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La francophonie, un moteur économique fragile pour la France

Selon un rapport remis à François Hollande cette semaine, le potentiel économique de la francophonie est insuffisamment exploité par la France. Si des efforts ne sont pas consentis pour développer l’apprentissage et l’utilisation du français, les entreprises et l’emploi en France vont en pâtir dans les années à venir.

Alarmiste mais pas défaitiste, le rapport consacré à “la dimension économique de la francophonie” de l’économiste Jacques Attali imagine deux scénarii possibles : l’un où la langue française recule dans le monde, l’autre ou, au contraire, elle progresse. Actuellement, 230 millions de gens parlent français dans le monde. Au total, l’ensemble des pays francophones et francophiles représente 16 % du PIB mondial, alors que les francophones ne représentent encore que 4 % de la population mondiale. Deux pays partageant des liens linguistiques – français par exemple – tendent à échanger environ 65 % de plus que s’ils n’en avaient pas selon des études récentes.

La langue française est aujourd’hui à un tournant. “Il faudrait aller vers une union francophone potentiellement aussi forte et intégrée que l’Union européenne afin de renforcer la coopération sur des secteurs économiques essentiels”, a expliqué Jacques Attali lors de la présentation mercredi de son rapport. Recherche, santé, culture, enseignement, nouvelles technologies, les secteurs sur lesquels pourrait se concentrer cette union sont nombreux selon l’économiste, qui a annoncé la création d’un groupe de travail pour examiner les propositions de son rapport. Selon Jacques Attali, “l’enjeu est considérable mais trop souvent considéré comme anecdotique”, et la coopération dans le domaine de la francophonie est encore trop limitée aux seules questions culturelles. “Nous pouvons perdre beaucoup, mais également beaucoup y gagner. L’impact de la francophonie peut représenter jusqu’à un million d’emplois et 50 milliards de dollars au niveau de la balance des paiements”, estime-t-il.

Développer un nouveau réseau de lycées privés dans le monde

D’ici à 2050, le nombre de francophones pourrait atteindre 770 millions selon les chiffres de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), et le besoin en infrastructures pourrait porter la croissance des pays “francophilophones”. Un scénario jugé très optimiste par Jacques Attali voir quasi-irréaliste. Néanmoins, pour que le nombre de personnes parlant français augmente et que l’économie des pays francophiles et francophones en profite, Jacques Attali a établi 53 propositions. Parmi elles, nombreuses ont trait à l’enseignement de la langue. Le rapport préconise ainsi de renforcer les politiques d’intégration par l’apprentissage du français en direction des communautés immigrées. Autre idée qui pourrait intéresser directement les Français d’Amérique du Nord, la création d’un grand groupe privé d’écoles en français aux côtés du réseau existant, afin de “répondre à la demande très importante d’enseignement en français dans le monde entier”.

Attirer les populations non francophones vers l’apprentissage du français, grâce à la musique et au cinéma français par exemple, serait aussi un moyen de développer de nouveaux échanges économiques. Le rapport insiste également sur l’aide vitale à apporter aux pays africains francophones afin qu’ils offrent à l’ensemble de leurs populations un accès à la scolarisation en français. “Cet enseignement ne doit pas uniquement s’adresser aux élites”, estime Jacques Attali, pour qui “l’enseignement de base en langue française est l’une des clés de la réussite pour le développement de ce potentiel économique”.

Autre mesure à prendre, diffuser la culture française dans le monde entier et plus particulièrement dans les pays francophones. Concrètement, le rapport préconise la construction par des entreprises françaises de salles de cinéma en Afrique francophone et la programmation d’un quota de films francophones dans ces pays. Jacques Attali souhaiterait également donner un nouveau rôle aux réseaux d’alliances et instituts français dans le monde, celui d’agent touristique de la France et de lieu de promotion des produits français.

Dernière projet phare, créer un guichet douanier pour les francophones dans les aéroports des pays francophones, afin de rendre tangible un sentiment d’appartenance à une communauté.

La francophonie garante du rayonnement de la culture française

Faute d’un effort majeur, un recul de l’espace francophilophone est à prévoir selon Jacques Attali. Le nombre de francophones pourrait décroître, sous la pression de la concurrence des autres grandes langues internationales, des langues locales, et face aux difficultés de certains pays francophones du sud à assurer l’accès à l’éducation de leurs populations en situation d’explosion démographique. Si rien n’est fait, le nombre de francophones en 2050 pourrait alors être inférieur à celui d’aujourd’hui, au lieu de croître jusqu’à 770 millions.

Ce déclin de la “francophilophonie” entraînerait une perte de parts de marché pour les entreprises françaises, une perte d’attractivité pour les universités, la culture et les produits français et en français. Cela entraînerait la destruction de 120 000 emplois en France dès 2020, soit 0,5 point de chômage en plus, et d’un demi-million de postes en 2050, soit 1,5 point de chômage en plus.

“Si rien n’est fait, le français peut disparaître. La langue a un potentiel de croissance économique considérable. Il faut considérer que c’est un moteur majeur de croissance, il y a une nécessité à en faire une priorité”, conclut le rapport.

La puissance de la francophonie, un leurre ?

Sur le poids réél et le potentiel économique de la francophonie, des voix discordantes se font entendre, estimant que l’influence de la francophonie est trop souvent surestimée. Un rapport rédigé en 2014 par Patrick Messerlin, professeur émérite à Science-Po Paris, affirme que les chiffres du PIB total des membres de la francophonie sont érronés puisqu’ils incluent les richesses produites par les habitants non francophones des pays membres. Plus encore que Jacques Attali, Patrick Messerlin est aussi très sceptique vis à vis l’étude de la banque d’investissement Nataxis, abondamment citée dans les médias, qui concluait que le français serait la première langue parlée dans le monde en 2050. “Cette conclusion pour le moins étonnante vient du fait que cette étude ne fait pas la différence entre habitants et locuteurs, et ne prend aucunement en compte la dynamique de la concurrence entre langues (…) La francophonie est beaucoup plus modeste et fragile qu’on ne le dit”.

A l’inverse de l’étude de Jacques Attali, le rapport de Patrick Messerlin estime que la francophonie économique doit se concentrer sur les industries culturelles “qui, certes de taille modeste sur le plan économique, jouent un rôle majeur dans la mondialisation”. Selon ce rapport, l’attractivité de la culture et de l’économie francophone ne pourra se mesurer qu’en comparaison avec l’influence de la Chine et l’Inde, pays qui cherchent également à étendre le rayonnement de leur culture.

Cliquer ici pour accéder au rapport complet de Jacques Attali

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