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La Vie en Rose

Après la tournée des pays européens et quelques incursions préalables aux États-Unis, le réalisateur Olivier Dahan et son actrice Marion Cotillard, incarnation d’Edith Piaf, terminent enfin leur marathon de promotion de La Vie en Rose (La Môme), qui sort aux États-Unis le 8 juin, épuisés, mais heureux. Épuisés, parce qu’ils sont sur la route et dans les salles depuis six mois pour défendre le film. Heureux, parce que partout où ils passent, le film reçoit un accueil extraordinaire.
L’aventure a commencé au festival de Berlin, en février dernier, où le film était présenté en avant-première mondiale. La rumeur critique s’est mise en marche, précédant de quelques jours la sortie du film en France et son rouleau-compresseur médiatique. Un raz-de-marée. Plus de 5 millions d’entrées à ce jour, en France seulement. Un succès qui concerne généralement des comédies ou des films grand public – comme Arthur, réalisé par Luc Besson, qui avait ouvert la voie en décembre 2006, ou Les Choristes, de Christophe Barratier en 2004. Certes, en France Edith Piaf est une légende, et sa musique est encore sur toutes les lèvres, mais un tel engouement pour un film aussi sombre et aussi personnel n’était pas acquis.
La performance de Marion Cotillard, qui aurait pu se transformer en un vulgaire déguisement, est pour beaucoup dans la réussite du film. Au-delà de la transformation physique, elle a su entrer dans la peau du personnage sans la caricaturer, en lui donnant une humanité irrésistible. Où l’on découvre que cette petite bonne femme, dont on ne connaissait guère que la voix, la gouaille, et l’humble silhouette, était en fait un sacré personnage, à la fois timide et caractérielle, gaie et dépressive, battante et peu sûre d’elle. Aujourd’hui encore, la presse américaine ne tarit pas d’éloge sur sa prestation. Pourtant, quand l’actrice apparaît devant les journalistes, on constate que le choix n’était pas évident: grande, le teint mat, les cheveux plus clairs, elle est aux antipodes de la môme Piaf… Pas pour le réalisateur Olivier Dahan : « Je n’ai pas fait d’essais. Marion Cotillard était ma première idée, je trouvais qu’il y avait une ressemblance, surtout dans les yeux. Je ne la connaissais pas, mais je sentais qu’elle était une tragédienne. Elle a accepté le scénario, et je lui ai donné deux livres, ensuite elle a travaillé seule, en écoutant les chansons, les interviews, en regardant des vidéos et les films où jouait Edith Piaf ».
Le film lui-même est un hommage passionné et un portrait étonnant d’une chanteuse dont on connaissait très peu la vie privée – en dehors de l’épisode Marcel Cerdan, dont Claude Lelouch avait déjà fait un film, Edith et Marcel. C’est aussi l’histoire du décalage entre l’image de la chanteuse et sa vie, qui est un peu la genèse du film. « Un jour, en feuilletant un livre dans une librairie, je suis tombé sur une photo d’Edith Piaf jeune – elle devait avoir 17 ans », explique Olivier Dahan. « Le look punk-rock qu’elle avait alors s’est heurté à l’image plus austère, avec sa robe noire, que j’avais en mémoire. J’ai voulu faire un film pour relier les deux images ». Et d’autres images se sont ajoutées : Edith arthitique, prématurément vieillie, Edith enfant, un bandeau sur les yeux pour les protéger de la lumière, Edith paralysée dans les toilettes avant de monter sur scène, Edith la fêtarde, se saoûlant en grande compagnie dans les bars chics de Paris. Les allers-retours chronologiques permettent de donner, en petites touches impressionnistes, une idée de la complexité du personnage, de la misère à la gloire, de la joie de vivre à la douleur.
En France désormais, la voix d’Edith Piaf est revenue sur les platines et son nom est apparu dans les lecteurs mp3 : même si ses chansons les plus connues appartiennent à la mémoire collective, beaucoup de jeunes l’ont découverte avec le film. Aux États-Unis, Edith Piaf fut considérée dans les années 50 comme la plus grande chanteuse du monde, mais elle n’est plus vraiment à la mode. Le film est-il assez fort pour provoquer un regain d’intérêt chez les Américains ? Il fait en tout cas la part belle à sa “période américaine” en s’ouvrant sur un concert d’Edith Piaf au Carnegie Hall, et comporte plusieurs scènes se déroulant à New York et en Californie, rappelant l’enthousiasme qu’elle déclenchait alors ici.
Le distributeur américain, Picturehouse, a prévu une sortie “en plateau”, ce qui signifie qu’elle se fera progressivement sur les grandes villes, à commencer par New York et Los Angeles, puis le nombre d’écrans évoluera durant l’été en fonction du bouche-à-oreille. S’ils ne veulent pas anticiper pas un grand succès du type de celui d’Amélie, ils laissent à La Vie en Rose une chance de s’épanouir durant l’été.
Le réalisateur et l’actrice devront gérer à leur retour en France ce succès à double tranchant. Même s’il est entré dans le cercle très restreint des réalisateurs à plus de 4 millions d’entrées, Olivier Dahan résiste à la pression : « j’ai envie d’écrire, de passer à un autre projet, mais je suis content de retourner travailler avec ce succès, ça va être plus facile de trouver de l’argent. » Marion Cotillard, qui a déjà connu les honneurs du box-office en France avec la série des Taxi, et qui a déjà pénétré le marché américain avec A Good Year de Riddley Scott l’année dernière et The Big Fish de Tim Burton l’année d’avant, ne pense pas être enfermée dans l’image d’Edith Piaf : « Il ne faut pas laisser les gens nous mettre de dans des boîtes. À partir du moment où je sais ce que je veux faire, c’est moi qui décide de l’image que j’ai et que je veux donner. J’ai déjà surmonté le personnage de bimbo que j’avais dans Taxi, j’aurai une vie d’actrice après Edith Piaf. La seule chose qui a changé, c’est la force que j’ai tiré de cette expérience émotionnellement très riche.»

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