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Le Québec ouvre ses portes aux Français

Vu de France, où le débat sur la maîtrise de l’immigration fait rage, le Québec fait figure d’ovni. Face à une chute prévisible de  sa population active, la Belle Province cherche par tous les moyens à attirer les travailleurs étrangers. Cœur de cible : les Français installés aux États-Unis.

Québec. En France, la simple évocation de cette petite région francophone d’à peine huit millions d’habitants suffit à susciter l’enthousiasme, surtout auprès d’une jeune génération avide d’expatriation. Douceur de vivre, chaleur humaine, attrait d’un mode de vie à l’américaine avec les avantages sociaux et la langue de l’Hexagone : les clichés positifs sur la belle province sont largement partagés. On imagine alors des hordes de candidats à l’immigration se bousculant à la frontière québécoise. Il n’en est rien.

Depuis plusieurs années, les autorités du Québec multiplient les campagnes de promotion auprès des jeunes de tous les pays. Tous les supports sont mobilisés, des affiches aux vidéos sur les réseaux sociaux, en passant par des réunions dans les universités. Dernière en date, « Vos talents ont une place au Québec », une opération lancée en septembre 2010 par la délégation du Québec à New York, qui vise à attirer les jeunes travailleurs français installés aux États-Unis.

« La situation démographique est critique au Québec. On se bat pour notre survie », alerte Lucy Wells, en charge des questions d’immigration à la délégation du Québec à New York. « De nombreux baby boomers vont partir à la retraite dans les prochaines années, et le taux de natalité, autour de1,5 enfants par femme, est l’un des plus faibles du monde ». Et les mesures d’incitation à la natalité – garderies, congés parentaux – ne suffisent pas seules à faire face à l’urgence. « La population active du Québec va commencer à décroître en 2014 », prévient Mme Wells.

Solution adoptée par le gouvernement québécois : aller chercher de la main d’œuvre qualifiée à l’étranger. « Nous accueillons environ 50 000 personnes par an au Québec, de tous les coins de la planète », précise Lucy Wells. Six bureaux à travers le monde travaillent à promouvoir l’immigration vers le Québec. « Il y a une concurrence très féroce entre les pays demandeurs d’immigration. C’est un véritable marché », assure Mme Wells.

Au Canada, l’immigration est un pouvoir partagé entre les autorités fédérales et les provinces. Si le gouvernement de la capitale fédérale, Ottawa, est seul autorisé à attribuer la citoyenneté canadienne et reste un passage obligé pour des contrôles de santé et de casier judiciaire, l’accueil des candidats reste l’apanage des provinces. « Sur ce plan, le Québec s’est démarqué depuis les années 1970 en obtenant des compétences toujours plus importantes en matière de sélection et d’intégration des migrants », rappelle John Parisella, délégué général du Québec à New York.

Dernière cible des politiques d’immigration québécoises : les jeunes diplômés Français et francophones installés aux États-Unis. Depuis septembre 2010, Lucy Wells, basée à New York et chef d’orchestre de l’opération, multiplie les campagnes publicitaires dans les médias et les séances d’information. Les diplômés en aéronautique, en construction, les professionnels de la santé ou de la communication sont les plus courtisés.

Le Québec joue sur deux créneaux pour attirer les meilleurs profils : d’une part, une situation de plein emploi face à un marché encore précaire aux États-Unis ; d’autre part, des procédures administratives en matière d’immigration bien moins strictes que celles du pays de l’oncle Sam. « Dans de nombreux cas, le Québec peut constituer une alternative intéressante aux Etats-Unis », assure Mme Wells.

Une alternative qui a su charmer Tony Buffard. À 36 ans, ce Français est installé à Montréal depuis 2006. Il travaille pour la compagnie de jeux vidéos Gameloft, un secteur où le Québec occupe une place prédominante. Pour ce producteur de jeux, « pas question de revenir en France ». « Certes, l’hiver est long, mais je suis super content », assure-t-il. Pour lui qui n’a mis qu’un an à obtenir son autorisation de résidence permanente sur le territoire, la prochaine étape sera la demande de citoyenneté canadienne.

Tout est fait pour faciliter l’arrivée des travailleurs français. En 2008, le Premier ministre du Québec Jean Charest et le président de la République Nicolas Sarkozy ont signé une entente sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, visant à faire valoir les diplômes de part et d’autre de l’Atlantique. Près de 70 métiers sont aujourd’hui concernés, tels que comptable, boulanger ou soudeur.

Pour autant, tout n’est pas encore parfaitement fluide. Exemple : Stéphanie Boiteau, qui exerçait une profession paramédicale à Paris, a suivi son mari à Montréal il y a six ans. Bien que diplômée en France, elle a dû repasser un examen pour exercer son métier de manipulatrice radio au Québec.

Ces quelques obstacles ne semblent pas pour autant dissuader les candidats à l’immigration. Avec entre 3 et 4 000 ressortissants qui s’établissent au Québec chaque année, les Français forment la deuxième nationalité étrangère la plus représentée dans la province et sont le premier groupe d’immigrants dans la ville de Québec et sa région.

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