Subscribe

Le retour de La Fayette

La New-York Historical Society présente une exposition consacrée au voyage triomphal du marquis de La Fayette en Amérique en 1824.

L’invitation a été lancée par le président James Monroe (1758-1831), et envoyée à La Grange, la maison en Seine-et-Marne qu’occupe le général, et qui appartenait à sa femme, Adrienne de Noailles, disparue prématurément. Gilbert du Motier de La Fayette, déjà âgé, souffrant en permanence de sa jambe blessée lors d’une chute sur un trottoir gelé, hésite à entreprendre ce long voyage. Il a 66 ans. Il n’est pas revenu en Amérique depuis 1784 et son combat pour l’Indépendance américaine. 40 ans déjà! Voyant en La Fayette le jeune héros de la guerre d’Indépendance américaine, on oublie souvent que l’homme, a vécu longtemps. Né à Chavaniac en Auvergne le 6 septembre 1757, Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, est mort le 20 mai 1833 à Paris. Son combat pour la liberté, pour la monarchie parlementaire, est une constante de sa vie. L’autre, bien sûr, est l’Amérique.

La Fayette décide de faire le voyage. Son fils George-Washington, qui s’est déjà rendu en Amérique en 1795 pour rencontrer son parrain, le célèbre George Washington, l’accompagnera. Le 13 juillet 1824, père et fils quittent le Havre ne s’attendant pas, un mois plus tard, le 16 août, en arrivant à New York, à un tel accueil. C’est une foule en délire qui acclame à 66 ans le French Founding Father ! Pour certains le Marquis, pour d’autres le Général, venu pour quelques semaines, restera 13 mois au total, voyageant dans 24 États et parcourant plus de 10 000 kilomètres. “La Fayette a fait la Une pendant ces treize mois. Ce qui est très intéressant, c’est de voir qu’il a en quelque sorte créé le patriotisme américain“, explique Richard Rabinowitz, conservateur de l’exposition présentée à la New-York Historical Society. Juste retour des choses : le deuxième jour de son séjour à New York, Gilbert du Motier se rend à la Society créée en 1804. “America : made in France. C’est la nouvelle et provocante perspective sur les origins du patriotisme américain, présentée dans cette exposition“, dit pour sa part Louise Mirrer, présidente du musée. On retrouve les traces de ce patriotisme naissant dans le pavillon II. Ce sont les discours prononcés à travers les États-Unis, les objets souvenir que l’on vend sur le passage du grand homme, les chansons, les articles de presse. Après New York, ce sera Philadelphie, la ville des Pères fondateurs. Le jeune marquis s’y était rendu lors de son premier voyage en 1775, mais l’ “étranger”, si jeune de surcroît, avait été reçu avec froideur par le Congrès. De Castle Garden à Bunker Hill, La Fayette pose les jalons de cette Amérique patriote qui s’ignore.

“L’exposition montre aussi que cette visite marque la fin d’une ère”, ajoute le conservateur. Franc-maçon de la première heure, comme son ami Benjamin Franklin, le général au cours de son voyage est reçu par toutes les loges du pays qui organisent des banquets en son honneur. Porteuse de valeurs issues du siècle des Lumières, la franc-maçonnerie n’est pas encore considérée comme une secte dont il faudrait se méfier. La Fayette, fervent partisan de l’abolitionnisme, est l’ami des Noirs, l’ami des Indiens qu’il connaît depuis son premier voyage et dans ce sens fédère l’Amérique tout entière. Après
son départ, la chasse aux catholiques, aux francs-maçons va battre son plein. La société américaine va se radicaliser dans un mouvement qui annonce les prémices de la guerre civile. La New-York Historical Society cherche à mettre en avant, à travers cette exposition, l’actualité des idées défendues par le général La Fayette, ses idéaux de liberté, d’égalité, partagées par les Pères fondateurs de la jeune nation américaine. Lors de son voyage, il visite Mount Vernon et Monticello. À Mount Vernon, demeure de George Washington, le Français reconnaît la clé de la Bastille qu’il a envoyée à son père spirituel en 1789 au lendemain du 14 juillet, et se recueille sur la tombe du général américain mort en 1799.

À Monticello, La Fayette reprend le dialogue jamais interrompu avec son ami Thomas Jefferson qu’il a connu lorsque ce dernier occupait le poste d’ambassadeur à Paris avant la Révolution française. L’amitié des deux hommes a traverse les régimes comme en témoigne leur correspondance. Au fond, la question reste posée et l’exposition de la New-
York Historical Society l’esquisse: si La Fayette, chantre de la liberté, faisait aujourd’hui le voyage, arriverait-il à fédérer les foules comme hier, dans un même élan de patriotisme?

 

« French Founding Father : La Fayette’s Return to Washington’s America »

New-York Historical Society
170 Central Park West, New York
Fermé le lundi, mardi-samedi : 10h à 18h, le vendredi jusqu’à 20h, le dimanche : 11h à 17h45
www.nyhistory.org

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related