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L’énergie expérimentale d’Émilie Simon

La reine française de l’électro, souvent comparée à Björk, s’installe à New York pour quelques mois, le temps d’écrire et de composer un nouvel album. Emplie d’une nouvelle énergie, la mystérieuse Émilie Simon est prête à nous embarquer dans une nouvelle expérience musicale. Rencontre dans un café de West Village, où elle habite désormais, sous le soleil de Manhattan.

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Émilie Simon en concert au Roxy à Los Angeles début septembre, reportage vidéo de TV5.

Vous préparez un nouvel album, allez-vous l’enregistrer à New York ?
Je risque d’enregistrer pas mal ici c’est vrai, mais en ce moment j’écris. Je ne peux pas en dire plus car je travaille toujours dessus. Je suis à New York depuis trois mois pour écrire et je ne sais pas combien de temps je vais rester. Ce sera vraiment au feeling. J’y suis déjà venue trois mois l’hiver dernier.

Quel est votre état d’esprit aujourd’hui pour aborder ce nouvel album ?
J’écris et je prends mon temps. J’aborde cet album sans direction précise. J’essaye, j’écris, je retravaille. Je prends vraiment mon temps par rapport aux autres albums où, d’une manière générale, j’ai été assez rapide.

Auriez-vous envie de collaborer avec des artistes en particulier ?
Je n’ai pas de noms précis en tête, mais c’est une idée. J’aimerais bien inviter des musiciens ou des producteurs. Tout va se faire au gré des rencontres. J’aime le côté spontané, cette envie de vouloir faire quelque chose avec quelqu’un à un moment précis car ce moment s’y prête.

Etes-vous plutôt dans une période d’écriture en anglais ou en français ?
J’ai toujours écrit dans les deux langues. C’est sûr qu’en ce moment, comme je parle anglais toute la journée, cela facilite les choses pour écrire en anglais. Je peux très bien écrire en français ici aussi. Tout dépend des morceaux, il n’y a pas une langue qui prévaut sur l’autre. Selon moi, le texte est là pour appuyer la musique, mettre en valeur une musicalité. Si je parlais d’autres langues, je les utiliserais surement dans mes morceaux.

Cela vous donne envie d’apprendre de nouvelles langues ?
Je trouve que c’est déjà beaucoup de travail d’écrire en anglais et en français (rires). Ma vie m’emmènera peut-être un jour dans un autre pays où j’apprendrai une nouvelle langue. A ce moment-là, j’écrirai en utilisant cette langue. Pour l’instant, ma vie m’a emmenée en France et aux États-Unis. Je fais avec ce que j’ai et c’est déjà énorme.

“Les détails font la différence”

Y’a-t-il un endroit que vous préférez pour écrire ?
Pas du tout. Ce qui est important quand on écrit, c’est l’état d’esprit dans lequel on se trouve. Quand je suis bien dans ma peau et que je suis en phase avec moi-même, j’ai plus de facilités à écrire. Cela peut donc être n’importe où sur la planète.

Etes-vous perfectionniste dans votre musique comme dans votre image ?
Les détails font la différence. Dans toutes les formes d’art, si les finitions ne sont pas terminées, ce n’est pas du travail bien fait. Les finitions sont le résultat d’une œuvre. L’énergie globale et le concept de base permettent d’avoir un cadre, une direction où aller. Ensuite, tout reste à faire. Il y aura toujours une différence entre quelque chose de bien fait et quelque chose qui ne l’est pas. Cette différence, ce sont les détails.

A partir de quand commencez-vous à vous occuper de l’aspect visuel de vos albums ?
Je m’en occupe dès le départ et ce, jusqu’à la fin du processus de création. Une fois que les morceaux sont créés, je m’entoure d’une personne ou d’une équipe spécialisée dans le domaine, avec qui je vais pouvoir amener ce que j’ai déjà créé un peu plus loin. Toutes ces idées visuelles naissent avec les morceaux, puis elles évoluent. Dans six mois, j’aurai très certainement une autre vision.

Travaillez-vous toujours avec les mêmes personnes ?
J’ai eu la chance de rencontrer des gens en phase avec ce que je voulais et avec qui je pouvais partager des choses. Artistiquement, c’est précieux d’avoir quelqu’un qui comprend exactement là où vous voulez en venir visuellement. Ce n’est pas donné à tout le monde. J’ai alors tendance à être fidèle quand ça se passe bien. Mais tout ceci n’est pas figé et tout peut toujours changer en fonction des projets et des rencontres.

Comment vous êtes-vous retrouvée à donner un concert privé à New York pour la fête de la musique ?
Les Services Culturels de l’Ambassade ont fait appel à moi et je savais que je serai à New York à ce moment-là pour travailler sur mes nouveaux morceaux. J’ai eu envie de me mettre en danger en les jouant directement devant un public alors qu’ils n’étaient pas encore sortis. Je n’avais jamais fait cela avant, mais l’occasion était spéciale. Je n’avais pas trop de pression, il n’y avait pas de journaliste français (à part France-Amérique, ndlr), donc je me sentais assez libre pour faire ce test. J’appréhendais quand même car je me demandais comment les gens allaient réagir face à ces morceaux qu’ils ne connaissaient pas, mais c’était très intéressant. Les morceaux étaient assez aboutis pour pouvoir être joués, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont finalisés.

