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Le Femina prend le large en sacrant l’Haïtienne Yanick Lahens

Vaudou et vent d’ailleurs ont soufflé lundi sur le prix Femina qui a sacré l’Haïtienne Yanick Lahens pour Bain de lune, ample roman d’une violente beauté sur son pays, traversé par les cataclysmes, les magouilles politiques et les puissances invisibles.

Pour le Femina étranger, le jury a choisi une autre femme, l’Israélienne Zeruya Shalev, pour Ce qui reste de nos vies (Gallimard, traduit de l’hébreu), envoûtante variation, sur les mystérieux liens tissés entre parents et enfants, au soir de la vie d’une mère. “C’est une merveilleuse surprise et une reconnaissance pour la littérature francophone en Haïti”, a dit Yanick Lahens, radieuse. “J’habite très très loin du monde parisien de l’édition. Ce roman, et ce prix, témoignent de la force de la culture haïtienne”, a poursuivi la lauréate, née à Port-au-Prince en 1953 et grande figure de la littérature haïtienne francophone. Elle est aussi très engagée dans le développement social et culturel de son pays.”Je suis très sensible au fait que le jury a compris que cette histoire, si elle se passe en Haïti, est universelle”.

Pour Christine Jordis, porte-parole de ce jury exclusivement féminin, Bain de lune est un “beau roman qui a le sens du mystère et de l’invisible et qui nous sort de notre horizon habituel. L’auteure évoque les ancêtres disparus, à l’influence très forte sur les vivants”. En 2013, déjà, les dames du Femina avaient récompensé une romancière venue d’ailleurs, la Camerounaise d’expression française Leonora Miano, pour La saison de l’ombre (Grasset). “Mais c’est un hasard”, assure Paula Jacques, également jurée. L’historien de la Rome antique Paul Veyne (84 ans) a remporté quant à lui le Femina de l’Essai pour l’attachant livre de souvenirs, Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas (Albin Michel).

Amour et mort

Après des études en France, Yanick Lahens est retournée en Haïti enseigner la littérature à l’université jusqu’en 1995. Elle a aussi été journaliste. Elle a cofondé l’Association des écrivains haïtiens, qui lutte contre l’illettrisme, et créé en 2008 “Action pour le changement”, qui forme notamment les jeunes au développement durable et a permis de construire quatre bibliothèques en Haïti.

Brossant sans complaisance le tableau de la réalité haïtienne dans ses livres, Yanick Lahens a publié en 2000 son premier roman, Dans la maison du père (Serpent à plumes). Chez Sabine Wespieser, sont parus en 2008 La Couleur de l’aube, prix du livre RFO et prix Richelieu de la Francophonie, Failles, récit inspiré du séisme qui a frappé Haïti en 2010, puis Guillaume et Nathalie, prix Caraïbes 2013.

Tout sourire, son éditrice Sabine Wespeiser, à la tête de la maison éponyme fondée… le 11 septembre 2001, s’est réjouie de “ce formidable encouragement pour l’édition indépendante. C’est aussi un excellent signe pour les libraires indépendants qui ont beaucoup soutenu ce roman”. “J’ai aussitôt fait réimprimer 30 000 exemplaires de Bain de lune, tiré initialement à 10 000″, précise-t-elle.

Dans le roman, un pêcheur découvre une jeune fille échouée sur la grève. La voix de la naufragée, qui en appelle aux dieux du vaudou et à ses ancêtres, scande cet ample roman familial qui convoque trois générations pour tenter d’élucider le double mystère de son agression et de son identité. Près de là, à Anse Bleue, les Mésidor, seigneurs du village, et les Lafleur, se détestent depuis des lustres. Quand Tertulien Mésidor rencontre Olmène (une Lafleur), le coup de foudre est réciproque. Leur histoire va s’écrire à rebours des idées reçues sur les femmes soumises et les hommes prédateurs. Mais, dans cette île balayée aussi par les ouragans politiques, la terreur et la mort s’abattent sur Anse Bleue…

Yanick Lahens a reçu en 2011 le prix d’Excellence de l’Association d’études haïtiennes pour l’ensemble de son oeuvre. Membre du Conseil international d’études francophones, elle a fait partie du cabinet du ministre de la Culture, Raoul Peck (1996-1997). Elle a reçu cette année le titre d’officier des Arts et des Lettres.

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