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La French Tech se déploie dans la Silicon Valley

Les success-stories de Français dans la Silicon Valley sont fréquentes et médiatisées. Une réussite qui s’explique en partie par l’entraide française et les différentes plates-formes venant en aide aux entrepreneurs qui s’installent en Californie. Des structures toujours plus nombreuses qui essaient tant bien que mal de ne pas se marcher sur les pieds.

Le 12 février dernier, François Hollande, en visite d’Etat aux Etats-Unis, inaugurait à San Francisco le French Tech Hub, un incubateur et accélérateur de start-up destiné aux entrepreneurs français. Le but : aider les entreprises high-tech françaises à conquérir le marché américain. Locations de bureaux, appui administratif, création d’un réseau, rencontres organisées avec des investisseurs américains sont autant d’aides d’accompagnement que le French Tech Hub pourra apporter aux start-up françaises.

Ce French Tech Hub n’a pas été créé de toutes pièces par le gouvernement français. Il prend le relais d’un incubateur lancé il y a deux ans, Hubtech 21, destiné uniquement aux entrepreneurs d’Île-de-France, et piloté par la région à travers sa structure Prime (Paris region international mission entreprise). Outre le French Tech Hub, on trouve dans la Silicon Valley d’autres incubateurs créés par des Français et qui s’adressent tout particulièrement à leurs compatriotes comme Parisoma, ou Orange Fab.

A ces différentes structures s’ajoutent le soutien (non financier) apporté par les conseillers du commerce extérieur, la Chambre de commerce franco-américaine de San Francisco, UbiFrance, et par des sociétés comme l’European American Enterprise Council (EAEC), créé par le Français Sébastien Torre, qui conseille depuis 15 ans les entreprises françaises dans leur développement sur le marché américain. Pour ce dernier, la France est, derrière l’Allemagne, le pays européen avec la plus forte présence aux Etats-Unis et dans la Silicon Valley. “On croit toujours que les Français n’aiment pas se retrouver à l’étranger mais on constate qu’il existe une vraie entraide au sein de la communauté. Les structures d’accompagnement ne manquent pas et les entrepreneurs avec un peu d’expérience aident souvent ceux qui viennent d’arriver aux Etats-Unis”.

Une concurrence entre Français ?

L’arrivée du French Tech Hub, une nouvelle structure pour les entrepreneurs français de la Silicon Valley pose la question de la concurrence avec les plates-formes déjà existantes. “Le French Tech Hub propose des services un peu différents de la FACCSF. Ils ont un appui administratif plus développé quand la Chambre de commerce offre un networking plus conséquent. Mais tant qu’il n’y aura pas de partenariat entre nous, il y aura effectivement un peu de concurrence. Les entrepreneurs peuvent faire des devis, échanger avec les deux structures et voir ce qui leur convient le mieux”, précise Sophie Woodville Ducom, directrice exécutive de la Chambre de commerce franco-américaine de San Francisco. S’il n’est pas encore acté, un partenariat entre la FACCSF et le French Tech Hub devrait à terme être mis en place. “Il faut éviter ces concurrences, dans un souci d’être au service de l’entrepreneur, lui montrer qu’il y a des services différents et utiles à la FACCSF et au French Tech Hub”, poursuit-elle.

“HubTech 21 – l’ancêtre du French Tech Hub – n’a pas eu des milliers de clients depuis sa création, notamment parce qu’il y a beaucoup d’autres structures d’accompagnements françaises mais aussi américaines”, affirme Sébastien Torre. Mais ce dernier préfère rester positif et affirme que la multitude des structures peut être bénéfique. Mais, prévient-il, “il faut faire attention à s’ouvrir très rapidement à l’écosystème local, et à travailler avec des Américains”. Rester dans le franco-français a été l’une des critiques adressées au French Tech Hub lors de son inauguration. “Une boîte doit vite devenir franco-américaine, et travailler avec des investisseurs locaux pour réussir.  C’est un tremplin essentiel. Il faut avoir une couleur américaine, pour pouvoir faire les deals. Il faut ressembler à une boîte que les Américains comprennent”, affirme Sébastien Torre. Marie Buhot-Launay, responsable du marketing au French Tech Hub affirme que la structure publique ne veut pas tomber dans ce travers du franco-français, et va travailler en conséquence avec un maximum d’Américains.

