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L’Ecole Française de Portland épinglée pour avoir enfreint le droit du travail

Après un an de conflit, les employés de l’Ecole Française de Portland, Oregon, ont obtenu de la justice américaine de pouvoir s’organiser en syndicat. L’affaire avait conduit au non-renouvellement de visa de plusieurs employés français. Rendue le 27 décembre dernier, la décision crée un malaise au sein de l’établissement, homologué par le ministère de l’Education nationale.

C’est une satisfaction pour les employés de l’école française de Portland. Après plus d’un an de litige, le conseil d’administration de cet établissement de l’Oregon a été obligé par un jugement du National Labor Relations Board (NLRB) de reconnaître leur droit à se syndiquer, de renouveler le visa de travail d’une des institutrices et d’enlever l’avertissement écrit infligé à Massène Mboup, un des professeurs de français.

Le conflit a débuté il y a près d’un an, lorsque 35 des employés – administratifs et enseignants – ont décidé de se grouper en un syndicat. « On s’est aperçu qu’il n’y avait pas de démocratie dans l’école », se souvient Massène Mboup, présent dans l’école depuis 1999. «  Nous avions été exclus des politiques de décision, notamment concernant les négociations salariales. Nous ne pouvions pas parler aux parents, ni même au conseil d’administration. »

Les parents d’élèves anti-syndicalistes

En se ralliant à l’American Federation of Teachers (AFT), les employés se sont attiré la colère du conseil d’administration et d’une poignée de parents d’élèves anti-syndicalistes. «  L’école menait une répression masquée pour nous faire peur. Certains professeurs (60% sont Français, ndlr) craignaient que leur visa d’un an ne soit pas renouvelé», souligne Massène.

Lui même était sous le coup d’un avertissement écrit. Prétexte : il occupait le poste d’entraîneur de football dans un programme d’afterschool au sein de la French-American International School, l’autre école bilingue de Portland.

Patricia Raclot s’est ainsi retrouvée sans visa à la rentrée 2010. Elle travaillait depuis six ans à l’école française de Portland. Une sanction déguisée parce qu’elle s’était montrée favorable au syndicat. En mai dernier, dans les colonnes du site Internet OregonLive.com, Becky Conant, une autre des licenciées, parlait même « d’une atmosphère hostile et d’intimidation depuis que les discussions concernant le syndicat avaient débuté».

Le conflit a conduit à la démission de Robert Scanlan, un des membres du conseil d’administration. Dans une lettre, il justifait son choix par un manque de communication entre les employés et leurs dirigeants, et un sentiment anti-syndicaliste parmi les parents et les donateurs qui pourrait conduire «  à une perte de 8% des revenus bruts  pour l’école dûe à la baisse des frais d’inscription. »

De son côté, Elimane Mbengue, chef de l’établissement, déclarait, toujours dans OregonLive.com, ne pas comprendre l’intérêt de la création d’un syndicat. «  Nous avons augmenté les salaires de tout le monde de 7% en décembre 2009 et mis en place un plan de retraite bien avant que l’on ne parle de syndicat. »

“No complaining rules”

Le 27 décembre dernier, le juge William G. Kocol, du National Labor Relations Board (NLRB), a cependant confirmé que les employés avaient le droit de se syndiquer et a ordonné à la direction de l’école de changer, notamment en faisant disparaître la règle du «  No complaining rule » des contrats de travail, non conforme au code du travail américain.

Un vote, pour élire les members du syndicat, pourrait être programmé début mars par le NLRB. «  Nous voulons avoir une représentation légale », ajoute Massène Mboup, le porte-parole des professeurs. « Nous ne défendons pas les mauvais enseignants mais nous voulons le respect des lois. L’école ne doit pas être considérée comme une entreprise. »

Le conseil d’administration de l’école française de Portland a décidé de ne pas faire appel du jugement. Contacté, le chef de l’établissement n’a pas souhaité répondre à nos questions.

L’école française de Portland est homologuée par le ministère français de l’Education nationale. En mai prochain, une commission pourrait dire si l’accréditation de l’école est mise en cause. Selon l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger  (AEFE), «  il est difficile de dire quoi que ce soit à ce sujet avant que cette commission étudie la question ».

Témoignage:

France-Amérique recherche des témoignages de professeurs ayant enseigné dans les écoles françaises américaines privé pour un futur article concernant les conditions de travail. Contacter: anais.francetoday@gmail.com

 

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