Subscribe

Le cas du petit Ivan relance la polémique sur l’immigration en France

Après la chute d’un garçon de 12 ans, jeudi dernier à Amiens, les associations d’entraide aux familles d’immigrés se mobilisent. Elles s’insurgent contre l’intensification des procédures d’expulsions et mettent en avant la responsabilité de l’État dans cette affaire. 

Alors qu’Ivan sort doucement du coma dans lequel il était plongé depuis sa chute du 4e étage, ses parents – aidés par l’association RESF (Réseau éducation sans frontières) – ont réclamé mardi l’ouverture d’une information judiciaire et demandé à l’État de «reconnaître sa responsabilité» dans ce drame.

 

Dès le lendemain de l’accident du 9 août, le RESF, association active pour l’aide des immigrés, agissait de manière exceptionnelle et demandait au président Nicolas Sarkozy de les recevoir « en urgence » afin d’obtenir la régularisation de la famille russe victime de l’accident. Sans attendre, André, Nathalia et leur fils Ivan, pourtant arrivés en France en 2003 et toujours en situation irrégulière malgré leurs nombreuses démarches, obtenaient une autorisation provisoire de séjour de six mois prononcée par Brice Hortefeux, le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du co-développement.

 

Cette mesure temporaire n’a pour autant pas satisfait les avocats de l’enfant : «Ivan a chuté d’une hauteur de 14 mètres. Dans 6 mois il supportera encore les séquelles de son accident. Il faut qu’il reste en France pour le moins jusqu’à sa guérison complète», déclarait Me Lec. Il requérait également que l’État prenne à sa charge les frais de la famille pendant le temps que durera cette convalescance. Cette autorisation provisoire de séjour n’a également pas été jugée suffisante par les membres du RESF qui continuent de réclamer la régularisation définitive des trois émigrés «à titre humanitaire».

 

L’affaire avait commencé lorsque les parents, effrayés par la police venue tambouriner au petit matin à la porte, avaient tenté d’échapper aux services de l’ordre en fuyant par les balcons. C’est à ce moment-là qu’Ivan, en voulant suivre son père, est tombé de plusieurs mètres entraînant de multiples lésions cérébrales et un traumatisme cranien. «Quelle était la nécessité de venir en commando de 15 personnes ? Etait-ce un procédé normal ?» interrogeait Me Vergès qui ajoutait par ailleurs que la famille n’était pas des «gangsters» et que le petit avait toujours été un «excellent élève désireux d’intégrer la société française».

 

Le sort de la famille, dont toutes les précédentes demandes d’asile avaient été rejetées depuis leur arrivée, sert d’exemple brutal à une autre réalité dénoncée par les associations de protection des immigrés. «Ce drame pose le problème de la multiplication des interpellations au domicile des personnes sans-papiers. Aujourd’hui, on a le sentiment qu’il y a une volonté d’aller chercher les sans-papiers, sans même attendre la fin de l’examen de leur situation administrative par la justice», déclarait Damien Nantes de la Cimade (Service oecuménique d’entraide).

 

L’association RESF avait, de son côté, remarqué l’augmentation des parents placés en garde à vue, plusieurs jours avant l’accident d’Ivan. «Certains ont été arrêtés en sortant du travail. Les interpellations ont lieu dehors, partout. La préfecture a visiblement choisi de passer à la vitesse supérieure. Ils profitent bien évidemment de l’été : c’est sûr que les écoles seraient en grève en ce moment», souligne Brigitte Wieser de RESF dans une interview accordée au quotidien Libération.

 

Ces organisations ne sont pas les seules à pointer du doigt le problème des reconduites à la frontière. Les élus du Comité central d’Air France tenaient, par coïncidence le même jour que l’accident, une assemblée générale pour demander «l’arrêt de l’utilisation des avions» pour l’expulsion des sans-papiers. Le PDG de la compagnie déclarait «Si le gouvernement […] décidait de passer par un autre système qu’Air France, je m’en réjouirais personnellement».  La motion soulevée ce jour-là demandait aux actionnaires «de se prononcer pour l’arrêt de l’utilisation des avions Air France-KLM pour les expulsions d’étrangers qui nuisent à l’image de la compagnie et à la sécurité des vols». Si cet appel n’a pas été adopté par la majorité des membres syndicalistes, il a toutefois fait l’objet d’une réflexion sans précédent au sein des actionnaires.     

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related