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“Le français est enseigné à l’envers”

Depuis un voyage en France à l’âge de 22 ans, William Alexander est un francophile invétéré. Seul obstacle à sa conversion intégral de New-Yorkais en Parisien, sa maîtrise de la langue approximative. A l’âge de 57 ans, il s’est lancé un défi : devenir bilingue en un an. Dans son dernier livre, Flirting With French, il raconte son année d’apprentissage du français et les bénéfices insoupçonnés qu’il en a tirés.

France-Amérique : Vous avez tout essayé pour apprendre le français : des cours du soir, des logiciels d’apprentissage comme Rosetta Stone, des semaines d’immersion en France, des conversations avec des Français sur internet, des heures d’écoutes de TV5MONDE et de France Inter. Quelle a été, selon vous, la meilleure méthode pour apprendre la langue ?

William Alexander : Je crois que les deux semaines de classes d’immersion en France m’ont le plus appris. Mais il aurait fallu que j’en fasse deux ans et pas deux semaines pour devenir bilingue. Je crois que, de manière générale, le français est enseigné à l’envers. On essaye trop d’avoir tout juste. Quand un enfant apprend une langue, il se moque de savoir si sa phrase est parfaitement correcte, tant que le message passe. Les adultes essayent trop d’avoir le bon déterminant, la bonne grammaire, la bonne conjugaison. Je me souviens d’un professeur qui a passé une demi-journée à nous expliquer qu’il fallait utiliser “depuis” quand on anglais on dit “for” et “since”. Est-ce qu’il n’y avait pas une meilleure utilisation de notre temps ? On ne passe pas assez de temps à écouter du français. J’arrive à parler un petit peu aujourd’hui, mais je suis toujours incapable de comprendre. Une des meilleures formules que j’ai trouvée, c’était de regarder une sitcom québécoise sous-titrée en français. Ce n’était pas une bonne série, mais les dialogues utilisaient un vocabulaire de tous les jours, pas celui enseigné dans les livres de français. Et puis, ça m’amuse toujours de voir que les Français ont besoin de sous-titrer des Canadiens qui parlent pourtant la même langue !

France-Amérique : Vous évoquez dans votre livre de nombreuses théories scientifiques, qui parfois se contredisent, sur la difficulté d’apprendre une langue après un certain âge. Après avoir analysé toutes ces études, pensez-vous qu’il est réellement plus dur d’apprendre une langue à 57 ans qu’à 20 ans ?

Certaines études affirment que plus vous êtes âgés, plus ce sera difficile. D’autres argumentent qu’une fois 22-23 ans passés, ce sera plus dur quelque soit votre âge. Il est certain qu’un adulte ne parlera jamais aussi bien qu’un enfant qui a commencé à apprendre une langue très jeune. Il y a plein de facteurs à cela, notamment neurologiques. Le cerveau d’un nouveau-né et d’un jeune enfant produit un nombre de synapses (Ndlr : connexion entre deux neurones), très utiles pour les langues, bien plus élevé que le cerveau d’un adulte, qui n’en a pas besoin d’autant. Là où il n’y a pas d’ambiguïté, c’est que tout le monde n’est pas égal face à l’apprentissage d’une langue quand on commence après 25 ans. Il y a des personnes de 57 ans qui parleraient sans doute beaucoup mieux français que moi en ayant suivi les mêmes méthodes. Un docteur m’avait fait passé plusieurs tests et s’était rendu compte que mon ouïe n’était pas très bonne. J’avais du mal à discerner un accent anglais d’un accent écossais. Il n’était donc pas surpris que l’apprentissage du français soit si dur pour moi.

France-Amérique : Si vous n’avez pas atteint ce bilinguisme tant recherché, vous avez découvert que votre apprentissage de la langue française vous a été tout de même bénéfique.

Avant le début de mon expérience, j’avais passé des tests qui révélaient que ma mémoire visuelle, ma mémoire des mots, des formes, étaient bien en-deçà de la moyenne des gens de mon âge. Après un an d’apprentissage du français, qui m’avait laissé fatigué, je pensais avoir des résultats encore pires lorsque j’ai repassé les tests. Au contraire, contre toute attente, mon cerveau avait rajeuni ! Mes scores étaient au-dessus de la moyenne dans tous les domaines. Certes, je n’ai pas appris autant de français que je le souhaitais, mais cette expérience m’a été bénéfique. Il est prouvé que les personnes bilingues contractent la maladie d’Alzheimer environ trois ans après les adultes monolingues.

France-Amérique : Dans votre livre, vous vous moquez gentiment de l’Académie française et de sa volonté de lutter contre le franglais et des mots comme podcast ou wifi. Que vous inspire  la fierté de la France de vouloir préserver son langage ?

Comment ne pas s’amuser de l’Académie française avec leurs épées ! Pour autant, je trouve ça très bien que les Français soient fiers de leur langue. Dans les années à venir, ils vont avoir du mal à résister à l’anglais, qui devient universel.

Flirting With French: How a Language Charmed Me, Seduced Me, and Nearly Broke My Heart, par William Alexander (Algonquin Books, 266 pages, $15,95). En kiosques le 16 septembre.

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