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Le difficile retour en France : comment simplifier l’impatriation?

Ils sont environ 330 000 expatriés français aux Etats-Unis. Un éventuel retour en France pose des questions financières, sociales, administratives et psychologiques. Au vu d’une augmentation régulière de la mobilité des Français, Manuel Valls souhaite simplifier l’accompagnement de l’impatriation. Un ancien expatrié raconte sa difficile expérience du retour.

Manuel Valls a chargé la sénatrice et ancienne ministre des Français de l’Etranger Hélène Conway-Mouret d’un rapport sur les difficultés rencontrées par les expatriés retournant en France. Pour le Premier ministre “la question du retour n’a jamais été vraiment traitée” et “(il) peut se révéler difficile face à la multiplicité des démarches à entreprendre : réinstallation, logement, inscription scolaire, accès aux prestations sociales, information sur la fiscalité, sur la retraite, etc.”

Simplifier les démarches

Le diagnostic de la sénatrice est attendu pour le 1er mai. D’ici là, Hélène Conway-Mouret fera des propositions visant à mieux informer les expatriés sur les dispositifs de retour. “C’est une question récurrente posée par les Français expatriés et les entrepreneurs français à l’Etranger. Actuellement les tracasseries administratives sont telles que certains expatriés se demandent s’il est judicieux de rentrer”, argumente-t-elle. “Nous devons accompagner le départ et le retour. Il faut arrêter de voir la mobilité comme quelque chose de négatif. En France, on en parle comme d’une ‘fuite’. Les expatriés sont en colère parce qu’ils sont stigmatisés pour un choix personnel qui n’enlève rien à personne, mais leur apporte beaucoup. La France doit se mettre en phase avec la mondialisation et la mobilité”.

L’objectif est clair : “simplifier”. Pour cela, la sénatrice travaillera avec le secrétaire d’Etat à la simplification et à la réforme de l’Etat, Thierry Mandon. “Le problème majeur est la multitude des acteurs. Il y a aussi un trop plein d’informations, de prestataires privés et publics qui préparent à l’expatriation. Nous devrions avoir un guichet unique de sortie et de rentrée”, ajoute-t-elle.

“Deux ans après mon retour à Paris, j’ai encore du mal”

Face à la mission attribuée par le gouvernement à Hélène Conway-Mouret, Christophe Nassif, un ancien expatrié, reste perplexe. “Pour moi, l’Etat ne peut pas faire grand-chose, ce sont les Français qui doivent tenter de s’ouvrir et nous comprendre”, soutient le jeune réalisateur de 31 ans. Il a vécu pendant presque dix ans à Los Angeles, où il a effectué ses études. “Je suis parti après le bac, à 18 ans. Après toutes ces années aux Etats-Unis, j’ai décidé de rentrer à Paris pour être près des miens. J’étais fatigué de me battre pour un visa.”

Pour le jeune homme, le choc est d’abord culturel. “Quand je suis rentré, je ne savais rien de la vie d’un adulte en France. Aucune idée de ce qu’était la CAF ou une carte vitale. Ce n’était pas de ma faute, je n’avais pas vécu en France. Lorsque j’ai ouvert le guide du retour de la Maison des Français de l’Etranger, j’ai presque fondu en larmes, je ne comprenais rien ! Je suis rentré il y a deux ans, mais Paris j’ai encore du mal.”

Christophe Nassif est arrivé en France armé de sa bonne humeur. “Je m’étais dit que je ne me laisserais pas happer par le pessimisme ambiant. Mais c’est difficile, les gens autour de vous ne vous comprennent pas, l’administration non plus. Quatre employés de pôle emploi étaient sur mon cas, à essayer de savoir dans quelle case ils pouvaient me placer. Aux Etats-Unis tout est plus flexible, j’ai fait un Bachelor d’ingénierie puis me suis réorienté dans le cinéma. Pour les Français, mon profil est trop atypique.”

Le retour perçu comme un échec

A Los Angeles, avec trois emplois, le jeune homme gagnait bien sa vie. “La première chose que l’on me demande en France, c’est pourquoi je suis rentré. Les Français sont figés dans leur ambiance morose et pour eux, rentrer est un affront.” Le plus surprenant pour le Français est l’accueil que les employeurs lui ont réservé. “Je m’étais dit que j’avais une formation béton, des atouts. Pour mon entourage et les employeurs, mon retour signifiait l’échec, que j’étais mauvais, que je n’avais pas réussi. Je croyais apporter ma valeur ajoutée mais je n’ai pas été reçu positivement.”

La question de la retraite a quelque peu été sacrifiée au profit de l’expérience professionnelle à l’étranger. Christophe Nassif a commencé à cotiser à 31 ans et il explique que ses cotisations très faibles et qu’il ne peut pas compter sur l’Etat français pour arecevoir une retraite décente. “Je mets de côté moi-même, à l’américaine.” L’expatriation reste une situation souvent instable, où la question de rentrer ou de rester se pose constamment, avec cette épée de Damoclès qui est l’expiration du visa. “Les Américains m’ont demandé si je partais pour toujours, j’étais incapable de répondre”, conclut-il.

L’assouplissement du régime fiscal des impatriés

Le projet de loi Macron, qui prévoit d’assouplir le régime fiscal des impatriés, fait écho à la mission d’Hélène Conway-Mouret. Actuellement, l’exonération d’impôts des Français rentrés en France empêche la mobilité professionnelle pendant cinq ans ; changer de profession fait sortir l’impatrié de ce régime avantageux. L’article 91 de la loi Macron prévoit que les salariés et mandataires sociaux “conservent le bénéfice du régime en cas de changement de fonctions pendant la période considérée, dès lors qu’ils exercent au sein de l’entreprise établie en France (…) ou au sein d’une autre entreprise établie en France appartenant au même groupe”. Avec une croissance annuelle moyenne de 3% de la mobilité des Français, le gouvernement semble avoir pris conscience de l’urgence de faciliter l’impatriation.

*125 000 Français sont inscrits sur les listes consulaires ; selon les estimations 205 000 Français non-inscrits seraient présents sur le territoire américain.

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