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La musique universelle de Francis Jocky

Francis Jocky s’est installé depuis deux ans à New York où il a enregistré son deuxième album solo : Sanctified. Vendredi 14 août, il sera sur la scène du Poisson Rouge pour interpréter en live ses morceaux. Portrait de cet artiste inclassable.

Il nous a donné rendez-vous à Central Park, non loin de son appartement niché près de Colombus Circle. « Ce parc, c’est mon lieu de travail », s’amuse Francis Jocky.  « Heureusement qu’il existe pour pouvoir échapper au concert de klaxons et aux sirènes des camions de pompiers de la ville. » Sur un rocher, et pendant près de deux heures, il retrace le parcours qui l’a conduit à s’installer à New York en 2007. Un parcours incroyable pour ce Franco-Camerounais qui se définit comme un « citoyen du monde ».

Arrivé en France à 11 ans de son Cameroun natal avec ses frères et sœurs, il suit un cursus scolaire classique et brillant. Il sort de la Sorbonne avec un DEA de relations internationales. C’est à cette période que Francis Jocky commence à se faire une notoriété dans les clubs de la capitale. « On a toujours joué de la musique dans ma famille, mais c’est pour me payer mes études que j’ai commencé à jouer dans des clubs à Paris. » Sa soudaine notoriété l’emmène dans des établissements plus huppés de Genève et de Monte-Carlo. Le chanteur Jacques Higelin le repère très vite et l’invite à jouer sur scène avec lui lors de ses concerts. « J’étais au piano avec Jacques, lui me poussait à prendre le micro pour chanter ». Il se souvient d’un concert mémorable au Palais des Sport de Paris où Jacques Higelin a demandé que la mère de Francis assiste, le jour de son anniversaire, au concert aux premières loges. « Jacques est un artiste incroyable, un grand monsieur de la chanson. J’ai énormément appris à ses côtés ».

Un jour de vacances à Monte-Carlo, un homme vient trouver Francis et lui lance : « Stevie Wonder est à Monaco ce soir, il faut que tu lui rendes hommage ». « Le choc », se souvient le chanteur. « Pour moi, il y a vraiment Stevie Wonder et les autres. Finalement, je ne me démonte pas, j’y vais, je me retrouve face à mon maître qui me dit de me mettre au piano. Je commence par faire un Medley de ses chansons, je le voyais qui m’applaudissait. C’était déjà la consécration. Puis, un de ses proches me demande de chanter du Otis Redding. Je commence alors à chanter “Sittin On The Dock Of The Bay”. C’était du délire, je voyais Stevie Wonder debout en train de chanter et de taper des mains. » À la fin du morceau, il vient me voir et me lance : « Tu sais, tu chantes exactement comme Otis… » « Je n’en demandais pas tant », dit Francis Jocky en rigolant.

Cette journée fut un tournant pour le chanteur qui eut l’opportunité de se produire de nombreuses fois dans des clubs de Monaco. Un soir où il improvisait au piano, Francis repère dans la salle un homme coiffé d’un chapeau de paille qui le regarde fixement, l’air ébahi. L’homme revint le deuxième soir, puis le troisième, frénétiquement attiré par les improvisations de l’artiste. « Je me souviens du manager qui était venu me voir ce soir là pour me présenter cet homme en disant : voici Jon Anderson, le chanteur du groupe YES. » Jon Anderson, très impressionné par la performance de Francis Jocky, lui demande s’il veut être le second clavier du groupe durant leur tournée américaine et permet à la carrière du Franco-Camérounais de prendre une tournure internationale.

La collaboration avec Jon Anderson donne lieu à la création d’un nouveau groupe : Know. Et un album The More You Know, produit chez Eagle Rock Entertainment. De cette aventure Francis garde un souvenir mitigé : « J’ai tellement appris aux côtés des Américains qui voient la musique d’une manière différente. En deux semaines, j’avais composé une centaine de chansons pour l’album. Plusieurs morceaux de l’album ont été enregistrés en une seule prise. Je n’avais jamais vu ça avant. Mais, j’ai aussi découvert la musique sous son côté le plus industriel, avec les producteurs, les avocats, et tout ce microcosme qui met une pression d’enfer pour mixer les titres ».

« Je me suis dit que cet album allait pouvoir m’ouvrir des portes et que j’allais enfin pouvoir produire mon album personnel que j’avais gardé bien précieusement : Mr Pain. » Pour son propre album, ce ne sera pas la même histoire. Le reproche le plus courant qui lui fut adressé était de ne pas avoir de style reconnu et défini. « Je crois au métissage de la musique. Peu importe qu’on fasse de la soul, du jazz, du rap, de la pop, ce qui m’intéresse au fond, c’est la mélodie », déclare Francis Jocky. Il comprend alors qu’il n’a pas la légitimité d’un Peter Gabriel pour imposer son style si singulier.

Qu’importe, la révol

ution du Net va bientôt tout changer pour lui. À Paris, il reçoit un jour un message sur son site internet lui signifiant qu’il devrait envoyer ses chansons au Festival Nemo de Boston. « Pourquoi pas ? J’envoie alors mon CD au Boston Music Awards. 12 $, je pouvais bien me payer ce luxe », ironise le chanteur. Quelque temps après, il reçoit une lettre du festival pour lui dire qu’il était sélectionné pour jouer au festival. « Je suis resté incrédule, surtout que mon CD avait été produit dans mon studio. J’ai demandé à mes proches, qui m’ont dit de foncer, peu importe ce que ça allait me coûter. »

En 2003, il se produit au festival Nemo. Une prestation pour laquelle le numéro 2 de Virgin, présent dans la salle, ne reste pas insensible. Il l’invite à la maison mère sur la 5ème Avenue à Manhattan. « J’étais en plein rêve dans cette tour. Trois étages au-dessus, il y avait “Blue Note”, c’était comme dans les films. D’immenses bureaux où trônaient des photos de Miles Davis, Michel Petrucciani, Keith Jarret… » À cette époque, Francis fait aussi la connaissance de Bono, avec qui il partagera le micro le temps de la chanson « One Love ». « J’étais en train de chanter sa chanson et Bono s ‘écriait : “Francis you’re a star”. »

Durant les vacances d’hiver 2008, Francis enregistre son deuxième album solo au Joes’Pub à New York. Sanctified – c’est le nom de l’album – s’inspire de la ville et parle de l’état du monde, d’amour et de la condition humaine. « J’ai voyagé autour du monde et je m’aperçois qu’il n’y a pas de ville comme New York, avec un état de création permanente. L’inspiration vient de n’importe où ici. C’est une ville tellement cosmopolite ». Une ville comme Francis, artiste du monde, aux influences soul, pop, funk et africaine. Un artiste inclassable qui promet d’enchanter la salle du Poisson Rouge le 14 août à New York. « Je pense même interpréter une chanson en français », glisse-t-il en partant.

 

 

Liens utiles :

www.francisjocky.com

http://lepoissonrouge.com/

 

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