Subscribe

Le hip-hop français à la pointe

Le RAF Crew, formation française de danse hip-hop, est devenu le 2 août dernier champion du monde de la discipline à Las Vegas. Une première pour des Français, et une belle récompense pour ce groupe au style panaché. Entretien.

Pluriel. Si l’on devait décrire le style léché du RAF Crew, l’adjectif sonnerait juste. Le groupe de danse urbaine, composé de six talentueux garçons (Romuald Brizolier, Francis Quessary, Grichka Caruge, Nicolas Médéa, Marvin Doffin et Brice Larrieu) sait cultiver la différence. Et c’est bien ce qui a plu au public américain et aux juges du Hip Hop International à Las Vegas, lorsque ces Français ont présenté leur originale chorégraphie sur la musique métal alternative de System of a Down. Un mélange de genres qui a su ravir la première place aux 150 autres équipes en lice, soit 55 nations. En alliant krump, break, popping, new school, locking, chacun des membres puise dans son propre style et amène sa pierre à l’édifice. Et si tous sont portés vers le hip-hop, ils restent avant tout des professionnels et font tous partie d’une troupe de danse, dont celle de Marie-Claude Pietragalla (ancienne danseuse étoile de l’Opéra National de Paris). L’occasion pour certains de peut-être s’essayer aux chaussons ou tutus roses, en coulisses bien sûr…

 

France-Amérique : Pouvez-vous nous livrer vos impressions quinze jours après votre titre de champions du monde de danse hip-hop à Las Vegas ?

Romuald Brizolier : C’est indescriptible. Nous avons vraiment vécu une semaine chargée d’émotions. Le public français n’était pas venu en nombre, et pourtant nous avons reçu une belle ovation à la fin du show. Nous étions vraiment heureux d’avoir fait vibrer le public américain. L’appréhension du début s’est rapidement estompée. On s’est finalement senti comme chez nous, devant notre public.

Qu’est-ce qui a fait la différence ?

C’est vrai qu’il y avait des noms connus, comme Soreal Cru ou Philippine Allstars entre autres. Les Philippins ont gagné les trois dernières éditions, alors beaucoup de groupes ont essayé de les imiter. Nous avons joué la carte de la différence, misé sur une gestuelle à part et une bande son décalée. Nous avons gagné parce que notre chorégraphie était vraiment originale. Et puis notre touche frenchie a dû également plaire.

Comment définiriez-vous cette touche originale ?

C’est du RAF style (rires). En fait, on est six individualités : un popper, un krumper, deux new-stylers, deux breakers. Et il n’y pas de chorégraphe. Du coup, en répétition, un de nous va lancer un step et les autres vont suivre, proposer leurs idées, leurs énergies, leurs mouvements, dans leur propre style particulier. Chacun puise son inspiration auprès des autres membres du groupe. Il y a un véritable échange. Construire nos chorégraphies en mettant bout à bout chaque idée est véritablement notre marque de fabrique. Le seul problème, c’est que cela prend parfois un peu de temps.

Parlez-nous du groupe. Comment est-il né ?

Il est né il y a deux ans, en 2007, d’une simple envie entre potes. Nous avions les bases, les codes, la culture, et surtout la même vision de la danse. Nous avons simplement voulu aller plus loin. Nous nous sommes alors présentés dans les concours et les battles. Nous avons tout de suite remarqué que nous étions différents, et nous avons voulu imposer notre style.

Vivez-vous tous entièrement de la danse ?

Oui, complètement. Chacun de nous a sa place dans une compagnie, comme celles de Marie-Claude Pietragalla, de Corinne Lancel ou Georges Monboy. Je vous rassure, nous sommes utilisés comme danseurs hip-hop, pas à faire des pointes ou danser du classique pur. Néanmoins, nous essayons toujours d’observer et d’apprendre du fossé qui nous sépare de la danse classique. Notre travail se fait également auprès d’artistes, tels que Saïan Supa Crew. Il y a aussi les cours, les stages, les évènements que nous organisons.

