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Le trottoir qui allume les lampadaires arrive aux Etats-Unis

Les trottoirs électriques récupèrent l’énergie cinétique générée par le passage des piétons pour alimenter les lampadaires. Ce concept innovant, mis au point par le Toulousain Laurent Villerouge, vient d’être acheté par une société californienne.

Il n’y a pas à dire, le parcours de Laurent Villerouge est peu commun. Après un bac en sciences économiques, il s’essaye au monde de la bourse puis à celui de l’immobilier avant de se lancer dans l’agencement d’intérieur. A 44 ans, las de sa routine de travail, il décide de changer à nouveau d’univers et commence à s’intéresser aux énergies renouvelables. De plusieurs voyages à travers le monde, il revient avec une idée en tête : récupérer les énergies du quotidien, produites par des sources aussi diverses que les ondes wifi, les amortisseurs de voiture ou la chaleur corporelle. Il se lance alors dans l’”energy harvesting”.

Aussitôt rentré à Toulouse, il rencontre Alexandre Marciel, l’adjoint au maire de la ville chargé de l’éclairage, qui lui souffle l’idée d’alimenter les lampadaires publics. Avec sa société VIHA Concept et grâce au partenariat, entre autres, de l’école d’ingénieurs toulousaine, l’ENSEEIHT, et de la junior entreprise de l’école de commerce, l’ESC Toulouse, Laurent Villerouge développe son prototype de dalles “intelligentes”. Montées sur des ressorts, elles récupèrent l’énergie cinétique générée par le passage des piétons pour alimenter l’éclairage urbain.

Si le concept avait déjà été utilisé pour illuminer le dancefloor d’une boîte de nuit à Rotterdam, l’application est ici différente, puisqu’il s’agit d’un trottoir et que les dalles sont adaptées à la chaussée. Le passage d’un piéton sur une dalle fournit entre 5 et 10 watts, alors que celui d’une voiture citadine roulant à 10 km/h produit 60 watts par roue. “Ce n’est pas un gadget”, insiste Laurent Villerouge. “C’est un projet de dimension internationale !” Il faut dire que le projet a du potentiel car la rue n’est pas le seul champ d’action envisageable. Les dalles peuvent ainsi être installées dans une station de métro, une gare ou un stade. “Il ne faut pas oublier non plus les péages et les parkings pour voitures”, ajoute Laurent Villerouge. Car, à ce moment là, la production est multipliée par 15 !”

“Une frilosité insensée”

Une fois les brevets déposés et les premiers prototypes développés, Laurent Villerouge s’attaque à la recherche de financements pour alimenter la phase de recherche et de développement industriel. Il se heurte alors à une frilosité qu’il qualifie d'”insensée” : “Tout le monde est intéressé mais personne ne veut mettre de l’argent”, regrette-t-il. Il va même jusqu’à remettre le projet en mains propres à Nathalie Kosciusko-Morizet, alors secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie. Quelques jours après, il apprend que le dossier a été perdu. Fatigué de ce combat qu’il sent perdu d’avance, Laurent Villerouge décide de regarder de l’autre côté de l’Atlantique. “Les Français ont du mal à ouvrir les yeux”, explique-t-il. “Les Américains sont au contraire beaucoup moins passifs”.

Laurent Villerouge se rapproche alors de l’université de Stony Brook, à New York, et plus particulièrement du chercheur Lei Zuo, spécialisé dans la récolte d’énergie. Très vite, la directrice des licences le met en contact avec Harvest NRG, une société californienne qui l’invite à venir travailler avec eux sur son projet. Doutant de la valeur ajoutée qu’il pourrait apporter, Laurent Villerouge préfère leur vendre ses brevets. “En France, on en était encore à me reprocher de ne pas être un scientifique ou de ne pas sortir d’HEC. Aux Etats-Unis, l’affaire était réglée en deux mois”.

Son avenir, Laurent Villerouge le voit maintenant aux Etats-Unis. Il compte s’installer sur la Côte Est dès la fin de l’année pour monter sa société. “Je ne supporte plus la mentalité française, explique-t-il. Il me tarde de partir !” Laurent Villerouge a déjà déposé plusieurs brevets et travaille main dans la main avec Lei Zuo et l’université de Stony Brook. Ensemble, ils travaillent à recycler l’énergie produite par le tambour d’un lave-linge pendant la phase d’essorage pour chauffer l’eau du cycle suivant, ainsi qu’à récupérer l’énergie des claquements de portières de voiture pour en allumer le plafonnier.

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