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L’animation française impose son style aux Etats-Unis

Quatre ans après la victoire de Logorama, le film franco-luxembourgeois Mr Hublot a remporté dimanche l’Oscar du court-métrage d’animation, témoignant une fois de plus de l’attrait américain pour l’animation française.

Depuis dix ans et la nomination aux Oscars des Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet, la France est régulièrement présente parmi les nominés dans la catégorie meilleur long-métrage d’animation. Depuis la création de cette catégorie en 2002, la France est, aux côtés des Etats-Unis, le pays le plus nominé. Mais en dépit de la sélection des Triplettes de Belleville (en 2004), de Persepolis (en 2008), de L’Illusionniste (en 2011), d’Une Vie de chat (en 2012) ou encore d’Ernest et Célestine cette année, la France n’est jamais repartie avec la statuette.

Le film de Stéphane Aubier, Vincent Patar et Benjamin Renner, Ernest et Célestine – production franco-belge qui a fait la tournée des festivals américains mais dont la sortie en salle aux Etats-Unis est limitée – s’est vu décerner le prix du meilleur film d’animation par l’Association des Critiques de Films de Los Angeles (LAFCA). Le long-métrage était également nominé à six reprises (fait rare pour un film indépendant) aux côtés des succès mondiaux de Pixar, DreamWorks et Disney aux Annie Awards, des récompenses propres au cinéma d’animation. Le film concourait pour les catégories meilleur film, meilleurs réalisateurs, meilleur scénario, mais aussi meilleure animation, meilleur graphisme et meilleur montage.

Côté box-office, les films français ne luttent pas dans la même catégorie que les Toy Story et autres Shrek américains. Pour autant, ils réussissent invariablement aux Etats-Unis. En 2004, Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet avait engrangé plus de sept millions de dollars aux Etats-Unis (pour un budget de 8 millions d’euros), un record dans l’histoire du film d’animation français. Au départ projeté dans seulement six salles à New York et Los Angeles, le film a bénéficié d’un excellent bouche-à-oreille et de très bonnes critiques, ce  qui lui a finalement permis d’être distribué dans plus de 150 salles à travers le pays. Six ans plus tard, avec L’Illusionniste, le même réalisateur français avait connu un succès moindre mais néanmoins impressionnant avec 2,2 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis.

L’animation française tient tête à Disney et Pixar

Dimanche dernier, la France a remporté son deuxième Oscar dans la catégorie meilleur court-métrage d’animation. Signé par le Français Laurent Witz et le Luxembourgeois Alexandre Espigares, Mr Hublot raconte la rencontre, dans un monde rétro-futuriste, entre un homme-robot taciturne et un chien-robot quelque peu envahissant. Le film a réussi l’exploit de l’emporter face au court-métrage des studios Disney, qui partait pourtant favori, et face au film anglais Room on the Broom au budget dix fois supérieur !

Mr Hublot, qui a nécessité trois ans de travail, n’est pas le premier court-métrage d’animation français à l’emporter. L’excellent Logorama de François Alaux avait remporté l’Oscar en 2010. Le film décrivait une course poursuite décoiffante dans les rues de Los Angeles, convoquant les personnages publicitaires ou les mascottes de marques les plus connues, alors que l’ensemble des bâtiments de la ville avaient été transformés en panneaux publicitaires géants. Preuve de la bonne tenue du cinéma d’animation en France, d’autres court-métrages français avaient concurru aux Oscars en 2008, 2010, et 2011 mais étaient repartis bredouilles.

Une des clés du succès des films français est sa dissimilitude avec les superproductions américaines. A l’image du cinéma d’animation japonais, la France a su développer son propre style de dessin et de storytelling et n’essaye pas de copier les succès de Pixar. Quelques jours avant les Oscars, Laurent Witz expliquait le succès du film par le fait que “malgré l’aspect technique, le cœur du film reste sa poésie et son univers original”. “La formation française est très pointue et apporte un sens de l’analyse hors du commun que ne possèdent pas les autres pays. Les Américains trouvent que l’animation française est très précise : nos gestes sont moins extravertis, ce qui leur fait dire que nos dessins sont plus subtils”, affirme Louis Clichy, ancien de chez Pixar aujourd’hui rentré en France. “A Pixar, tout le monde connaissait et admirait Les Triplettes de Belleville. Les Français ont clairement une patte qui sort du lot”.

Seul Luc Besson, avec Arthur et les Minimoys a tenté de se mesurer aux superproductions américaines. Tourné en anglais avec un budget initial de 115 millions de dollars, qui n’a rien à envier aux premières productions de Pixar, le film a généré seulement 108 millions de dollars de revenus mondiaux. Aux Etats-Unis, le film a rapporté à peine 15 millions de dollars : un bon chiffre pour un long-métrage français, mais bien en-deçà des attentes pour un marché américain si avidement convoité. Les deuxièmes et troisièmes volets ne sont d’ailleurs jamais sortis au cinéma aux Etats-Unis, 20th Century Fox jugeant les résultats au box-office du premier épisode bien trop faibles. L’échec à l’international des opus 2 et 3 d’Arthur et les Minimoys engendra des pertes estimées à 30 millions d’euros en 2011 pour la maison de production de Luc Besson, EuropaCorp.

La France, victime de son succès et du talent de ses animateurs, voit ses meilleurs éléments quitter très tôt la France, dès la fin de leur école d’art graphique, pour rejoindre Pixar et DreamWorks en Californie. Selon Moïra Marguin, manager pédagogique du département cinéma d’animation à la prestigieuse école des Gobelins, “il va falloir se battre” pour garder la French Touch, en proposant aux animateurs français des films indépendants et libres, loin des méthodes de conception des blockbusters américains.

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