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La littérature française respire-t-elle encore ?

“Elle ne s’est jamais aussi bien portée”, a déclaré Pierre Jourde, auteur de La littérature sans estomac (prix critique de l’Académie Française en 2002) lors d’une rencontre mercredi soir à la Maison française de l’université Columbia en présence du professeur et historien de littérature française Antoine Compagnon et de la professeure de littérature comparée Elisabeth Ladenson.

Le thème de la soirée était inspiré d’une conférence donnée par Julien Gracq à l’Ecole normale supérieure en 1960, intitulée : “Pourquoi la littérature respire mal”. L’écrivain y dénonçait l’usage de “signaux qui font littérature” et se déclarait contre l’introduction du théorique dans le littéraire. Invité, le professeur de littérature Antoine Compagnon a rappelé qu’”à toute époque, il existe un topos qui veut que la littérature se porte mal, ce que Raymond Aron appelait ‘l’illusion rétrospective de nécessité’. Certes il y a eu de grands moments, comme l’année 1913 où sont publiés Du Côté de chez Swan de Marcel Proust, Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier et La Colline inspirée de Maurice Barrès. La littérature ne se porte pas plus mal aujourd’hui qu’à d’autres époques.”

Le champ littéraire français dénombre quelques absences, peut-être passagères : l’exercice du pastiche, autrefois indispensable dans la formation d’un écrivain, a aujourd’hui disparu. Les deux enseignants soulignent que les écrivains français ne se lisent plus les uns les autres, et regrettent l’absence de ce “commerce mutuel”. Dans le passé, les maisons d’édition demandaient aux romanciers de rédiger des préfaces des œuvres classiques. On s’adresse aujourd’hui aux universitaires, ce qu’Antoine Compagnon qualifie avec humour de “gangrène”.

Dans ce panorama de la création littéraire contemporaine, Pierre Jourde et Antoine Compagnon ont pointé “l’envahissement de l’autofiction” et souligné des éléments de renouveau littéraire : d’abord le retour du passé et des thèmes tabous comme la guerre et la période coloniale. Les auteurs parlent à nouveau de la France, de la Nation, de l’identité et de la guerre. Patrick Mondiano écrit d’ailleurs sur la période des années noires.

L’écrivain français Patrick Modiano prix Nobel de littérature

Qualifié de “Marcel Proust de notre temps”, Patrick Modiano a reçu le prix Nobel de littérature, jeudi 9 octobre. Dans la lignée du poète Sully Prudhomme, premier récipiendaire du Nobel en 1901, Patrick Modiano est le quinzième Français a être distingué. Le romancier a publié une trentaine de livres et cosigné les scénarios des films Lacombe, Lucien (1974) de Louis Malle et Bon Voyage (2003) de Jean-Paul Rappeneau. Il jouit d’une grande popularité en France mais reste peu connu à l’étranger.

Dix de ses romans ont été traduits aux Etats-Unis et quelques-uns sont encore disponibles à la vente. La prestigieuse récompense devrait favoriser de nouvelles traductions et aider à la reconnaissance internationale du Français, comme ce fut un peu le cas pour Jean-Marie Gustave Le Clézio après son Nobel en 2008. Les deux auteurs sont publiés en anglais par la même maison d’édition David R. Godine. Autre acteur clé de la diffusion de la littéraure française en Amérique, les presses universitaires publient la traduction d’un ouvrage français sur cinq. Le prochain livre de Patrick Modiano, Suspended Sentences : three novellas, sortira en novembre chez Yale University Press.

Le littérature française est la plus traduite aux Etats-Unis

Les romans de Patrick Modiano font partie des 1% de romans étrangers traduits en anglais et publiés chaque année aux Etats-Unis (contre un roman sur trois en France). Le français est la langue la plus traduite aux Etats-Unis, devant l’allemand. Comme le rappelait Laurence Marie, attachée culturelle, responsable du Bureau du livre aux services culturels de l’ambassade de France à New York, dans une tribune publiée par BibliObs en janvier dernier, environ 300 livres d’auteurs français paraissent chaque année aux Etats Unis. Le nombre de traductions a augmenté de 30 % entre 2009 et 2012. On compte quelques succès remarquables comme la traduction, chez Europa Editions, de L’Elegance du hérisson (2008) de Muriel Barbery dont les ventes ont dépassé le million d’exemplaires.

Dans les meilleures ventes de l’année 2012 répertoriées par le New York Times, on retrouvait Marie NDiaye (Trois femmes puissantes, 2009) ou Laurent Binet (HHhH, 2010). Selon Le Monde des livres du 12 septembre dernier, le secteur de l’édition aux Etats-Unis n’a pas d’équivalent dans le champ éditorial français : “le lancement d’un livre obéit à des stratégies marketing bien rodées, tributaires de la ‘platform’ dont dispose l’auteur, autrement dit sa capacité à se révéler ‘bon client’ pour les émissions télévisées et à disposer de relais auprès des leaders d’opinion. Ce dont peu d’auteurs français peuvent se prévaloir.” Si les ventes à l’export représentent 20% du chiffre d’affaires de l’édition française, le marché américain n’est pas un enjeu déterminant pour cette industrie.

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