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Le Guide Michelin prend l’accent américain

En janvier 2012, Michelin a confié à un Américain, Michael Ellis, la lourde tâche d’accroître la réputation du guide rouge dans le monde, et notamment aux Etats-Unis. France-Amérique l’a rencontré cette semaine à l’occasion de la sortie de la neuvième édition du guide à New York.

“Je suis américain de naissance et français par choix”, plaisante Michael Ellis. Il n’y a guère que l’accent qui trahit les origines de cet expatrié à Paris depuis 27 ans, naturalisé français. Aujourd’hui directeur international des Guides Michelin, Michael Ellis entend donner un second souffle aux guides dans le monde tout en respectant la tradition de la marque.
Sa nomination en janvier dernier a été une petite révolution. Pour la première fois, un non Français est à la tête des guides. “C’était une manière pour Michelin de montrer qu’ils sont ouverts à l’international et aux cuisines du monde entier, que les guides ne sont pas franco-français. Pour l’édition de New York, tous nos inspecteurs sont des New-Yorkais de longue date, qui connaissent aussi bien Manhattan, le Queens ou le Bronx”.

Avec le succès des sites américains comme Yelp ou le guide Zagat, Michelin peine à s’imposer comme référence numéro 1 auprès du public américain. Depuis le lancement de l’édition new-yorkaise il y a 9 ans, le guide est régulièrement critiqué pour son snobisme, un certain conservatisme et son attachement indélébile aux restaurants français à New York. Michael Ellis a été nommé pour moderniser cette institution, créée en 1913.

“Un guide pour les Américains”

Rien ne destinait Michael Ellis à prendre les rênes des Guides Michelin. L’Américain a été recruté il y a sept ans par la société de Clermont-Ferrand, en tant que directeur commercial du groupe pour sa ligne de produits moto. “Après cinq ans dans l’entreprise, on m’a fait passer un entretien pour me demander ce que je voulais faire, et j’ai dit, en rigolant, que j’aimerais bien être inspecteur pour les guides gastronomiques”.
Une requête pas si ubuesque, Michael Ellis n’étant pas un novice en cuisine. Amoureux de gastronomie, il rêvait, adolescent d’être chef dans un grand restaurant en France. A la fin des années 70, le jeune Michael passe un an en apprentissage dans les cuisines du Bistro 121, un établissement parisien avec une étoile au guide Michelin. “Malgré mon amour pour la bonne cuisine, j’ai décidé de ne pas poursuivre une carrière derrière les fourneaux”.

Sa passion et ses connaissances en gastronomie ont convaincu Michelin de le nommer à la tête des guides, pour donner un coup de fouet à la marque. Michael Ellis entend d’abord développer le contenu numérique du guide aux Etats-Unis à travers une application pour smartphone. Mais pas question pour lui de créer un site similaire à Yelp, un site qui propose aux internautes lambdas de commenter et noter des commerces locaux. “Nos inspecteurs écrivent leur critique gastronomique comme de la littérature. C’est très différent de ce que l’on trouve sur internet”.

A peine nommé, Michael Ellis avait annoncé qu’il lancerait des éditions du guide dans d’autres villes américaines. Une expansion qui n’est plus à l’ordre du jour. “Je préfère consolider notre réputation dans les métropoles où nous sommes déjà présents : San Francisco, Chicago et New York. Nous voulons faire comprendre à tout le monde que le guide Michelin est un guide pour les Américains fait par les Américains. Il n’y a rien de français là-dedans”.

Le dynamisme de la cuisine française à New York

Pour autant, les restaurants français restent très nombreux dans le guide (Ndlr : un seul restaurant français a perdu une étoile, Picholine, qui n’en a désormais plus aucune). Outre les établissements français trois étoiles (Jean-Georges, Daniel et Le Bernardin), Michael Ellis assure que l’on peut bien manger français à New York à prix raisonnable.

Paradoxe, la bonne cuisine française n’est plus uniquement le domaine des chefs venant de l’Hexagone. “Le dynamisme de la cuisine française aux Etats-Unis, et notamment à New York, n’est pas seulement le fait des Français. Le restaurant Balthazar, par exemple, propose une cuisine française traditionnelle de qualité alors que le chef est américain. Le restaurant est complet matin, midi et soir. On voit aujourd’hui des chefs japonais, mexicains à la tête de très bons restaurants français car ils savent que les New-Yorkais apprécient tout particulièrement cette cuisine mais également les décors très “parisiens” de ces restaurants”.

Le guide Michelin New York 2014 est désormais en vente. Le guide San Francisco sortira le 22 octobre, et celui de Chicago le 2 novembre.

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