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La BNP, complice du génocide au Darfour

EDITO. L’amende que la banque française BNP a accepté de payer au Département de la réglementation financière de New York – 9,7 milliards de dollars n’a rien d’exceptionnel. Cette somme qui représente un peu plus d’un an de profit est relativement inférieure à celles qu’ont versées Chase et Citibank à la suite de fraudes comparables. Il est donc inexact, ce que déclarent des dirigeants de la BNP et des hommes politiques français (l’ancien ministre socialiste Michel Rocard en particulier), que la BNP soit particulièrement maltraitée parce que française.

Pareillement, les faits reprochés à la BNP ne sont pas contestables : les dirigeants de la banque plaident coupables pour avoir violé l’embargo américain contre l’Iran, le Soudan et Cuba. La fraude a duré dix ans, a énormément rapporté à la BNP et n’a cessé qu’en 2012 à la demande de son président Baudouin Prot. Les autorités américaines se sont montrées particulièrement sévères contre les transactions avec le Soudan qui permettaient au gouvernement de Khartoum de vendre du pétrole pour acheter des armes utilisées contre les peuples du Darfour. Là encore les dirigeants de la BNP savaient ce qu’ils faisaient comme en témoignent de nombreux mails et la démission (à la veille de la retraite) du directeur de la BNP en charge de ces transactions, Georges Chodron de Courcel. Celui-ci aura été complice d’un génocide et pourrait être poursuivi comme tel par d’autres tribunaux internationaux.

La culpabilité de la BNP ne fait aucun doute mais en quoi appartient-il à des autorités new-yorkaises de la sanctionner et d’encaisser l’amende ? De Michel Rocard à la revue libérale britannique The Economist, on s’indigne de ce pouvoir excessif (abus de pouvoir, écrit Rocard dans Le Monde). Parce que la plupart des transactions internationales s’effectuent en dollars et que le circuit passe par New York, le département de la réglementation financière y détient une autorité suprême de chef de gare et superflic. BNP a violé la loi américaine sur le sol américain parce qu’elle ne pouvait pas passer par un autre chemin. La BNP n’a pas violé de lois européennes ni françaises (par d’embargo en Europe contre ces pays) encore que des dirigeants de la banque pourraient être inculpés en droit français pour faux en écritures privées : les messages internes à la banque furent délibérément falsifiés pour dissimuler les bénéficiaires réels des transactions en dollars.

La conclusion de cette sombre affaire n’est tout de même pas satisfaisante : elle révèle que le dollar règne toujours aux dépens de l’euro, qu’une banque française a été complice d’un génocide et que les dirigeants de cette banque ne sont pas poursuivis. L’amende sera payée, de fait, par les actionnaires privés de dividendes et par la masse des salariés : la direction de la BNP vient de supprimer des primes aux plus modestes d’entre eux pour compenser la perte de profits. Ces dirigeants de la BNP n’ont pas seulement violé une loi étrangère, ils ont sacrifié toute morale, toute décence.

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