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L’aventure diptyque de Marianne Dissard

Installée depuis quinze ans à Tucson, en Arizona, Marianne Dissard chante la rencontre des ballades populaires françaises avec la folk de l’ouest américain. L’entrelacement de ses origines et de son fidèle amour a séduit Joey Burns, talentueux guitariste du groupe indé Calexico, qui lui a offert un album, L’entre-deux. Rencontre avec une artiste à la fois farouche et romantique.

France-Amérique : Comment êtes-vous arrivée à Tucson?

Marianne Dissard : Après des études de cinéma à Los Angeles, je me suis rendue à Tucson pour réaliser un documentaire sur un groupe de rock que j’ai découvert par hasard, Giant Sand. Et je suis restée. Cela m’a permis d’approcher un certain de type de musique, l’Americana en particulier. À l’époque, même Willy Nelson ou Johnny Cash ne voulaient pas dire grand-chose pour moi. J’ai découvert tout ça, et sans réellement connaître, je m’y suis plongée de façon obsessive.

Qu’est-ce qui vous plaît dans cette ville ?

C’est un endroit assez incroyable quand on a besoin de temps et d’espace pour réfléchir, et j’y ai un mode de vie vraiment très agréable. Beaucoup de musiciens s’y produisent. Et puis, même si c’est un peu « au milieu de nulle part », il y a des liens avec la France au niveau musical. Des groupes français viennent souvent jouer ou enregistrer. L’an dernier, on a vu Dominique A, François K, ou des groupes de Nantes lors d’un festival. Et, inversement, certains de Tucson vont jouer en France.

C’est ce qui vous a donné envie de faire de la musique ?

Oui. C’était un désir inconscient, je pense. Il y a eu Tucson mais il y a aussi eu une rencontre, Naim Amor, un français avec qui j’ai collaboré sur quatre albums. Mais c’est une évolution naturelle, je crois. Après avoir fait du cinéma, été plongée dans le « performance art », l’écriture seule, est venue la musique. Tout s’additionne. C’est un peu comme un enfant qui demande à ses parents s’il peut avoir un nouveau jouet.

Comment s’est passée votre rencontre avec Joey Burns, le guitariste de Calexico ?

C’est à travers Howe Gelb, le chanteur de Giant Sand. Il me l’a présenté, et c’est parti comme ça. Aujourd’hui on a fait un album, dont il est le principal chef d’orchestre. Il l’a produit et il joue dessus.

Comment a été conçu votre dernier album, L’entre-deux ?

À l’origine, je viens de l’écriture de chansons pour d’autres artistes. Mais, à un moment donné, Joey Burns, qui m’avait déjà fait chanter sur un morceau de Calexico (ndlr, Ballad of cable hogue), me taquinait et puis il m’a tout bonnement proposé de faire un album. Et tout a été très simple. Je me suis isolée pendant quinze jours, je lui ai apporté une douzaine de textes et des directions musicales avec un disque de chansons célèbres. Et il s’est débrouillé avec cette ligne dramatique que je lui ai donnée.

Entre chanson française et sonorités du sud des États-Unis, votre style musical est vraiment particulier. S’il y avait un mot pour le qualifier, quel serait-il ?

Entre-deux. C’est le nom de l’album et c’est un peu l’idée. L’entre-deux musical, l’entre-deux culturel, l’entre-deux langues. C’est mon histoire. Après vingt-cinq ans aux États-Unis, malgré mon appartenance américaine, il y a toujours un fragment de France qui doit s’exprimer. Par exemple, comme je viens du sud de la France, quand je chante, je roule les « r ». (Rires). Et puis j’adore écrire en français. C’est compliqué, mais quand j’y arrive, c’est un plaisir.

Vous ressemblez un peu à Catherine Ringer, dans le style. Quelles sont vos influences ?

Catherine Ringer ? Au niveau performance, j’adore, elle est vraiment très forte. Mais de là à dire qu’elle est mon influence, je ne sais pas vraiment… Oui, peut-être pour ce qui est de la présence

sur scène. Mais les influences sont différentes quand il s’agit d’écriture. Les miennes sont assez hétérogènes, des poètes, Jules Supervielle et Jorie Graham, ou des réalisateurs, Lodge Kerrigan. Ils me permettent de penser assez visuellement pour écrire mes textes.

Sur scène, comme cette semaine au Joe’s Pub à New York, on vous voit chanter, mais aussi beaucoup communiquer avec vos mains…

Oui, quand on n’a pas d’instrument, il faut bien faire quelque chose avec ses mains. (Rires). C’est un mode d’expression instinctif, et c’est une façon d’indiquer les dynamiques de chaque morceau aux musiciens. C’est ce que j’ai trouvé. Et puis, quand tu chantes en français aux États-Unis, il faut bien trouver un moyen de faire comprendre au public ce qui se passe. Il y a la voix, mais aussi les mains, le regard etc. Cela aide à créer une ambiance particulière et cela m’aide personnellement à faire corps avec ma musique.

Le dramatique et la nostalgie sont-elles des composantes essentielles de votre inspiration ?

Oui, cela en fait de plus en plus partie. Il me faut un déclencheur, quelque chose qui me pousse. Très souvent, c’est une frustration, un manque, ou quelque chose qui a à voir avec l’amour. Et en fait, prosaïquement, ce dernier album est né comme ça. J’étais mariée à une personne, mais j’étais amoureuse d’une autre. Entre-deux, c’est le titre de l’album. J’avais le cœur brisé, alors je me suis mise à écrire des chansons. Mais c’était une énergie de départ. Par la suite, c’est devenu la nostalgie d’un ailleurs, d’un pays, d’une histoire d’enfance.

D’où cette énergie un peu violente que vous avez parfois sur scène ?

Oui, aussi. C’est une façon pour moi d’expulser des rancœurs. Si je les garde, elles se transforment en bombe à retardement. Mais cela reste une énergie que je découvre.

Peut-on dire que vous êtes plus influencée par des énergies musicales que par des genres musicaux ?

Oui, je pense. Par des performeurs surtout. De Johnny Cash à des gens comme Dominique A, Chavela Vargas ou Catherine Ringer pourquoi pas.

Avec cet album, votre carrière prend un nouvel élan. Vous avez d’autres projets ?

Un nouvel album. Ce sera sûrement quelque chose de plus théâtral, avec des mises en scène. Les textes seront aussi plus directs que sur L’entre-deux, où ils restent assez poétiques, un peu à la Françoise Hardy, et où il faut lire entre les mots. Un album en étroite collaboration avec Christian Ravaglioli, mon pianiste, qui a étudié avec Ennio Morricone. Je promets moins de complexes.

 

Infos pratiques :

Marianne Dissard en concert prochainement à

Newhaven, le 2 octobre au CT Café Nine

Providence, le 3 octobre au RI AS220

Tucson, le 7 octobre au Plush Lounge

Phoenix, le 8 octobre au Modified

http://www.myspace.com/mariannedissard

http://www.mariannedissard.com



 

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