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La fin de l’état de grâce pour le président français ?

Alors que la loi sur l’immigration incluant l’amendement modifié sur les tests ADN devrait être adoptée définitivement demain par le Parlement français, les associations de soutien aux immigrés appelaient à une mobilisation en masse ce week-end. Une vive contestation également reprise dès dimanche par le célèbre New York Times.

Un long week-end vient de prendre fin pour le ministre de l’Immigration, de l’intégration, et de l’identité nationale, Brice Hortefeux. Celui qui, en août dernier, était accusé d’accélérer les rafles pour respecter les prévisions de reconduites à la frontière, subit une nouvelle épreuve. Alors que la loi sur l’immigration, avec ses mentions sur les tests ADN, devrait être adoptée par le Parlement demain, les associations se mobilisaient ce samedi contre cette mesure dans les plus grandes villes de France. « Halte au fichage génétique » pouvait-on lire, entre autres slogans, sur les banderoles des militants réunis en masse à l’occasion la « journée nationale de la solidarité avec les étrangers ». 3 000 personnes à Paris selon les organisateurs – 1 500 selon la police -, plus de 2 000 à Lyon, mais aussi plusieurs centaines de manifestants à Marseille, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg ainsi que dans les principales villes de France affichaient leur volonté de résister à cette mesure législative. Véritable question de société, la loi sur l’immigration mobilise tous les esprits. En tête de file, des personnalités comme Arlette Laguiller, porte-parole de la lutte ouvrière, qui dénonçait « la volonté du gouvernement […] de flatter un électorat d’extrême droite ». Cette mobilisation, initiée par les associations RESF (Réseau éducation sans frontières), l’UCIJ (le collectif Uni(e)s contre une immigration jetable) et les CSP (collectifs des sans-papiers Ile-de-France), a prouvé une réelle volonté des français de s’opposer à cette loi, dont le fameux amendement controversé sur le test ADN. Face au désaccord notoire de certaines figures politiques comme Dominique de Villepin, Charles Pasqua ou François Hollande, la mesure avait auparavant déjà été considérablement assouplie en faveur des familles, lors de sa validation par le Sénat le 4 octobre dernier.

Autre phénomène qui retenait l’attention des opposants en ce début de semaine, l’article du New York Times, paru dimanche, qui dénonçait fougueusement cette « bigoterie pseudo-scientifique ». « Les questions d’immigration mettent en avant le pire instinct chez les politiciens qui devraient s’en méfier. Le Congrès – américain – l’a prouvé un peu plus tôt cette année. Maintenant c’est au tour du Parlement français », commente le célèbre quotidien américain dans son éditorial, évoquant le débat autour de la nouvelle loi sur l’immigration votée aux États-Unis début 2007. S’ils mettent en avant l’utilité des tests ADN comme moyen de preuve dans les procédures criminelles, ils qualifient la mesure française d’ « horrible » [« ugly »] loi. Le journal va même jusqu’à comparer cette législation à celle mise en vigueur pendant le régime de Pétain, sous l’occupation nazie. « Ils devraient être plus attentifs aux leçons qu’enseigne l’histoire moderne de la France. Sous l’occupation nazie et la collaboration de Vichy, des notions pseudo-scientifiques d’une descendance pure ont été introduites dans la loi française avec des conséquences tragiques », rapporte-t-il.

Pour le président Nicolas Sarkozy qui, jusque-là, semblait avoir réalisé un sans-faute au pays de l’Oncle Sam, l’adoption de cette loi va certainement poser un problème d’image.

Le New York Times, qui rappelle par ailleurs la stratégie politique de Mr Sarkozy consistant à gagner l’électorat d’extrême droite en multipliant les critiques à l’égard des immigrants – surtout les arabes d’Afrique du Nord, précise le quotidien- ne manque pas de pointer la responsabilité du chef de l’État dans l’adoption de cette mesure. « Mr Sarkozy, qui aurait pu intervenir pour arrêter cette législation à n’importe quel moment, et qui peut toujours le faire, ne l’a pas fait, et ne semble pas prêt à le faire », peut-on lire dans l’éditorial américain. La dernière phrase du papier, cinglante, porte un coup à l’image du président outre-Atlantique, après qu’il a choisi de ne pas se manifester trop ouvertement sur l’adoption d’une telle mesure : « Mr Sarkozy veut être perçu comme un homme d’État. Qu’il agisse comme tel », conclut sévèrement le prestigieux journal américain.

Avec ce soutien inespéré de la presse américaine, les associations françaises entrevoient une possibilité de rebondissement dans les jours prochains. Reste à savoir si Nicolas Sarkozy, dont l’image risque d’être par ailleurs ternie aux États-Unis par son divorce avec Cécilia, décidera de sauver sa politique, ou ses apparences.

Retrouvez l’article du New York Times sur http://groups.google.com/group/yotu/msg/104a0fbd43255e44

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