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La présidence américaine, une affaire de famille

Les élections du nouveau président des États-Unis ont beau avoir lieu dans un peu plus d’un an (novembre 2008), la presse américaine garde les yeux rivés sur le futur élu. D’après les récents sondages, le prochain chef du pouvoir exécutif pourrait être une « chéfesse » en la personne d’Hillary Clinton. Si l’épisode de Ségolène Royal au second tour des présidentielles a prouvé que la France était suffisamment mûre et ouverte pour élire une femme, une habitude des États-Unis pourrait surprendre davantage les citoyens de l’Hexagone : les dynasties des présidents américains.

 

La semaine dernière, le National Public Radio Poll publiait des sondages menés par le Public Opinion Strategies sur les élections présidentielles. Sans grande surprise pour les médias américains, les résultats donnaient Hillary Clinton gagnante à 47% contre 43% seulement pour l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani. Face au candidat Fred Thompson, la victoire semble encore plus certaine : les sondés sont 50% à la voir assurer la plus haute fonction de l’État, contre 42% des voix pour le sénateur du Tennessee. Si le peuple américain semble la donner gagnante, son statut de femme d’ancien président fait grincer des dents. Et pour cause, depuis l’accession au pouvoir de George H. W. Bush en 1989, l’Amérique n’a connu que deux noms à la tête du pouvoir exécutif: celui des Clinton avec son double mandat (1993-2001) et celui des Bush avec la présidence du père, puis également le double mandat de G. W. Bush depuis 2001. Si l’ancienne première dame des États-Unis venait à être élue l’année prochaine, ceux qui auront 23 ans en 2012 n’auront connu que ces deux grandes familles à la tête de la politique aux États-Unis.

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître dans une démocratie affirmée par la constitution de 1787, il s’agit bien d’une caractéristique que l’on retrouve régulièrement dans l’histoire politique des États-Unis. John et son fils Quincy Adams, respectivement 2e et 6e président des pays fédérés, Théodore et Franklin Roosevelt, à la tête de l’exécutif au XXe siècle, puis le clan Kennedy, plus récemment, en sont la preuve.

 

« C’est lié aux coûts astronomiques des campagnes électorales américaines, au besoin pour les candidats d’avoir un nom facilement reconnaissable dès les premiers sondages afin de pouvoir collecter des fonds et à la complexité de mettre sur pied une campagne », explique Linda Fowler, professeur de sciences politiques au Darmouth College dans le New Hampshire. « C’est un cercle vicieux. Les donateurs ne contribuent pas à une campagne s’ils pensent que vous ne pouvez pas gagner et une des façons  pour les candidats de démontrer leur crédibilité, c’est de prouver que les électeurs les connaissent et les soutiennent », ajoute-t-elle. En plus de leur nom, ces familles disposent souvent de grandes fortunes personnelles qu’ils peuvent utiliser pour les besoins de leur campagne.

 

En France, le système de financement des campagnes présidentielles mis en place lors de la Ve République, puis régulièrement soumis à de nouvelles mesures depuis 1988, permet un autre paysage politique. Contraint par la législation, le candidat potentiel ne doit pas consacrer plus de 16 millions d’euros (montant fixé par décret) à la communication de son image. Par ailleurs,  les contributions provenant des personnes physiques sont limitées au montant de 4 600 euros par intervenant et les dons de personnes morales autres que les partis politiques sont désormais interdits. L’État joue un rôle essentiel dans la pluralité des partis représentés puisqu’il rembourse de manière forfaitaire le montant des dépenses occasionnées : le seuil décisif de 5% des voix obtenues au premier tour permet de se faire rembourser 50% du plafond des dépenses engagées par la campagne (ce qui représente un peu plus de 8 millions d’euros).

 

Il n’est pas légalement exclu que la France connaisse la même configuration qu’aux États-Unis –notamment avec l’exemple de Marine Le Pen pressentie pour succéder à son père. Pourtant, la culture française et sa volonté de rompre avec le régime monarchique et son principe d’hérédité laisse présager que l’exercice du pouvoir par ce genre de dynastie est du domaine de l’improbable.            

 

Retrouvez les sondages des grands médias américains sur les élections présidentielles de 2008 sur www.pollingreport.com/2008.htm

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