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La France réclame l’extradition du général Noriega

Publié le mardi 28 août 2007


Actualisé le mercredi 29 août 2007


 


Le 9 septembre, le général panaméen Noriega aura fait 17 ans de réclusion aux Etats-Unis pour blanchiment d’argent et complicité de trafic de drogue. Accusé des mêmes griefs dans l’Hexagone, sa demande d’extradition a d’ores et déjà été acceptée, malgré la requête du Panama.


 


À 72 ans, et après 17 ans d’incarcération aux Etats-Unis pour blanchiment d’argent et trafic de drogue, « l’homme fort de Panama » craint encore une condamnation dans l’Hexagone. Manuel Antonio Noriega, ancien dictateur du Panama et collaborateur pour la CIA, a été condamné en 1999 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de 10 ans de prison et 11,2 millions d’euros d’amende. Le chef d’accusation : blanchiment de 3 millions d’euros présumés provenir du cartel de drogue de Medellin (Colombie). Le Panama, partagé entre soulagement et mécontentement, a dû se résoudre à voir la demande d’extradition de Paris aboutir.


 


En 1989, le général et son épouse Felicidad – condamnée à la même peine de prison et à 15,2 millions d’euros d’amende – ont fait l’objet d’une instruction judiciaire qui a permis de découvrir et bloquer environ 7 millions d’euros blanchis depuis 1982. Ce montant ne serait que la face émergée de l’iceberg puisque pour la même période, le couple terrible aurait mandaté les services secrets panaméens pour blanchir une somme estimée à 20 millions d’euros. Déposées à la BCCI du Panama (Bank of Credit and Commerce International, fermée en 1991), les espèces étaient ensuite virées vers la BCCI de Londres pour être redirigées vers la France, la Suisse, le Luxembourg ou l’Allemagne.


 


Informé de sa mise en examen par la France en 1995, le général avait justifié cet argent investi en déclarant qu’il provenait de sa fortune personnelle et de la CIA. Ancien proche du dictateur Omar Torrijos – dont il aurait organisé l’assassinat par la suite – Noriega avait été en effet promu à la tête des services de renseignements panaméens pour devenir naturellement, par la suite, un informateur régulier des services secrets américains alors très présents dans le pays pour la surveillance du célèbre Canal. Jusqu’en 1986, il touchait périodiquement plus de 320.000 dollars du gouvernement des Etats-Unis. L’année suivante, après des années de doutes, un article paru dans le New York Times convainc finalement le Sénat américain d’en faire une persona non grata. L’homme qui aura défié effrontément les autorités internationales, commandité la mort de deux politiques, annulé les élections présidentielles dans son pays à deux reprises, blanchi des millions à travers le monde et fait du Panama la plaque tournante du trafic de drogue avait finalement été arrêté à la fin de l’année 1989, au Panama, au cours d’une opération que l’armée américaine avait baptisée pour l’occasion « Juste cause ».


 


En France, en vertu du code des douanes en vigueur en 1988, Noriega et sa femme n’ont été jugés que sur les sommes investies sur le territoire à l’époque, soit 3 millions d’euros. Le général, ayant fait opposition à ce jugement en 2002, devra être rejugé en première instance à son retour dans l’Hexagone. La juridiction française, qui a réussi à obtenir l’acceptation de sa demande par l’administration américaine, a par ailleurs requis que l’homme soit extradé immédiatement à la fin de sa peine le 9 septembre prochain. Cette nouvelle n’est pas sans provoquer des rumeurs au Panama. Selon une enquête, 64,7% des habitants du petit pays d’Amérique centrale dénoncent un arrangement secret entre Washington, Paris… et Panama. Une partie du pouvoir en place craindrait le retour du général dans un pays où ses anciens alliés siègent encore au gouvernement.

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