Votre rapport avec le public américain est-il différent d’avec le public français ?
C’est difficile à dire car en France, il y a quelque chose d’établi. Cela fait six ans que j’ai sorti mon premier album et j’ai une base de fans très présente. Mon public français est adorable et je me sens bien avec lui. Aux États-Unis, la scène est beaucoup plus underground, ce qui me donne beaucoup de liberté pour expérimenter des choses. Les gens me découvrent encore et je sens qu’ils apprécient ma musique. C’est très excitant. Le niveau musical est très élevé et l’exigence créative est beaucoup plus forte qu’en France. Il existe de nombreux groupes talentueux ici et je me sens très inspirée.

“Aujourd’hui, je suis dans une autre énergie”

Vous vivez dans West Village à New York. Pourquoi ce quartier plutôt qu’un autre ?
J’ai déménagé de nombreuses fois à New York. J’ai vécu à Chinatown, à Union Square, à Chelsea, dans East Village, à Williamsburg et à Parkslope dans Brooklyn… Je bougeais tout le temps la première fois que je suis venue à New York car je ne savais jamais combien de temps j’allais rester. Puis j’ai trouvé un appartement dans West Village que j’ai tout de suite aimé. Je ne connaissais pas très bien ce quartier et je trouve ça vraiment mignon. Il y a un petit côté européen avec toutes ces petites rues qui portent un vrai nom et non pas des chiffres.

Vous avez écrit la musique de La marche de l’Empereur et intitulé un de vos albums Végétal… vous sentez-vous concernée par l’environnement ?
Cela concerne tout le monde. Je ne suis pas investie dans une organisation ni porte-parole de quoi que ce soit. Je fais ce qui me paraît être important pour l’environnement dans mon quotidien. Dans l’album Végétal, je parle de la nature car j’y suis sensible. Mais je ne m’engage pas « politiquement ». La musique peut être utilisée comme un média politique afin de donner aux gens l’envie de faire attention à l’environnement. Tant mieux, mais ce n’est pas pour cela que je le fais.

Auriez-vous envie de vous resservir de la matière naturelle sur votre prochain album ?
Je ne sais pas encore. Je l’ai beaucoup fait sur Végétal et je n’aime pas réutiliser plusieurs fois le même principe, du moins pas consciemment. Je ne pense donc pas réutiliser les matières naturelles et végétales. Je vais plutôt passer à autre chose.

Qu’avez-vous encore à livrer de vous à travers ce nouvel album ?
Je découvre des choses tous les jours. C’est en travaillant sur l’album et les morceaux que je trouve mon énergie. Mon premier album, je l’ai fait dans un squat, je travaillais la nuit sans faire de bruit et je chantais doucement. C’était un album introverti, comme l’intérieur d’un cocon. Végétal était un peu plus extraverti, mais également très technique. J’avais envie de travailler sur la production et les matières. Aujourd’hui, je suis dans une autre énergie. Le temps a passé, j’ai voyagé et je parle dans une autre langue. Je ne sais toujours pas comment tout cela va se traduire, mais cela se ressentira forcément dans la musique. En tant que personne, j’évolue, je grandis et j’espère que je progresse.

Avez-vous envie d’élargir votre public ?
Je ne me pose pas la question du public et je ne me la suis jamais posée. C’est important pour moi bien sûr, mais je ne crois pas que l’on puisse être honnête tout en pensant aux personnes que l’on a envie de toucher. Il faut dire ce que l’on a à dire. Cela touche ou non les gens, mais il faut l’accepter car c’est la règle du jeu. Le principal est d’assumer qui l’on est et ce que l’on offre aux gens. Ensuite, on s’adapte sur scène en fonction de la réaction du public. On a forcément envie de leur faire plaisir. Je ne fais pas de la musique pour en faire un commerce, je la fais pour créer des mélodies.

Quel souvenir gardez-vous de La marche de l’Empereur ?
J’en garde un excellent souvenir. Travailler à l’image est très intéressant, cela implique d’être en équipe. Je travaille seule la plupart du temps et quand j’ai l’occasion de collaborer avec des gens que j’apprécie, je trouve cela génial car il y a un réel échange. Je le referais donc avec plaisir. J’aurais plus envie de m’investir sur des projets ayant rapport à l’imaginaire, avec de belles images et qui laisse de la place à la musique. C’est très important dans un film.

Quel regard portez-vous sur votre jeune carrière pourtant déjà bien remplie ?
J’ai l’impression d’être au début de ma carrière, comme si j’avais fini un cycle et que j’en commençais un nouveau. J’ai beaucoup de chance car j’ai pu travailler sur de beaux projets et faire la musique que j’aimais en touchant des gens. Je continue dans cet état d’esprit enthousiaste. Je ne suis qu’au tout début de ma carrière et j’ai envie de faire plein de choses.

 

Les sites d’Émilie Simon :
http://emiliesimon.artistes.universalmusic.fr/
http://www.myspace.com/emiliesimonmusic

Discographie :
2003 – Émilie Simon
2005 – La Marche de l’Empereur (la version américaine est sortie avec une autre BO que celle d’Émilie Simon)
2006 – Végétal
2006 – The Flower Book (compilation)
2007 – A l’Olympia (live)

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