Pourquoi l’Etat français investit dans la Silicon Valley ?

Avec un budget conséquent d’un million d’euros par an, le French Tech Hub aura bien dû mal à rentrer dans ses coûts. C’est le problème et l’avantage d’une structure institutionnelle, souligne Sébastien Torre. “Une plate-forme comme celle-là, et on l’a vu déjà avec Hubtech 21, demande beaucoup de ressources. Ce qui veut dire que l’Etat accepte qu’il y ait un coût sans fond, en échange d’une aide à l’export pour les entreprises françaises”. Marie Buhot-Launay, responsable du marketing au French Tech Hub affirme que la structure essaiera “au maximum d’être la plus autosuffisante et d’équilibrer les coûts”, tout en aidant une soixantaine de sociétés par an.

Elle devrait surtout générer des retombées économiques positives en France, en s’appuyant sur des exemples de réussite, comme Critéo, la start-up française spécialiste du ciblage publicitaire sur internet, qui, après trois ans d’activité en France a décidé de s’installer en Californie. Son chiffre d’affaires a explosé et a permis l’embauche de très nombreux salariés en France. Un schéma que le French Tech Hub espère favoriser. “Souvent, les entreprises high-tech qui s’installent dans la Silicon Valley conservent leur siège en France, mais surtout une partie de leur équipe. Les développeurs français sont moins chers, plus fidèles à leur entreprise et souvent très heureux de travailler pour une société internationale depuis Paris. C’est donc en France que l’entreprise va recruter grâce à l’argent acquis sur le marché américain”, confirme Sébastien Torre. “On vient davantage aux Etats-Unis pour conquérir un marché et trouver des investisseurs plus nombreux à prendre des risques aux Etats-Unis, que pour recruter”.

Paris, environnement propice ou défavorable aux start-up ?

Un article du 22 mars du New York Times intitulé “Au revoir entrepreneur” s’alarmait sur ces Français qui quittent définitivement la France pour monter leur société à Londres ou San Francisco. “Pour débarquer aux Etats-Unis, il faut avoir déjà un produit qui est prêt, donc une boîte en France. Les entrepreneurs qui réussissent ici en ne partant de rien sont très rares”, rappelle Sébastien Torre.

Selon lui, la France et notamment Paris ont mis les bouchées doubles pour développer un écosystème favorable aux start-up. “En France, il y a de grandes écoles d’ingénieurs, des entrepreneurs ambitieux et maintenant de très beaux incubateurs. Des personnes comme Xavier Niel prouvent que l’on peut monter un empire high-tech de France”. “Paris est en plein boom pour le high-tech“, confirme Marie Buhot-Launay, responsable du marketing au French Tech Hub. “L’environnement est favorable à l’éclosion de start-up. Mais le marché français reste petit pour l’instant. C’est pourquoi les entrepreneurs se tournent vers les Etats-Unis pour toucher un marché mondial”.

Les success-stories comme Critéo sont appelées à se répéter affirment en chœur la FACCSF et le French Tech Hub. “Je trouve la nouvelle génération d’entrepreneurs plus mondiale dans l’âme. Ils comprennent les spécificités du marché américain et sont conscients qu’il faut venir sur place pour prospérer. Auparavant, l’attitude des entrepreneurs étaient de se dire ‘je me développe sur le marché national et quand je n’arrive plus à croître, je me tourne vers l’export.’ Aujourd’hui, les entrepreneurs se tournent plus mécaniquement vers les Etats-Unis pour se développer rapidement”, déclare Marie Buhot-Launay du French Tech Hub. Sébastien Torre qui a aidé de très nombreuses entreprises françaises à se développer depuis quinze ans confirme : “l’entrepreneur français d’aujourd’hui a beaucoup mieux intégré et compris le marché américain que l’entrepreneur du début des années 2000”.

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