Subscribe

L’église française de Manhattan a fermé ses portes

L’église française de Manhattan, où Edith Piaf s’était mariée en 1952, a fermé ses portes dimanche, après cinq ans de combat et une dernière messe pleine d’émotion où certains paroissiens n’ont pas pu retenir leurs larmes.

La petite église de Chelsea, à la façade néo-classique coincée entre deux immeubles à l’angle de la 23e rue et de la sixième avenue, fait partie des églises de New York que l’archevêché avait décidé de fermer en 2007 pour des raisons financières et de faible fréquentation. Les paroissiens étaient composés d’un mélange unique d’Européens, Africains et Haïtiens, et dimanche, ils remplissaient l’église, venus souvent en famille. En dépit de la fermeture, beaucoup refusaient de s’avouer vaincus.

“Nous avons pris des avocats canoniques et nous nous sommes pourvus devant le Vatican”, a expliqué Olga Statz, elle-même avocate et responsable du comité de soutien “Save St Vincent de Paul” qui depuis cinq ans a tout fait pour empêcher la fermeture. “Ce sont les mêmes avocats qui ont réussi à empêcher la fermeture d’églises catholiques dans l’Ohio et le Massachusetts, et je suis optimiste”, a-t-elle ajouté. Selon elle, cet appel, dont la décision pourrait prendre deux ans, empêche notamment l’archevêché de détruire ou vendre l’église, inaugurée en 1869, au passé chargé d’histoire, et que Mme Statz considère comme un “bijou d’architecture”.

Dimanche, certains ne cachaient pas leur scepticisme, soulignant la pression foncière dans cette partie de Manhattan, et les millions de dollars que pourrait rapporter la vente du terrain. “Il y a trop d’argent en jeu”, commentait ainsi un ancien combattant français, venu spécialement avec trois amis se faire photographier une dernière fois devant le petit monument aux morts à l’intérieur de St Vincent. “Et c’est dans un état lamentable. Mais c’est vraiment triste”, ajoutait Joseph Crouzilhat, vice-président de l’association des anciens combattants. “On fait toutes les cérémonies ici, les enterrements, les communions…”

Mais faute de réparations, le toit de l’église fuit, la peinture s’écaille, et il faudrait plusieurs millions de dollars pour la réparer. Une des rares anglophones de l’assistance, Martina McBride, retraitée francophile, qui venait à la messe à St Vincent tous les dimanches depuis 20 ans, était en larmes. “Je me sens totalement abandonnée. Tout ça est lié à l’immobilier. Ils n’ont pas de vision. Si l’église nous abandonne, alors que c’est l’année de l’évangélisation, je ne mettrai plus jamais les pieds dans une église catholique”, ajoutait-elle.

En attendant de savoir ce qu’il adviendra de St Vincent de Paul, la messe en français aura désormais lieu à l’église Notre Dame, près du campus de l’université Columbia. Un édifice fondé par des prêtres français en 1910. “C’est une tristesse de perdre une paroisse mais je trouve la décision du cardinal raisonnable. Les fidèles français et francophones pourront toujours se retrouver à Notre Dame. La mission de St Vincent de Paul continue. Il n’y a que la bâtiment qui change”, affirme, optimiste, le père Murray, curé de la paroisse depuis près de quinze ans.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related