Vous inspirez-vous d’un modèle particulier ?

Disons qu’il y a des artistes que je respecte énormément pour leur travail et pour ce qu’ils représentent, mais je n’ai pas de modèle particulier. Même si nous ne sommes pas vraiment influencés par eux, avant nous, il y avait les Wanted. À leur époque, ils ont mélangé le hip-hop et la house-danse, d’où une éventuelle comparaison.

Votre chorégraphie sur « Wake Up » de System of a Down était vraiment originale. Une danse hip-hop sur du rock métal est plutôt atypique. Comment expliquez-vous le succès de cet alliage ?

Nous nous considérons danseurs hip-hop dans l’âme. Notre style est basé sur cette musique. Mais, dans le rock, si vous confisquez les paroles, il reste les mêmes bases : des percussions, un rythme, un tempo. Nous avons donc essayé de dépasser le courant que tout le monde suit pour tous se retrouver sur ce morceau qui fait référence à des souvenirs communs. Et il ne faut pas oublier que nous nous considérons comme des danseurs capables de toucher à n’importe quel style de musique : contemporaine, classique, africaine… C’est notre force, et c’est ce qui a fait le succès de cette chorégraphie.

Vous allez vous produire au Casino de Paris en octobre prochain. Est-ce le début d’une belle aventure ?

On peut plus parler d’une aventure qui a déjà commencé et qui suit son cours d’une belle manière.

Avez-vous d’autres projets particuliers en préparation ?

Nous aimerions bien monter une création un peu plus longue. Quelque chose de plus riche, qui dépasserait la demi-heure et qui nous donnerait la possibilité d’exploiter toutes les qualités de chacun. Pour cela, il faut encore trouver des coproducteurs, un soutien financier et surtout quelqu’un qui puisse sérieusement croire en notre projet.

Une espérance pour l’avenir ?

Simplement de pouvoir ensemble vivre de notre passion à tous : la danse.

 

La performance du RAF Crew en images :



 

J-P Chandler, organisateur du Hip-Hop International en France, a également livré quelques éléments supplémentaires sur le concours.

France-Amérique : Comment s’est organisé les sélections françaises du Hip-Hop International ?

J-P Chandler : Sabrina Bouhanik, mon associée dans ce projet, et moi même, sommes au départ partis tous seuls à Las Vegas pour essayer d’obtenir une licence et organiser une présélection en France. Licence que nous avons réussi à avoir en présentant un projet qui tenait la route, surtout financièrement. Nous avons ensuite organisé le concours en France en séparant la compétition entre le nord et le sud du pays. En sont sortis 30 danseurs, que nous avons emmenés à Las Vegas à nos frais (nous n’avions aucun soutien de sponsors). Voilà un peu comment s’est déroulé le début de l’aventure.

Et à Las Vegas ?

La délégation française était assez attendue, dans la mesure où la France reste un pays majeur dans le monde du hip-hop. Il faut savoir que les Américains reconnaissent la France comme un pays de l’élite de la danse hip-hop. La French touch a une marque de fabrique recherchée à l’étranger, que ce soit en termes de savoir-faire, « d’exotisme européen » ou d’image, avec la magie de Paris en ligne de mire. Attente que le RAF Crew a su relever en gagnant la compétition aux États-Unis.

Comment voyez-vous l’avenir du Hip-Hop International en France ?

J’aimerais assurer une passerelle entre la France et l’étranger, dans le but de dénicher de plus en plus de groupes de danseurs de qualité et promouvoir l’élite de la danse française aux États-Unis par exemple. Aujourd’hui, il nous faudrait simplement plus de partenaires pour épauler nos projets et péréniser l’évènement à long terme.

Hip-Hop International France :

http://www.hiphop-international.fr/

Hip-Hop International USA :

http://www.hiphopinternational.com/

 

Contacts : J-P Chandler

chandlerelite@gmail.com

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related