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La grève divise la France

Actualisé le 21 novembre 2007

Au septième jour de mobilisation contre la réforme des régimes spéciaux, la grève reprenait avec une ampleur inattendue. Alors que Nicolas Sarkozy réaffirmait sa volonté de ne pas « céder », des négociations se sont rouvertes, mercredi, dans un climat de tensions

Le siège de la SNCF était le théâtre des négociations entre le gouvernement, la direction de la Société des chemins de fer français et les syndicats. Si plusieurs centaines de cheminots grévistes s’étaient réunis devant le siège pour cette occasion, leur demande concernant le retrait de la réforme pourrait faire l’objet d’un bras-de-fer durant plusieurs semaines. Une situation qui n’est pas sans créer un certain agacement chez les Français.

Le mouvement de grève enclenché le 18 octobre dernier – et qui avait donné des signes d’affaiblissement – avait finalement repris un nouvel élan, mardi, alors que des centaines de milliers de fonctionnaires manifestaient sous les banderoles « Ensemble pour les salaires, l’emploi et les services publics ». Unis aux cheminots, ils étaient au total 30.000 manifestants selon la police – 70.000 selon les syndicats – à incriminer la politique de Nicolas Sarkozy dans les 148 défilés organisés partout en France. Les fonctionnaires, dont le mouvement a été suivi par 39% d’entre eux selon le gouvernement (60% selon les syndicats), ne défilaient pas pour le maintien de la durée des cotisations à 37,5 années (comme le réclame les syndicats des transports), mais bien contre la suppression des postes et la baisse de leur pouvoir d’achat.

« On ne cèdera pas et on ne reculera pas » a pourtant asséné le président de la République qui déclare « c‘est une véritable rupture qui est devenue nécessaire pour empêcher le déclin ». Concernant les revendications des fonctionnaires, il a toutefois assuré qu’il prendrait bientôt « d’autres initiatives pour répondre à l’angoissante question du pouvoir d’achat, de la croissance et de l’emploi ».

Si, selon un récent sondage, les français soutiennent à 53% l’initiative des salariés de la fonction publique, les desideratas des cheminots sont, eux, largement récriminés par la majorité des français. La population, prise « en otage » selon les propres mots du chef de l’État commence à manifester une certaine exaspération face à la paralysie du système. Les blocages dans les universités, gares, transports en commun et désormais écoles, collèges, lycées et d’autres secteurs du service public gênent lourdement le quotidien des français qui se font de plus en plus entendre. La population semble aujourd’hui divisée entre les « anti-sarkozistes », les « pro-sarkozistes » et ceux qui jugent certaines de ces réformes indispensables mais dénoncent les manières de faire du président.

Aujourd’hui, cette situation crée de vives tensions chez les Français : « Je ne comprends pas pourquoi les cheminots refusent de s’aligner sur le temps de travail effectué par la majorité de la population ! En plus de ça, ils pénalisent les moins avantagés en bloquant les transports en commun et les gares. Le problème, c’est qu’ils nous considèrent comme des « usagers » et ce terme a quelque-chose de dévalorisant. Il ne faut pas oublier que nous sommes avant tout des clients qui payons pour un service !», s’irrite haut-et-fort un passager, gare de Lyon.

Il n’y a pas que sur les lieux de conflits qu’une partie de la population s’insurge. Sur le célèbre réseau Facebook, les profils français reflètent la tendance. « Non à la grève, Non aux blocages, Oui au travail », « Contre la grève du 18 octobre », « Grève contre les grévistes », sont autant de groupes qui comptent chaque jour de plus en plus d’adhérents sur la toile.

Le gouvernement, qui a chiffré le coût de la grève des transports à plus de 300 millions d’euros par jour, mise sur un essoufflement de la grève dès mardi soir et sur les négociations de mercredi. Un pari risqué pour Nicolas Sarkozy dont la côte de popularité semble s’effriter. Car si la plupart des syndicats semblent prêts à négocier, la CGT, noyau dur du mouvement, n’arrêtera pas la mobilisation sans concession majeure de la part du gouvernement.

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