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La France réagit violemment sur la question du nucléaire iranien

Dimanche, Bernard Kouchner a utilisé des mots durs concernant les sanctions à prendre contre le programme nucléaire iranien. Si à Téhéran, le gouvernement  s’insurge et dénonce une France qui « imite [les] hurlements » des Américains, le discours est plus modéré aux Etats-Unis.   


Dimanche soir, durant l’émission politique Grand Jury -RTL-Le Figaro-LCI, Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, a relancé, par des mots violents, l’offensive diplomatique contre le programme nucléaire iranien. Le monde devrait se « préparer au pire » et « le pire, c’est la guerre », déclarait-il à la presse française. Durant le même entretien, l’homme politique a également réclamé des sanctions européennes contre Téhéran en dehors du cadre de l’ONU et a incité les entreprises françaises à cesser leurs investissements avec la République islamique –idée soutenue par les États-Unis. Si le ministre des Affaires étrangères a rappelé, le même jour, l’importance de la diplomatie dans le règlement du conflit, il a également prouvé la nouvelle détermination de la France sur la question de l’armement nucléaire en Iran.


Le lendemain, à l’occasion d’une visite à la marine française d’Angoulême, le Premier ministre François Fillon est lui aussi revenu sur le programme nucléaire iranien. Tout en rappelant qu’ « une confrontation avec l’Iran serait la dernière extrémité que n’importe quel responsable politique doit souhaiter », il a estimé que « la tension est extrême » et que « les sanctions n’ont pas été jusqu’au bout ».


Le ton et l’insistance des politiques français ont été perçus comme une provocation par l’Iran. Comme après l’intervention de Condoleezza Rice sur le sujet du nucléaire iranien en avril 2006, la République islamique a une nouvelle fois réagi par une réponse cinglante. L’Irna, l’agence de presse officielle du pays a pointé du doigt la politique de Nicolas Sarkozy en l’accusant de « copier la Maison Blanche », avant d’ajouter que « cet Européen s’est mis dans la peau des Américains et imite leurs hurlements ». Le porte-parole du gouvernement à Téhéran a quant à lui déclaré que cette menace de guerre portait « atteinte à la crédibilité de la France ».  


La position ferme de l’Hexagone n’a pas manqué de retenir l’attention des médias américains. Le New York Times a publié ce lundi un article intitulé l’Iran condamne la remarque française sur la guerre, par Nazila Fathi. Les premiers paragraphes du papier sont entièrement consacrés aux déclarations de l’Iran sur le mimétisme politique de la France à l’égard des États-Unis. « Les nouveaux politiques français sont devenus les interprètes de la Maison Blanche, alors que leurs homologues européens ont reçu positivement la démarche de l’Iran » retranscrit la journaliste, en faisant référence à l’acte de bonne volonté du gouvernement iranien de 2003 sur l’inspection des installations nucléaires par l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique).


Le gouvernement américain s’est félicité des propos tenus par le chef de la diplomatie française mais a réaffirmé vouloir privilégier l’action diplomatique. À Washington, le porte-parole du département d’État, Sean McCormack, a déclaré lundi matin : « La France a les mêmes objectifs que nous : que ce régime iranien ne puisse pas se doter d’une arme nucléaire ». S’il n’a pas écarté l’éventualité d’une guerre, il a en revanche beaucoup plus insisté sur l’option diplomatique que son homologue français. Les États-Unis, très sévères sur la question du nucléaire iranien, sont pourtant à l’origine des installations atomiques du pays arabe. En échange d’un accord sur la production de pétrole, la première puissance mondiale donnait en 1975 et 1976 les moyens à l’Iran d’établir « le cycle complet de l’atome ». Cet accord passé dans un but civil permettrait aujourd’hui de développer la bombe nucléaire. À l’heure actuelle, si l’AIEA n’a aucune preuve que l’État islamique dispose d’installations d’enrichissement à des fins militaires, des doutes subsistent aux États-Unis et dans certains pays d’Europe. Une telle exploitation du nucléaire constituerait une violation du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) signé en 1968 par 189 pays, dont l’Iran.  


La question du nucléaire devrait être au cœur des débats du Conseil de sécurité de l’ONU, auquel assistera Bernard Kouchner cette semaine.


Retrouvez l’article actualisé du New York Times Iran Condemns French Remark on War sur http://www.nytimes.com/2007/09/17/world/middleeast/17cnd-iran.html?hp

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