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Les Amitiés Maléfiques


Comme pour une pièce de théâtre, le début du long-métrage d’Em-manuel Bourdieu Les Amitiés Maléfiques impose un décor : une université au cœur du Paris littéraire. Trois étudiants en lettres se rencontrent dans l’amphithéâtre : Éloi manque de confiance en lui, écrasé par la notoriété de sa mère, grande romancière. Alexandre veut être comédien, mais hésite aussi à être enseignant. André est un élève brillant, le chef du groupe, qui discerne le talent inné de ses deux protégés et leur révèle leur potentiel. Mais cet archange cache un côté machiavélique destructif. Emmanuel Bourdieu, fils du célèbre sociologue Pierre Bourdieu, normalien, agrégé et docteur en philosophie, scénariste, réalisateur, se retrouve derrière la caméra pour son deuxième long-métrage. Avec Les Amitiés Maléfiques — Grand Prix de la Semaine de la Critique et Prix SACD à Cannes, Césarisé (Meilleur espoir masculin pour Malik Zidi) — Emmanuel Bourdieu filme, parfois avec une « violence symbolique », le passage difficile de la jeunesse à l’âge adulte et les choix parfois décisifs qui marquent ce moment.


 


France-Amérique : Quelle est la genèse de votre deuxième long-métrage Les Amitiés Maléfiques ?


Emmanuel Bourdieu :  C’est autour d’un dîner que ma co-scénariste Marcia Romano et moi, nous nous sommes rendu compte que dans notre jeunesse nous étions passés par des relations amicales troubles. Des relations où se sont jouées des choses importantes dont on a du mal à dire si elles sont bénéfiques ou maléfiques. Nous voulions travailler sur ces amitiés qui se nouent au moment du passage de l’adolescence à l’âge adulte. C’est une période de la vie où l’on évolue en groupes pour se rassurer. Il y a toujours un chef qui fixe les règles et prend les décisions. Ce qui m’intéressait, c’est que dans ce type de bandes, il n’y a ni coupable, ni victime…


 


France-Amérique : Vous dépeignez l’amitié comme un état qui vampirise, pourquoi ? 


Emmanuel Bourdieu :  André est une sorte de vampire car il s’annexe la vie de ses deux amis, Éloi et Alexandre, les tyrannise en exerçant sur eux une emprise constante. Il les manipule mais leur montre en échange leur talent, leur permettant ainsi de s’accomplir. Mais lorsque Éloi devient un auteur reconnu et Alexandre un très bon acteur, les deux amis délaissent leur chef de groupe. André s’est dévoué à leur cause — certes pour des raisons narcissiques — se détournant du coup de sa propre construction, et s’est effondré. J’admire André, cest un personnage qui me séduit même si je vois sa monstruosité. Je le vois comme un protagoniste tragique, prisonnier d’une exigence excessive.


 


France-Amérique : Thibault Vincent, qui joue André, possède une présence physique incroyable…


Emmanuel Bourdieu :  Je voulais un comédien très physique comme Thibault Vincent dont on me dit d’ailleurs souvent qu’il ressemble à Jim Morrison.  Je voulais que le public voie ce groupe d’amis comme un groupe de rock afin de briser le stéréotype de l’ « intello » aux petites lunettes. Je voulais qu’il y ait du suspense et de la violence. Une violence symbolique. Il y a des assassinats dans le film, mais ils se produisent dans le monde littéraire.


 


France-Amérique : Pourquoi avoir choisi James Ellroy écrivain de polars américains comme le sujet du mémoire de fin d’année d’André ?


Emmanuel Bourdieu :  L’Amérique fait rêver et André fantasme naïvement sur ce pays. Il fallait trouver un personnage littéraire à la personnalité analogue à celle d’André, et James Ellroy s’est avéré être le parfait personnage, un auteur problématique comme l’est André. 


 


France-Amérique : Vous avez présenté Les Amitiés maléfiques au New York Film Festival 2006. Comment le public américain a-t-il accueilli votre film ?


Emmanuel Bourdieu :  L’accueil a été plus chaleureux aux États-Unis qu’en France. Il m’a semblé que le film paraissait plus naturel aux Américains. En France, une partie du public s’est crispée en réagissant de façon très morale au long-métrage.


 


France-Amérique : Lorsque l’on voit votre film, on y décèle l’influence de votre père Pierre Bourdieu, notamment ses recherches sur la « violence symbolique ». Quel est son ascendant sur votre travail de réalisateur?


Emmanuel Bourdieu :  Nous n’avons jamais eu de conflit père-fils à la grande déception des gens. Son influence est bien sûr à la base de la dramaturgie des Amitiés maléfiques. Aucun de mes personna-ges n’est étranger au public même dans ce que certains d’eux ont de plus monstrueux. Je tiens de mon père de travailler en profondeur la compréhension de mes personnages.


 


Les Amitiés Maléfiques d’Emmanuel Bourdieu


Le 27 avril au Lincoln Plaza Cinema et le Cinema Village à New York.


 

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