Subscribe

Le dernier voyage de la Jeanne d’Arc

La Jeanne d’Arc, célèbre porte-hélicoptères de l’armée française, effectue son dernier tour du monde. Mercredi, le navire a fait escale à New York. Reportage.

Le long du fleuve Hudson, trois jeunes hommes marmonnent en français en cherchant Time Square sur une carte. Ils se fondraient presque dans la masse des touristes, s’ils ne portaient pas des uniformes et des bonnets de marins avec des pompons rouges. Ils débarquent du porte-hélicoptères Jeanne-d’Arc, qui fait escale à New York depuis mercredi.

Ce croiseur de 181,38 m de long, mis en service en 1964, est un bateau école qui forme des élèves officiers de l’École Navale. Il terminera en mai son dernier tour du monde.
Construit pendant la guerre froide, la Jeanne d’Arc fait figure de vieille dame de la Marine. Sur la passerelle de navigation, on voit encore les portes-voix en cuivre qui permettaient de communiquer avec les autres passerelles du navire, avant d’être remplacées par des équipements radios. Le bâtiment français est  aussi le dernier en activité à être propulsé par des machines à vapeurs, alimentées au fioul.

Difficile de former les officiers de demain sur un bateau d’hier. Les cadets seront désormais formés sur des bâtiments plus modernes, notamment sur le Tonnerre dès l’année prochaine. La Jeanne d’Arc, elle, sera dépolluée (elle contient notamment de l’amiante) et probablement démantelée.

« On est un peu nostalgique », reconnaît l’aspirant Alexandre Constantin, 20 ans, élève à l’école Polytechnique qui alimente le blog de la vie à bord. « La Jeanne d’Arc est un monument. À chaque escale, quel que soit le pays, il y avait toujours quelqu’un qui en avait entendu parler. »

Des projets existent d’ailleurs pour transformer en musée ce morceau d’histoire de la Marine nationale. Reste à trouver les financements : accueillir du public sur un bâtiment militaire nécessite de gros travaux de mise aux normes.

En attendant que la décision soit prise, la Jeanne d’Arc achève de former une nouvelle génération d’officiers. Ils sont 103 cadets à bord, dont seulement 13 femmes, répartis dans des « postes » d’une dizaine d’élèves. Ils sont principalement issus de l’École Navale, mais 13 élèves étrangers sont également présents à bord, venant du Royaume-Uni, du Koweit ou d’Indonésie. Et apparemment, la cohabitation ne se passe pas trop mal.

« J’appréhendais un peu de devoir vivre ensemble pendant 6 mois, 24 heures sur 24 », reconnaît Alexandre, dont c’est le premier séjour à bord. « Mais ça s’équilibre bien. On se retrouve par carrés avec des gens du même grade, ça permet de se libérer un peu de la hiérarchie ».

But de ce tour du monde en 6 mois : expérimenter toutes les missions qu’accomplit la Marine française. Cela va de la répression du narco-trafic en Mer des Caraïbes à la surveillance de la pêche dans les eaux européennes. Chaque étape est aussi l’occasion de communiquer avec le public francophone, et de pousser la mission éducative du bateau, en livrant vêtements, livres ou matériel scolaire à des élèves des pays visités.

La Jeanne d’Arc a ainsi offert 2 000 livres scolaires à des classes new-yorkaises, notamment aux élèves de la Jordan L. Mott Middle School du Bronx, reçus  mercredi sur le  pont du bateau par l’ambassadeur français Pierre Vimont. Les francophones et les élèves qui apprennent le français pourront aussi visiter le bateau les 1er et 2 avril. La Jeanne d’Arc repartira le 5 avril pour Québec, avant de rejoindre les eaux européennes.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related