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Le Scaphandre et le Papillon

L’adaptation du récit bouleversant de Jean-Dominique Bauby, atteint du "locked-in syndrome", sort en salles cette semaine. Rencontre avec le réalisateur américain Julian Schnabel, et revue de presse des critiques américaines.

Il vous reçoit vêtu d’une veste de pyjama en soie confectionnée par sa femme, d’un sarong qui fait office de pantalon et, dernière touche originale, de baskets taguées roses aux pieds. Tout chez Julian Schnabel est fait pour vous rappeler que vous avez affaire à un artiste. Il vous parle d’ailleurs allongé de tout son long sur un divan. Mais le peintre qui s’est fait connaître à la fin des années 1970 pour sa série de Plate Paintings et qui fut l’ami de Warhol et de Basquiat réfute le mot "artiste". "Je suis un peintre et un cinéaste, voilà tout. Très jeune, j’ai ressenti la nécessité de construire mon propre univers. C’est venu d’abord avec la peinture." Attiré par les destins brisés et tragiques, il a réalisé Basquiat en 1996 et Avant la nuit en 1999, biographie de l’écrivain cubain Reinaldo Arenas.

Le cinéaste américain a reçu le Prix de la mise en scène pour son adaptation du Scaphandre et le Papillon, le bouleversant livre de Jean-Dominique Bauby. Atteint du locked-in syndrome après un accident cérébral, le journaliste – interprété à l’écran par Mathieu Amalric -, entièrement paralysé, a gardé l’esprit intact. Pour tout moyen de communication avec le monde extérieur, les battements de la paupière gauche. Une fois pour dire oui, deux pour dire non.

Ce "carnet de voyage immobile", dicté lettre par lettre, est un émouvant hymne à la vie. Julian Schnabel a trouvé au coeur de cette oeuvre un écho personnel. "Mon ami Fred Hughes, manager de la Factory, était atteint de sclérose en plaques. Il ne pouvait plus bouger. Je lui faisais la lecture. Un jour, son infirmier, Darin McCormack, m’a offert Le Scaphandre et le Papillon, que j’ai lu à Fred. Longtemps après, mon père, qui était tombé malade, est venu vivre à la maison. Il était proche de la fin et était terrifié à l’idée de mourir. Il n’était pas préparé. C’est alors que j’ai reçu le scénario du Scaphandre, envoyé par la productrice Kathleen Kennedy. Je ne pouvais pas ignorer tous ces signes reçus à des moments clés de ma vie." C’est Pathé qui finalement rachètera les droits à Universal. "Cela tombait bien. J’ai toujours souhaité tourner ce film en français, avec des acteurs français." Avant de se lancer dans l’entreprise, Julian Schnabel a visionné le documentaire que Jean-Jacques Beineix consacra à Jean-Dominique Bauby.

"Je pense qu’à l’époque, Jean-Dominique Bauby avait souhaité montrer et prouver au monde qu’il était bien l’auteur de son livre. Ce qui m’a bien sûr intéressé, c’était de voir Jean- Do dans sa chambre numéro 119 de l’hôpital maritime de Berck-Plage ainsi que son entourage familier." Et d’être frappé par la personnalité de l’homme. "Un humain capable de désir, d’amour, de culpabilité et dote d’un grand sens de l’humour. Mais il revient toujours à sa condition de scaphandre et à la possibilité d’une mort imminente. Il peut échapper de temps en temps à son état grâce au pouvoir de son imagination, de sa mémoire, de ses rêves d’enfant et de ses songes d’adulte. La mort, pour nous tous, est inévitable. J’aime bien cette chanson dans laquelle Tom Waits se demande si le diable n’aurait pas créé le monde lorsque Dieu était en train de dormir."

Même si Julian Schnabel n’est pas croyant, Le Scaphandre et le Papillon est d’une belle spiritualité. Les femmes du film – orthophoniste, infirmière – sont autant d’anges gardiens. "Elles sont pleines de compassion. Dommage qu’il faille être malade pour qu’on soit bon avec vous ! C’est un film sur la conscience. Il faut faire attention au présent. Lorsque Bauby écrit : « Étais-je aveugle et sourd ou bien faut-il nécessairement la lumière d’un malheur pour éclairer un homme sous son vrai jour ? », ces mots-là me touchent profondément."

Petite revue de presse des critiques américaines, dithyrambiques :

New York Magazine
"I think—I know—he’d be over the moon about Julian Schnabel’s movie."

Newsweek
"ravishing to look at, mercifully unsentimental, blissfully avoiding almost every cliché of the genre."
David Ansen

Entertainment Weekly
"The Diving Bell and the Butterfly is the most beautiful movie ever made about a man who could only move one eyelid"
Lisa Schwarzbaum

Rolling Stone
"The movie will wipe you out.(…) But this is Schnabel’s his best film yet, a high-wire act of visual daring and unquenchable spirit."
Peter Travers

The Diving Bell and The Butterfly
Drame de Julian Schnabel, avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze
Durée : 1 h 52
Sortie aux États-Unis le 30 novembre

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