parages de Carla Bruni ou de Vincent Delerm. Puis elle a passé de plus en plus de temps à New York, de moins en moins aux Pays-Bas (une de ses nationalités), a sorti presque exclusivement des chansons en anglais. Ces jours-ci, elle est en tournée en France peu après la sortie de l’album Keren Ann (chez Delabel-EMI), enregistré entre New York, Paris et Reykjavik. Reykjavik ? Elle y travaille souvent avec un chœur de femmes et elle a même appris un peu la langue des anciens Vikings pour une création musicale à venir, commandée par le ministère islandais de la Culture. Récemment, elle chantait en arabe à la télévision avec Rachid Taha. Ses dernières chansons sont en anglais, après qu’elle a écrit de belles choses en français. Elle se refuse obstinément à la langue néerlandaise (« une maladie de gorge »), chante parfois en hébreu. Une histoire d’amour la conduit maintenant à vivre une partie du temps en Israël (une autre de ses nationalités).

 

La puissance d’une guitare nue

 

Lorsqu’elle est apparue dans le paysage, elle a déferlé partout à la fois : chanteuse française, rockeuse anglo-saxonne, guest star çà ou là, chantant Tout doucement, de Bibie, sur scène avec Vincent Delerm. Soit au moins un album par an pendant quelques années. « Je fais moins d’albums en studio, mais je fais toujours autant de musique : j’ai travaillé avec un ballet contemporain, avec une chorale, fait de la musique de documentaire… » Là, elle n’avait pas sorti de disque depuis Nolita, en 2004. Son nouvel album la montre en prêtresse d’un culte pop à la fois dépouillé et profus. Son rock traverse des humeurs cisterciennes, des paysages à la Tanguy, de larges espaces dans lesquels s’élève la puissance d’une guitare nue, le sifflement d’un clavier rare (le fameux Helmut d’Albin de la Simone), la majesté liquide d’un chœur féminin islandais, une section de cordes qui semble jouer à l’envers Car Keren Ann n’est pas seulement l’auteur, la compositrice et l’interprète de ses chansons, mais aussi la productrice de ses disques. Et c’est elle qui transforme ses minces mélodies folk en joyaux de rock contemporain : « J’aime le premier jet des chansons, leur côté folk, guitare-voix, instinctif comme le dessin sur un papier blanc. Mais j’aime aussi le côté coloré de la chanson, le travail d’architecture, sentir l’envie que ce soit tantôt lumineux et tantôt sombre. J’aime que la chanson soit à elle seule aussi complète que possible, mais une des raisons pour lesquelles j’ai choisi ce métier, c’est que j’adore l’environnement sonore. Quand j’ai la chanson, j’aime remplir l’espace: à gauche la ligne de basse, à droite le piano, puis savoir si le piano va apporter le côté sombre ou le côté aéré. Avec cet album, je me suis bien amusée. »

 

Keren Ann au Bowery Ballroom

Lundi 4 juin à 20h, $25

6 Delancey Street

New York

Tél.: (212) 533-2111

www.BoweryBallroom.com

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