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La France bougera-t-elle?

Alors que le mouvement de grève pour le maintien des régimes spéciaux a repris dès mardi soir à la SNCF et mercredi à la RATP, d’autres rassemblements inattendus veulent s’associer à la gêne: les étudiants opposés à la loi Pécresse sur l’autonomie des universités.

90 TGV sur 700 en temps normal, une trentaine de trains Corail et un trafic RER très perturbé, les français étaient prévenus : le mouvement du 18 octobre dernier qui avait mobilisé près de 75% du personnel de la compagnie des chemins de fer avait repris dès mardi, 20h. Aucune surprise non plus face à l’annonce d’un réseau des transports en commun très perturbé en cette journée de mobilisation générale. Mercredi, la RATP prévoyait en effet un métro sur dix, en moyenne, sur l’ensemble des lignes. Véritable sport national, l’épisode du 18 octobre a prouvé que les français savaient faire face, non sans une certaine impassibilité, à ce type de situation (voir article de France-Amérique Malgré la grève des transports, tout roule). Selon un récent sondage IFOP, ils sont d’ailleurs 62% à juger la grève "injustifiée", mais 82% à s’attendre que la grève dure quelques jours ou plus.

Bien que les sept syndicats annoncent un mouvement massif, les Français, prévenus, devraient pouvoir s’organiser et contourner la perturbation. La surprise risque cependant de venir des étudiants, qui protestent massivement depuis quelques jours. Opposés à la loi Pécresse adoptée en août dernier, ils prévoient de s’unir aux cheminots et d’envahir les gares. Le mouvement a toutefois progressé inégalement lundi, divisant les opinions estudiantines sur l’attitude à adopter. 13 universités sur 85 – essentiellement spécialisées dans les lettres ou les sciences sociales – étaient toujours bloquées en ce début de semaine, provoquant la grogne des étudiants hostiles à cette paralysie. En revanche, selon l’UNEF (principal syndicat des étudiants), 17.000 universitaires (contre seulement 10.000 jeudi) participaient à la dernière assemblée générale. Au cœur des sujets débattus, l’occupation des gares à l’initiative de la « coordination étudiante ». Cette idée n’a pas fait l’unanimité, ni au sein des syndicats professionnels qui craignent un « risque de dérapage au niveau de la sécurité » (CGT-cheminot à travers la voix du secrétaire général Didier Le Reste) ou estiment que « bloquer les gares n’est pas une bonne chose » (Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force Ouvrière) ; ni au sein des étudiants : l’Unef a d’ailleurs déclaré qu’elle ne soutenait pas non plus cette action.

Les élèves de niveau supérieur manifestent contre la loi Pécresse, du nom de la ministre de l’Enseignement supérieur -Valérie Pécresse – qui prévoit l’autonomie budgétaire et gestionnaire des universités de France d’ici cinq ans. Cette loi, qui attribue aux académies une totale compétence en matière de budget, signifie également l’appel aux financements privés. Par ailleurs, l’ouverture du Conseil d’Administration des facultés aux "personnalités extérieures" pourrait permettre à des acteurs du monde économique de prétendre à un poste, et même celui de président du conseil. Une partie des étudiants perçoit donc la loi comme une manière pour les sociétés privées d’exercer une pression sur les universités en fonction de leurs besoins. Par ailleurs, ils redoutent une éducation à deux vitesses, partagée entre les universités de prestige, qui bénéficieront de toute l’attention des contributeurs et les autres, dont l’intérêt économique pourrait être moins évident, et seraient donc susceptibles de se voir délaissées.

Le financement privé, dont les États-Unis sont le modèle, semble pourtant porter ses fruits si l’on en croit le tableau du classement des meilleures universités du monde. Celles qui arrivent en têtes de liste sont principalement américaines, et financées par le privé. L’université de Cambridge et d’Oxford, pour les premières européennes, fonctionnent également sur ce système d’autonomie. Ces lieux de savoir bénéficient parfois de budgets considérables, inimaginables de la part d’un État (l’université d’Harvard dispose d’un capital de 20 milliards de dollars). Or, selon le classement établi par l’Université de Shanghai, la France est classée 47e au niveau de la performance, sur un total de 50 ! Autant dire que les élèves de l’Hexagone sont à peu près derniers de la classe… Il faut cependant relativiser cette prouesse par la hauteur du budget alloué par étudiant. En France, l’État débourse 7 500 euros par étudiant contre 16 600 euros pour les États-Unis où l’étudiant et sa famille doivent en plus ajouter en moyenne 19 900 euros – portant l’allocation à près de 36 500 euros par an.

Aux étudiants français de déterminer, dans les jours prochains, s’ils veulent maintenir le système actuel, ou au contraire, opter pour un fonctionnement qui encourage les institutions de prestige, mais aussi – et par conséquent – un fossé entre les universités reconnues ou délaissées. Une chose est sûre, ils semblent décidés à faire parler d’eux à quelques semaines des examens… Mais où était cette détermination, le 10 juin dernier, alors que la loi Pécresse était adoptée? En vacances?

Malgré la grève des transports, tout roule

http://www.france-amerique.com/actualites/article.php?id=257

Classement des meilleures universités

http://www.arwu.org/rank/2005/ARWU2005_Top100.htm

 

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