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L’Alliance Française de South Florida tente de sortir la tête de l’eau

Prise dans une tourmente économique, l’Alliance Française de South Florida, à Miami, va être expulsée de ses locaux de “Little Havana”. Afin de faire face, sa nouvelle direction s’engage actuellement dans une restructuration de son organisation, non sans mal.

Après cinq ans de difficultés financières, l’Alliance Française de South Florida (AFSF) n’a finalement pas réussi à rembourser son emprunt immobilier. Le centre va devoir quitter les locaux qu’il occupe depuis 2007 dans le quartier de “Little Havana” à Miami. La menace d’expulsion avait été rendue publique dès mai 2011, lorsqu’un groupe d’artistes avait lancé une pétition pour sauver l’institution, endettée de 3,6 millions de dollars.

L’Alliance Française de retour à Coral Gables en 2013

L’Alliance est en forclusion depuis cette date et, par ordre du tribunal, la banque vénézuélienne Mercantil Commercebank qui a émis le prêt va récupérer le bâtiment, obligeant l’AFSF à changer d’adresse. “Nous avons trouvé de nouveaux locaux de 300 mètres carrés à Coral Gables, avec quatre salles de classe. Ce n’est pas énorme mais c’est suffisant pour l’instant. Nous devrions y emménager début 2013”, annonce Juan Hervada, président du conseil d’administration de l’AFSF depuis un an. “Malgré les problèmes que nous connaissons, le prestige de l’Alliance, – qui existe à Miami depuis 1969 -, reste intact.”

Un retour aux sources, puisqu’avant son déménagement sur Calle Ocho, l’institution se situait déjà à Coral Gables. Cinq autres salles de classes devraient aussi  voir le jour à travers la ville.L’AFSF prévoit par ailleurs de dépoussiérer son image en jouant la carte 2.0 et en mettant en avant la France comme carrefour de l’Europe. Ce nouveau siège de l’Alliance Française de South Florida sera ainsi partagé avec Odli, une organisation assurant la promotion de la langue italienne dans les écoles.

Un nouveau modèle économique en cours d’élaboration promet également de diversifier la source des revenus en intégrant l’enseignement de l’espagnol, de l’allemand et d’autres langues minoritaires : “Nous voudrions offrir notre soutien organisationnel aux expatriés hollandais et suédois par exemple, qui n’ont pas de ressources et qui souhaitent que leurs enfants maintiennent leur niveau de langue maternelle pendant qu’ils résident aux Etats-Unis “, ajoute Juan Hervada.

Enfin, la direction compte sur le recrutement de nouveaux étudiants pour intégrer l’école qui a ouvert ses portes le 20 août dernier. Deux campus sont prévus, à Miami et Fort Lauderdale, mais seul le second fonctionne actuellement, avec 38 élèves, qui  dépendent dans l’ensemble du Centre national d’enseignement à distance (CNED), notamment pour les niveaux du primaire au lycée.

Le directeur démis de ses fonctions

A cette crise immobilière et financière s’est ajoutée, au printemps dernier, une crise de gouvernance. Les dissensions sur la réactivité de la prise en compte des problèmes et le choix des solutions afin de régler les difficultés auraient cristallisé les tensions à la tête de l’Alliance. Un document rédigé par le conseil d’administration et transmis à France-Amérique accuse l’ancienne direction d’un manque de transparence au niveau des pratiques comptables et évoque des “opacités inquiétantes et l’absence de séparation adéquate des fonctions”. Il cite en exemple la circulation “de centaines de milliers de dollars en espèces sans récipissé ou contrôle” ou encore “l’absence de règlement intérieur que toute organisation à but non-lucratif se doit d’avoir”.

Si les raisons exactes restent floues, le comité exécutif a voté en juillet dernier une résolution démettant de ses fonctions de directeur Jean-François Chénin. Ce dernier n’a pas souhaité commenter. Nommée le 1er octobre directrice administrative, Frédérique Davis, l’ancienne responsable de l’antenne à Fort Lauderdale, sera chargée d’assurer la transition.

L’autre bureau, situé à Palm Beach, a quant à lui disparu. Juan Hervada explique que “ce n’était pas une vraie antenne, une seule personne y donnait des cours. Mais nous avons le projet de la réouvrir.” Selon des sources proches du dossier, qui ont souhaité garder l’anonymat, il aurait été proposé au conseil d’administration de rendre le bureau de Palm Beach indépendant. Une demande refusée qui constituait la condition sine qua non de certains mécènes pour soutenir l’antenne sans donner de subventions au siège de Miami.

Le consulat de France de Miami admet que certains résidents francophones, francophiles et autres ont exprimé leur inquiétude quant à l’avenir de l’AFSF. “On nous a interpellé sur ce qui se passait”, commente Sophie Delporte, la responsable des affaires publiques. “Nous soutenons tous les efforts actuels afin que l’Alliance Française de South Florida puisse continuer son activité, mais ayant un statut indépendant, on ne peut pas se mêler de ses affaires.”

Quel avenir pour la Délégation des Alliances Françaises  ?

Avec l’expulsion de l’Alliance Française de South Florida se pose aussi la question du devenir de la Délégation des Alliances Françaises aux Etats-Unis qui avait emménagé dans les locaux de “Little Havana” le 12 novembre 2010. Trois employés détachés par le ministère des Affaires étrangères sont concernés, dont Jean-François Chénin, l’ancien directeur du chapitre de Floride du Sud mais toujours délégué général des Alliances Françaises aux Etats-Unis, et deux stagiaires.

Si la Fondation Alliance Française, basée à Paris, a choisi de ne faire aucune déclaration, l’ambassade de France, soutien organique de l’institution, évoque la possibilité de déplacer la délégation à Washington D.C. “Tout le monde travaille en concertation et en bonne intelligence afin de savoir comment réorienter et aménager la délégation. Les directions nationales des Alliances Françaises sont généralement basées dans les capitales. Il ne serait pas idiot que ce soit aussi le cas aux Etats-Unis. Nous sommes actuellement en discussion avec les services culturels et la Fondation à Paris”, assure Arnaud Guillois, le nouveau conseiller de presse à l’ambassade.

Malgré une hémorragie d’étudiants, estimée à “environ 400”, un déficit qui se compte toujours “en milliers de dollars”, les factures et les salaires des professeurs qui tardent à être payés, Juan Hervada reste confiant. “La situation économique reste compliquée, il y a eu des problèmes de gestion et de fonctionnement, mais maintenant il faut regarder vers l’avenir et refaire fonctionner correctement l’Alliance. Tout d’abord, nous devons rationaliser les dépenses et simplifier les chaînes décisionnelles. Nous allons sortir de cette crise, nous avons passé le plus dur. L’Alliance a besoin de survivre.”

Droit de réponse

Mise au point de Jean-Francois Chénin à l’article “L’Alliance Francaise de South Florida tente de sortir la tête de l’eau” paru sur le site de France-Amérique le 4 octobre 2012.

“J’ai eu la charge de l’Alliance francaise de Miami comme directeur exécutif détaché du ministère des Affaires étrangères depuis septembre 2009. Pour un établissement dont les recettes de cours se sont élevées durant la saison 2010-2011 à $547 000, réglées par les étudiants à 98% par chèque ou carte de crédit, tout cela dument comptabilisé dans les comptes de l’Alliance, faire état de “circulation de centaines de milliers de dollars en  espèces sans récépissé ou contrôle” relève d’une profonde méconnaissance des réalités financières et du fonctionnement comptable de l’établissement et d’une claire volonté de nuire à l’équipe que j’ai dirigée pendant trois ans.”

JF.Chénin

 

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