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La francophobie aux Etats-Unis, un mal historique et immuable ?

Comme chaque année, les Américains ont exprimé dans un sondage leur opinion sur la France. Ils sont encore 22% à porter un avis négatif sur le pays, un chiffre qui s’explique par des raisons historiques, selon le Washington Post.

“Nous aimons les Etats-Unis et vous aimez les Français, mais vous ne le dites pas toujours parce que vous êtes timides”. Cette petite phrase de François Hollande au récent dîner d’Etat à Washington illustre bien les rapports d’amour/haine entre les Etats-Unis et la France depuis des décennies. Dans un sondage de l’institut Gallup paru en février, 78% d’Américains avouent avoir une opinion favorable de la France. Un taux comparable à celui des années 90 et du tout début des années 2000, avant que la France ne refuse d’intervenir en Irak. Le taux d’approbation de la France était alors tombé à 34% en 2003 et n’avait dépassé les 50% qu’en 2006. Seule l’année 1991, lorsque la France s’est engagée dans la guerre du Golfe aux côtés des Etats-Unis et l’année 2002, ont vu un taux d’opinion favorable plus élevé qu’en 2014.

L’image globale que les Américains ont de la France aurait-elle évolué en dix ans ? Pas sûr, répond le Washington Post. Selon le quotidien américain, la France demeure la cible récurrente des railleries américaines. “Les plaisanteries sur les Français – une forme d'”humour ethnique” qui serait un motif de licenciement si elle faisait référence à tout autre peuple mais qui est largement acceptée aux Etats-Unis – existaient bien avant 2003 et l’affaire des “freedom fries”, affirme le quotidien américain.

Pourquoi diable 22% d’Américains ont encore une opinion négativede la France ? Rappelons que Mitt Romney, lors de sa campagne présidentielle de 2012, était allé jusqu’à rétracter ses compliments sur la France afin de ne pas froisser une partie de l’électorat. “L’hostilité des Américains à l’égard de la France et des Français est si profondément enracinée – et si déroutante – qu’elle a donné naissance à une microlittérature universitaire visant à en établir l’origine”, témoigne le Washington Post.

Deux volontés d’universalisme qui s’affrontent

Ces différents travaux sur l’origine de la francophobie affirment que plus la France et les Etats-Unis se rapprochent – des valeurs culturelles partagées, des régimes politiques quasiment identiques, un passé militaire commun au Vietnam et dans les guerres mondiales, cite en vrac le Washington Post –, plus les deux pays renforcent leur antagonisme. “Les systèmes politico-culturels américain et français sont universalistes, ce qui veut dire que chacun de nous part du principe que son système est si parfait que le reste du monde devrait l’adopter. Et nos deux pays se posent en inventeurs et en champions de ces idéaux démocratiques. Or, il ne peut y avoir qu’un seul numéro un. Etant fondamentalement exclusifs, les postulats français et américains peuvent entraîner un sentiment très réciproque de rancœur et de dédain, écrit le Washington Post citant notamment la thèse de Pierre Bourdieu sur le sujet.

Autre explication avancée, la volonté de la France, après la fin de la Deuxième Guerre mondiale de se défaire de l’emprise américaine. Une détermination symbolisée par la décision du général de Gaulle de se retirer du commandement intégré de l’OTAN. Depuis, l’image que renvoie la France est celle d’un pays insoumis, prétentieux, se pensant supérieur au modèle américain. Un pays ingrat en dépit de l’aide américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale. Une vision de la France qui a alimenté les blagues dans la pop culture américaine, au point de devenir un gag récurrent dans la série Les Simpson où les Français sont décrits comme des “cheese-eating surrender monkeys”. Une expression qui a depuis trouvé sa place dans le dictionnaire des citations d’Oxford…

On retrouve d’ailleurs cette francophobie et ce portrait d’une France non reconnaissante dans certains des commentaires publiés dans l’article du Washington Post : “Sans les Etats-Unis, la France parlerait allemand aujourd’hui”, “Je suis d’accord avec Mitt (Romney) : la France est un beau pays. Mais ce serait encore plus beau s’il n’y avait pas autant de Français” ou encore “Nous détestons la France parce qu’elle s’est rendue face à l’Allemagne sans vraiment avoir combattu”.

Les Français rendent la pareille

L’institut de sondage Gallup a posé une question un peu différente en 2013 aux Français leur demandant leur avis sur les qualités de leadership des Etats-Unis. 26% des Français ont affirmé avoir un avis négatif sur la direction politique du pays, 34% n’avaient pas d’avis et 40% avaient une opinion positive. Un chiffre en augmentation de 3 points par rapport à 2012, mais toujours inférieur aux 55% d’approbation lorsque Barack Obama faisait ses premiers pas en tant que président en 2009. Une baisse sur quatre ans qui peut s’expliquer par les scandales des écoutes de la National Security Agency, par la promesse non tenue de Barack Obama de fermer la prison de Guantanamo ou encore l’usage des drones dans les conflits mondiaux. Avec 42% d’opinions favorables aux Etats-Unis, la politique de Barack Obama rencontre donc un taux de satisfaction comparable à celui qu’il obtient en France.

Outre les faits politiques précédemment cités, la volonté d’universalisme et celle d’être prise en exemple de la France peut là aussi expliquer l’antiaméricanisme persistant, même s’il est aujourd’hui minoritaire. La France ne veut pas “s’américaniser” mais continuer à croire au rêve américain. Les deux pays sont peut-être trop similaires, trop concurrents, pour se rapprocher de manière définitive. Une idée que l’on retrouve également dans les commentaires de l’article du Washington Post : “Les Etats-Unis et la France sont plus semblables dans leurs perspectives, leurs attitudes et leurs perceptions de soi qu’ils ne veulent bien l’admettre”.

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