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Le plus vieux réacteur des USA, une menace en puissance

L’accident nucléaire de Fukushima a attiré l’attention des Américains sur le plus vieux réacteur en service aux Etats-Unis, qui pourrait bien, selon des défenseurs de l’environnement, être aussi le plus dangereux.

Lacey, dans le New Jersey (est), est une petite ville américaine au bord de l’océan Atlantique qui serait restée relativement anonyme si le séisme et le tsunami du 11 mars au Japon n’avaient pas provoqué la crise nucléaire que l’on connaît.

Mais Lacey abrite la centrale nucléaire d’Oyster Creek, ouverte en 1969 et dotée d’un réacteur à eau bouillante construit par General Electric, de type GE Mark I, identique à ceux de la centrale de Fukushima. De nombreux militants anti-nucléaires américains et d’habitants craignent qu’un accident nucléaire se produise à Oyster Creek, sans même qu’il y ait besoin d’un séisme ou d’un tsunami pour le déclencher.

La centrale a connu des incidents en série, y compris la corrosion de l’enceinte de confinement en acier censée protéger le réacteur, mais aussi des fuites qui ont provoqué des rejets de tritium radioactif dans l’eau. Sans compter qu’un volume important de barres de combustible usé est stocké sur place. “Cela fait 40 ans qu’il y a des radiations sur le site, entre deux et demi et trois fois plus qu’au Japon”, affirme Jeff Brown, un militant anti-nucléaire.

Et surtout, la centrale a été “conçue d’une manière parfaitement stupide qui fait que les barres de combustible usé sont installées au-dessus du réacteur”, explique-t-il à l’AFP. “Oyster Creek est une usine fiable, sûre, bien protégée et productive”, a répondu un porte-parole de l’entreprise, Craig Nesbitt, interrogé par l’AFP, qui rejette les affirmations de M. Brown sur la radioactivité et rappelle que la centrale a bénéficié “de plus d’un milliard de dollars d’améliorations et de remises à niveau depuis son entrée en service”.

Mais les habitants du New Jersey craignent aussi que la centrale, qui appartient et est exploitée par l’entreprise Exelon Corporation, ne soit une cible facile pour une attaque terroriste. “Au minimum, nous avons besoin d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus d’Oyster Creek. Il y en a une au-dessus de Disney World, mais pas ici”, souligne Peggi Sturmfels, de la Fédération du New Jersey pour l’environnement.

Quelque 700 employés travaillent sur le site. Environ 500 000 personnes vivent dans la zone qui devrait être évacuée en cas d’accident ou d’attaque terroriste visant la centrale, un nombre qui augmente en été, lorsque les touristes se ruent sur les plages du New Jersey. Lacey se trouve à 137 km de New York et 88 de Philadelphie, dans une zone où des ouragans ne sont pas un phénomène exceptionnel.

Cela n’a pas empêché l’autorité nucléaire américaine, la NRC, de prolonger en 2009 la licence d’exploitation de la centrale. Elle devrait être définitivement fermée en 2019, mais pour beaucoup de riverains, c’est un horizon trop lointain. “Avec ce qui se passe au Japon, nous avons pris conscience des problèmes à notre porte”, estime Barbara Murrofsky, une retraitée interrogée par l’AFP. “Ils devraient la fermer maintenant”.

D’autres habitants, comme Rick Gifford, sont plus optimistes. Pour lui, puisque la centrale “fonctionne depuis 40 ans sans aucun problème, il n’y a pas de raison qu’il y en ait maintenant”. Greg Auriemma, un avocat de l’organisation de défense de l’environnement Sierra Club, n’est pas du même avis. “Comme le Japon l’a montré, un événement tragique suffit à faire changer la situation”, souligne-t-il. “Une catastrophe peut arriver ici même, dans notre jardin”.

Vingt-trois réacteurs comme celui d’Oyster Creek fonctionnent aux Etats-Unis. La NRC a lancé une enquête mercredi, à la demande du Président Barack Obama, sur la sûreté des installations nucléaires, promettant un rapport complet et des recommandations pour dans six mois.

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