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L’Amérique tumultueuse de Jean-Pierre Laffont

Le photojournaliste français Jean-Pierre Laffont a sillonné les Etats-Unis de 1965 à 1985. De ces années de reportage, il tire un livre : Le paradis d’un photographe, Tumultueuse Amérique, offrant un regard inédit sur l’Amérique des bouleversements sociaux et culturels. Cet album de 360 images a été publié en septembre 2014 aux éditions Glitterati (New York).

Lorsqu’il arrive aux Etats-Unis en 1965, à l’âge de 30 ans, Jean-Pierre ­Laffont découvre un pays en pleine métamorphose : ­mutations politiques, sociales, culturelles multiples et débridées. Se fondant sur la promesse de liberté inscrite dans la Constitution américaine, le photographe s’immisce partout : de la prison de Cummins, dans l’Arkansas, aux manifestations contre le Vietnam, en passant par les clubs de tirs au Texas.

Préférant travailler seul, quitte à couvrir ses notes de frais, Laffont photographie les laissés-pour-compte : les noirs, les pauvres, les gangsters, les travestis, les prostituées. Non conventionels, ses clichés du gang portoricain des Savage Skulls du Bronx ou des toutes premières Gay Prides de New York et San Francisco pulvérisent l’image de la société rangée des années 1950. A une Amérique sage succède une nation jeune, turbulente et agitée, qui s’interroge sur ses défaillances intérieures.

Le reporter accompagne la montée du Mouvement des droits civiques, l’émergence des mouvements pacifistes, l’ascension du féminisme et de la contre-culture. “Son regard, sans cesse à l’affût, est moins intéressé par les ronds de jambes et les séances photos du monde politique à Washington que par l’importance sociale des turbulences urbaines”, écrit dans la préface de son livre le journaliste Sir Harold Evans.

Dans les années 1970, les photos s’assombrissent. En 1971, avant le début du match Mohammed Ali contre Joe Frazier au Madison Square Garden, il immortalise Mohammed Ali vociférant des messages de haine à l’encontre de son adversaire. Plus tard, en 1976, il assistera aux réunions secrètes du KKK. Dans les années 1980, place aux déshérités : il photographie la misère cachée des campagnes, en particulier celle des fermiers ruinés.

De ce portrait de l’Amérique populaire, on retiendra  les photos de gens ordinaires, qui portent la parole anti-ségrégation, plus fortement encore que les photos dramatiques et militantes. Et aussi le portrait emblématique de Martin Luther King, quelques mois avant son assassinat. Dans ses yeux se reflète, si l’on y prête attention, l’immeuble des Nations unies. Des marges à la norme, ces mouvements et leurs leaders ont inventé l’Amérique d’aujourd’hui. Leurs images appartiennent désormais à la mémoire collective.

Infos pratiques

Le paradis d’un photographe, Tumultueuse Amérique : 1960-1990. Un livre de Jean-Pierre Laffont, Préface de Sir Harold Evans. Sortie en septembre 2014, 359 photos noir et blanc et couleur, 70 euros. Reliure-cartonnée, 25 x 34 cm, 392 pages. Disponible aussi en anglais. www.jplaffont.com

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