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La Louisiane veut des panneaux de circulation bilingues français-anglais

Les conducteurs de Louisiane, un Etat qui cultive ses racines acadiennes, pourraient un jour s’arrêter devant des panneaux bilingues “Stop-Arrêt”, en vertu d’une nouvelle loi soumise à la signature du gouverneur.

La législature locale a approuvé la semaine dernière une mesure qui autoriserait certaines “paroisses”, comme sont nommés là-bas les comtés, à traduire en “français de Louisiane” l’ensemble de leurs panneaux de signalisation routière, comme les panneaux stop et les directions nord ou sud, voire certains noms de communes.

Le gouverneur, le républicain conservateur Bobby Jindal, dispose d’un droit de veto. Mais il ne devrait pas l’utiliser, affirme le démocrate Stephen Ortego, 30 ans, qui parle lui-même français et est l’auteur de la loi. “Mes grands-parents parlaient français dans la cour de l’école, mais cachés derrière des arbres parce qu’ils ne voulaient pas que les maîtresses entendent”, dit-il en français. “C’est vraiment honteux et malheureux. Mais on arrive à un moment où ça devient un droit pour les enfants d’avoir une éducation bilingue”, ajoute-t-il. Une autre mesure adoptée la semaine dernière ferait de l’éducation bilingue un droit.

C’est après un voyage au Nouveau-Brunswick, dans le nord-est canadien, où les panneaux sont bilingues, que Stephen Ortego a déposé sa proposition de loi, soutenu par une douzaine de collègues de l’Acadiana, une vaste région du sud de la Louisiane. “Nos cousins acadiens du Nouveau-Brunswick sont le modèle”, explique l’élu. Les premiers francophones arrivèrent d’Acadie en 1755 après avoir refusé de prêter serment d’allégeance à la Grande-Bretagne.

Des versions précédentes de la proposition de loi s’étaient heurtées au veto du gouverneur, car elles n’étaient pas restreintes au français. Cette fois, seul le français est concerné, une disposition plus consensuelle qui vise à reconnaître le poids culturel spécifique du français. La décision de passer au bilinguisme resterait entre les mains des autorités de chaque paroisse, mais selon Stephen Ortego au moins deux des vingt-deux paroisses de l’Acadiana seraient intéressées.

En pratique, les autorités devront privilégier l’usage de symboles, mais passeraient au bilinguisme quand cela ne sera pas possible. Et si “New Orleans”, qui se trouve en dehors de l’Acadiana, ne devrait pas changer son nom, certaines paroisses plus francophones pourraient décider de flécher “La Nouvelle-Orléans”, rêve Stephen Ortego.

Faire de l’apprentissage du français un droit

Contacté par France-Amérique, le consulat de France à La Nouvelle-Orléans “se félicite de la volonté politique de réappropriation du français en Louisiane, qui se fonde sur la forte progression des écoles publiques en immersion française et l’augmentation du nombre des touristes français et francophones”. On dénombre aujourd’hui environ 6 000 enfants inscrits dans les 35 écoles d’immersion française (publiques ou privées) en Louisiane. “Le français représente une partie de l’héritage de la Louisiane, mais aussi une belle opportunité pour l’ouverture des Louisianais au monde francophone et les échanges avec la France”, conclut le consulat de France à La Nouvelle-Orléans.

Pour Stephen Ortego, la prochaine étape est de faire voter l’enseignement du français comme un droit. “L’année dernière, il y avait une liste d’attente de plus de 500 parents pour les programmes francais-anglais des écoles bilingues. Le système scolaire ne répond pas à la demande. Pour qu’il y ait plus de classes bilingues, il faut faire de l’apprentissage du français un droit et non une simple opportunité. Nous allons rédiger une loi en ce sens très prochainement”.

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