Subscribe
the-forgotten-montclair-university-NJ

La Chambre bleue, Simenon revisité par Hitchcock

Le film La Chambre bleue, adapté du roman de Georges Simenon écrit en 1963, sort vendredi 3 octobre dans les salles américaines. Inspiré par les films noirs du studio américain RKO dans les années 50, l’acteur et réalisateur Mathieu Amalric signe un polar aux accents hitchcokiens.

La Chambre bleue, roman de Georges Simenon écrit en onze jours et publié en 1963, relate une passion adultère entre une pharmacienne et un prospère entrepreneur local. Tourné avec l’économie et la légèreté d’un drame criminel à petit budget, dans l’urgence, La Chambre bleue fait écho à la genèse expédiée du texte et explore certains thèmes de prédilection de l’écrivain : l’adultère, le couple, la culpabilité.

L’intrigue prend la forme d’une enquête, autour de deux morts suspectes. L’officier de gendarmerie (le réalisateur Serge Bozon), l’enquêteur de police, le psychologue (le dessinateur Blutch), le juge d’instruction, et plus tard le procureur et le juge, l’avocat,  tous interrogeront tour à tour le protagoniste, dépassé par la situation. “Il y a un côté ‘whodunnit’ (‘qui l’a tué ?’) dans la tradition américaine, avec cette structure à rebours qui permet de jouer avec le spectateur. C’est l’un des rares romans de Simenon qui n’est pas linéaire. Il raconte à l’envers”, s’amuse le cinéaste, au lendemain de la première projection nord-américaine du film au Festival du film de New York (NYFF).

“Cette chambre qui donne son titre à l’œuvre évoque celle des huis-clos hitchcockiens”, poursuit le cinéaste. “J’ai aussi été influencé par Poursuites dans la nuit (Nightfall), un film américain réalisé par Jacques Tourneur (sorti en 1957, ndlr), par Angel Face (1953) d’Otto Preminger. Et par le Fritz Lang de la période américaine, celui de L’invraisemblable vérité (Beyond a Reasonable Doubt, 1956), notamment dans la séquence du procès dans laquelle le langage devient abstrait, les mots perdent leur sens. Pour que ce soit plus crédible, nous avons fait un vrai procès judiciare, des juges ont analysé les pièces, il y avait de vrais avocats, de vrais procureurs qui ont travaillé dans les mêmes conditions qu’un procès réel. Enfin, l’audience s’est déroulée au tribunal avec un vrai public.”

Les connections américaines de Mathieu Amalric

Aux Etats-Unis, Mathieu Amalric est surtout connu du public comme une victime du “locked-in syndrome” dans Le Scaphandre et le papillon (The Diving Bell and the Butterfly, 2007) de l’Américain Julian Schnabel. Dans ce film adapté du témoignage du journaliste Jean-Dominique Bauby, qu’un accident vasculaire a condamné à vivre dans un “corps sarcophage” entièrement paralysé, l’acteur faisait preuve d’un minimalisme “de circonstance” : filmé en caméra subjective et voix intérieure, il parvint à faire entrer le spectateur dans ce “corps prison”.

Deux ans plus tôt, il apparaissait déjà dans Munich, le film de Steven Spielberg (2005), dans lequel il incarnait un indic’ du Mossad, les services secrets israéliens. En 2008, il incarne le “très méchant” Dominic Greene et défie James Bond (Daniel Craig) dans Quantum of Solace du Suisse Marc Forster. En 2012, à l’occasion de l’exposition rétrospective organisée par le Grand Palais à Paris, Mathieu Amalric signe Next to Last (Automne 63), un court métrage dédié à un tableau d’Edward Hopper : Sun in an empty room (1963). Il inscrit la même année son nom au générique de Cosmopolis de David Cronenberg.

Il se fait remarquer à Cannes en 2013 avec Tournée, son quatrième long-métrage en tant que réalisateur. Adapté de L’envers du music-hall (1912), un roman de Colette, le film raconte la tournée en France d’une troupe américaine de danseuses de cabaret burlesque “qui ont envie de voir Paris, mais ne le verront pas”. “Elles font leur show américain, vu par des Français”, dira-t-il. Cette année, on l’a retrouvé dans La Vénus à la fourrure (Venus in Fur) de Roman Polanski, originaire du même village polonais que ses grands-parents maternels. Puis chez l’Américain Wes Anderson, avec The Grand Budapest Hotel, à qui il a emprunté l’idée du format réduit 1/33, le classic ratio.

La Chambre bleue (The Blue Room), un film de Mathieu Amalric, avec Mathieu Amalric, Léa Drucker et Stéphanie Cléau. Le film sort vendredi 3 octobre à New York et Los Angeles, avant de sortir dans le reste du pays dans les prochaines semaines.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Un New York Jewish Film Festival francophileUn New York Jewish Film Festival francophile Le cinéma français est à l’honneur à l’occasion de la 23e édition du New York Jewish Film Festival organisé par le Jewish Museum et la Film Society of Lincoln Center du 8 au 23 janvier. […] Posted in Cinema
  • Sur la planète de Mathieu AmalricSur la planète de Mathieu Amalric L’insaisissable acteur et réalisateur français s’est révélé au grand public américain ces dernières années en incarnant un homme complètement paralysé dans <i>Le Scaphandre et le […] Posted in Cinema