Subscribe

La justice demande à Jacques Chirac de rendre des comptes

Pour la première fois, un ancien président de la République française, Jacques Chirac, a été mis en examen mercredi 21 novembre dans l’affaire des chargés de missions de la ville de Paris.

L’article 68 de la Constitution sur la responsabilité pénale protégeait le président de la République en fonction : « Le Président n’est responsable des actes commis dans l’exercice de ses fonctions qu’en cas de haute-trahison ». Désormais citoyen « lambda », Jacques Chirac est devenu un justiciable comme les autres. Il a été mis en examen mercredi midi pour « détournements de fonds publics » dans l’affaire des chargés de mission de la ville de Paris. Selon son avocat Me Jean Veil, Jacques Chirac a été entendu pendant trois heures sur l’organisation générale de la Mairie de Paris et sur « l’organigramme des responsabilités des uns et des autres ».

L’ancien maire de Paris (1977-1995) sera à nouveau entendu sur le fond du dossier dans quelques mois.
L’affaire des chargés de missions de la ville de Paris remonte à la période qui s’étend de 1983 à 1995. Une quarantaine d’emplois, que la justice soupçonne d’être fictifs, payés par la mairie de la capitale avaient été accordés à des personnalités de droite et des proches de Jacques Chirac.

L’ancien président avait déjà été auditionné en juillet dernier dans son bureau par le juge Alain Philibeaux de Nanterre (Hauts-de-Seine). Cette fois, Jacques Chirac a été  convoqué et entendu par la juge d’instruction Xavière Siméoni.
Une vingtaine de personnes sont poursuivies dans cette affaire pour avoir bénéficié d’un emploi « suspect » au cabinet du maire de Paris ou pour en avoir fourni un. Par exemple, Michelle de Charrette, l’épouse d’Hervé de Charrette, ancien ministre des Affaires étrangères de 1995 à 1997, ou Marie-Thérèse Poujade, la femme de l’ancien maire de Dijon, Robert Poujade.
Plusieurs personnalités ont déjà été mises en examen parmi lesquels des anciens directeurs de cabinet de Jacques Chirac : Michel Roussin, Daniel Naftalski et Robert Pandraud.

Dans une tribune du Monde, l’ancien président se défend de ces accusations : « Jamais les moyens de la ville de Paris n’ont été mis aux services d’autres ambitions que d’agir pour les Parisiennes et Parisiens. Jamais il n’y a eu d’enrichissement personnel ». Il assure que les emplois en question avaient été « autorisés » par le conseil municipal, et admet avoir « souhaité et autorisé » l’embauche des ces chargés de missions qui étaient « légitimes autant que nécessaires ».
Les réactions des politiques de tous bords ne se sont pas faites attendre après l’annonce de la mise en examen de Jacques Chirac. Pour le socialiste Arnaud Montebourg, « C’est bien tard pour s’en prendre à un homme âgé qui a des problèmes de santé et qui s’est retiré de la vie publique », « C’est une sorte de…victoire posthume ». Le porte-parole des députés socialistes et secrétaire national du PS chargé de la justice André Vallini a déclaré que « comme tout justiciable », Jacques Chirac « doit bénéficier de la présomption d’innocence et ne doit faire l’objet d’aucune indulgence ni d’aucun acharnement particulier ». Yves Contassot, maire adjoint de Paris (Verts), affiche clairement sa satisfaction : il s’est « félicité » de cette mise en examen « après tant d’années de bénéfice, d’impunité en tant que président de la République ».

Côté UMP, Henri Cuq, le député des Yvelines proche de l’ex-chef de l’État, a affiché sa confiance : « Jacques Chirac ne craint rien ». « Il a passé sa vie au service de la France et des Français. Aujourd’hui, il s’explique sur cette affaire des chargés de mission de la Ville de Paris (…). Il le fait en responsabilité avec la dignité, avec le sens de l’honneur qui l’a caractérisé durant toute sa carrière ». Le député UMP Jean-Pierre Grand a défendu l’ancien maire de Paris : « reprocher aujourd’hui à Jacques Chirac d’avoir embauché des collaborateurs dont il avait besoin, pour certains il y a trente ans, relève d’une forme d’inquisition politique sans précédent ». Pierre Mazaud, ancien président du Conseil constitutionnel, a exprimé à son proche son « estime et [son] amitié », en ajoutant que « c’est un peu tardif » pour le juger près de 25 ans après les faits qui lui sont reprochés.

En attendant les suites de l’affaire, dont les faits sont passibles de dix ans de prison et de 150 000 euros d’amende, Jacques Chirac peut continuer à siéger au Conseil Constitutionnel selon plusieurs juristes.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related