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Le salaire minimum aux Etats-Unis, une augmentation qui fait débat

Comme des millions d’Américains, certains expatriés français espèrent que le salaire minimum aux Etats-Unis, plus bas qu’en France, sera prochainement augmenté comme le souhaite le président Barack Obama.

Frédéric, 26 ans, travaille à Philadelphie dans une société de déménagement depuis six mois. A raison de 40 heures par semaine, il porte des cartons pour 7,25 dollars de l’heure. Le salaire minimum (Minimum Wage, l’équivalent du Smic) en Pennsylvanie. “Sans l’aide de ma femme, je ne pourrais pas vivre décemment à Philadelphie et nous n’aurions pas pu avoir un enfant”. Frédéric, qui suit l’actualité de loin, est néanmoins au courant du souhait de Barack Obama de rehausser le salaire minimum aux Etats-Unis de 40%. Actuellement à 7,25 dollars au niveau fédéral (chaque Etat a ensuite sa spécificité), il passerait à 10,10 dollars. “Ce serait vraiment une bonne nouvelle car je ne reçois aucune aide de l’Etat à côté de mon salaire, alors qu’en France je toucherais aussi des allocations. En France, on ne se rend pas compte que les Américains ne peuvent pas compter sur l’Etat pour compléter leur salaire avec des aides.”

Le projet de loi – qui a la faveur de 75% d’Américains selon les récents sondages – fait débat dans la classe politique et a très peu de chances d’être voté par la Chambre des représentants, à majorité républicaine. Comme en France, les opposants à l’augmentation du salaire minimum affirment que cette mesure augmenterait  le chômage des travailleurs non qualifiés et des jeunes. Sur ce point, les études sont très nombreuses et se contredisent souvent. Les républicains peuvent s’appuyer sur le rapport du Congressional Budget Office, un institut non-partisan qui a régulièrement une influence majeure sur les législations aux Etats-Unis. Ce rapport souligne que, d’un côté 900 000 familles sortiraient de la pauvreté aux Etats-Unis avec l’augmentation du salaire minimum, mais que, dans le même temps, 500 000 emplois seraient détruits. A noter qu’en France, aucune étude similaire n’a malheureusement été réalisée.

Un salaire minimum pas uniformisé

Le salaire minimum existe aux Etats-Unis depuis 1938, à l’époque du New Deal du président Roosevelt, alors qu’en France, il n’a été instauré qu’en 1950. Contrairement à la France, le salaire minimum n’est pas rehaussé chaque année en fonction de l’inflation. Un point souligné par Barack Obama à plusieurs reprises, mettant en avant notamment le fonctionnement du Smic en France. “Le salaire minimum aux Etats-Unis ne correspond pas du tout au coût de la vie en 2014”, constate Frédéric.

Depuis juillet 2009, il est bloqué à 7,25 dollars de l’heure. Mais les dérogations sont très nombreuses pour les Etats. Ainsi, dans le Minnesota, les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas les 625 000 dollars ne sont pas obligées de prendre en compte la loi fédérale. Autre exemple en Géorgie où les entreprises de moins de six salariés peuvent payer leurs employés 5,15 dollars de l’heure. A l’inverse, certains Etats ont un salaire minimum plus élevé que celui imposé par la loi fédérale. C’est le cas dans l’Illinois par exemple (8,25 dollars), à New York (8 dollars), ou encore dans l’Etat de Washington, Etat où il est le plus élevé, à 9,32 dollars. Certaines villes ont même leur propre loi, comme à San Francisco ou le salaire minimum fixé par la municipalité est de 10,74 dollars depuis le 1er janvier 2014.

Les travailleurs au smic : pas le même profil en France et aux Etats-Unis

En 2013, 3,55 millions d’Américains touchaient le salaire minimum de 7,25 dollars, ou moins selon les législations des Etats vues précédemment, soit 2,8% de tous les travailleurs américains et 4,7% de tous les travailleurs payés à l’heure. Un chiffre en baisse constante puisqu’en 1979, 13,4% des salariés payés à l’heure touchaient le salaire minimum, soit 7,9% de tous les travailleurs.

La grande différence avec la France est l’écart entre le salaire médian et le salaire minimum. Le salaire minimum américain représente seulement 38,8% du salaire médian dans le pays, alors qu’il s’élève à 60,1% en France. Le profil des travailleurs qui touchent le salaire minimum dans les deux pays est aussi assez distinct. En France, où 13% des salariés touchent le Smic, près de 30% d’entre eux sont des jeunes de moins de 25 ans. Aux Etats-Unis, plus de 50% des travailleurs payés au salaire minimum ont moins de 25 ans. Ainsi en France, le Smic s’est aujourd’hui généralisé et n’est plus réservé aux jeunes. Certains économistes américains craignent une évolution similaire aux Etats-Unis si le salaire minimum est rehaussé. “Ce sont des calculs qui ne prennent pas en compte l’humain, regrette Frédéric. Affirmer qu’il ne faut pas augmenter le salaire minimum pour ne pas le généraliser et pour ne pas risquer de faire augmenter le chômage, c’est mépriser les gens qui vivent avec un salaire de 8 dollars de l’heure à New York et leur dire que c’est bien assez pour vivre”.

Lutter contre les inégalités plutôt que contre le chômage

Dominique* une Française de 27 ans installée en Californie depuis maintenant trois ans, a récemment perdu son emploi dans une société de communication. Mariée à un Américain, elle a décidé de rester aux Etats-Unis et travaille aujourd’hui à la cantine d’une école primaire, où elle touche le salaire minimum. Aujourd’hui à 8 dollars de l’heure en Californie, il passera à 9 dollars au 1er juillet 2014 et à 10 dollars au 1er janvier 2016. “Peut-être que pour les Californiens qui n’habitent pas dans une grande ville, 8 dollars de l’heure, ça suffit pour vivre décemment, mais pas à Los Angeles. Et je ne vis pourtant pas à Beverly Hills. Si j’avais eu un enfant avant d’être licenciée (Ndlr : pour raisons économiques), j’aurais vraiment été en grande difficulté.”

La proposition d’Obama, si elle a peu de chance d’être votée à l’heure actuelle, sera sans doute à nouveau d’actualité si les démocrates gagnent des sièges aux élections de mi-mandat et deviennent majoritaires à la Chambre des représentants. Une issue très peu probable, même si avec cette promesse d’augmenter le salaire minimum, Barack Obama espère répondre à une demande croissante des Américains et récupérer des voix.

Dominique compte beaucoup sur le président américain pour faire passer cette mesure et réduire les inégalités. “J’ai l’impression parfois qu’il ne s’intéresse qu’aux chiffres du chômage, qui ne veulent pourtant pas dire grand-chose. La pauvreté des travailleurs, c’est un problème concret pour plein de gens comme moi aux Etats-Unis”.

*Prénom modifié.

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