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Les entreprises françaises qui financent les campagnes électorales américaines

Une vingtaine de grandes entreprises françaises ont investi de l’argent ces derniers mois pour soutenir des candidats – républicains et démocrates – lors des élections de mi-mandat (Midterm elections) qui ont eu lieu ce mardi aux Etats-Unis. Un engagement pas désintéressé.

Trois millions de dollars. C’est la somme dépensée par les entreprises françaises dans ces élections de mi-mandat pour soutenir des candidats à la Chambre des représentants et au Sénat. Ces chiffres ont été publiés par une association indépendante, le Centre pour des politiques responsables (CRP) à travers son site opensecrets.org. Des dépenses très ciblées pour soutenir aussi bien des candidats démocrates que républicains, en fonction de leur influence, leur poste dans un comité en rapport avec l’activité de l’entreprise, et leur chance de remporter un siège au Congrès. Cela explique, en partie, pourquoi davantage d’argent a été reversé aux républicains, qui étaient pressentis pour remporter une majorité de sièges selon les sondages.

GDF-Suez – dont l’Etat français est actionnaire à plus de 35% -, a par exemple participé au financement de la campagne électorale de vingt-cinq candidats : seize républicains et neuf démocrates. Leur plus grosse dotation, $5 000, était à destination du démocrate texan Gene Greene, élu sans difficulté à la Chambre des représentants mardi soir, et également membre du très puissant House Energy and Commerce (E&C) Committee, en charge des questions d’énergie et d’environnement aux Etats-Unis. GDF-Suez a également donné $3 000 à Ed Whitfield, lui aussi réélu, et fortement opposé à toute régulation sur les émissions de gaz à effet de serre. Cet élu républicain du Kentucky est aussi membre du E&C Committee et président du sous-comité qui traite des questions d’énergie, notamment nucléaire. Un poste qui pourrait expliquer pourquoi Areva, le géant français de l’énergie nucléaire, a également contribué à sa campagne à hauteur de $5 000.

Energie toujours avec James Inhofe, qui pourrait devenir le président du plus important comité sénatorial sur l’environnement maintenant que les républicains ont les clés du Sénat. Un poste majeur pour ce climato-sceptique qui a vu sa campagne financée en grande partie par des entreprises énergétiques parmi lesquelles Devon Energy, Murray Energy, General Electrics et… Areva. Airbus et Boeing sont aussi des donateurs importants de la campagne de James Inhofe, membre haut placé du comité des forces armées du Sénat, alors que de nombreux contrats sur la modernisation des avions militaires américains vont être prochainement attribués.

Les entreprises françaises se dédouanent

Les candidats membres de comités influents sur les contrats d’équipements militaires sont d’ailleurs très prisés des entreprises françaises. Airbus a ainsi donné $12 500 au républicain Jeff Miller, réélu mardi avec 70% des voix. Une dotation financière qui pourrait trouver sa logique dans la participation de l’élu de Floride au comité des forces armées de la Chambre des représentants.

Parfois, l’implantation géographique d’une entreprise française aux Etats-Unis peut aussi expliquer la logique de son aide financière. Pernod Ricard, qui possède une immense usine à Fort Smith dans l’Arkansas, a par exemple soutenu cette année trois candidats de cet Etat du Sud des Etats-Unis, deux républicains et un démocrate.

Ces financements ne sont pas nouveaux et viennent en complément de lobbying intense pour certaines sociétés françaises. Sanofi, l’une des entreprises françaises qui a le plus contribué durant ces midterm avec $933 270, a également dépensé plus de 4,5 millions de dollars en lobbying sur l’année, toujours selon opensecrets.org.

Autrefois, pour financer la campagne d’un candidat, une entreprise étrangère devait adhérer à la chambre de commerce locale. Ce n’est plus obligatoire aujourd’hui avec la possibilité de participer à des Political Action Committees (PAC), qui permettent à des groupes d’intérêt de contribuer à des campagnes politiques. Tous les fonds collectés au travers des PAC doivent être déclarés à la Commission fédérale d’élection (FEC), dont la base de données est ensuite publiée par le CRP sur opensecrets.org.

Les entreprises françaises, pointées du doigt en France depuis la publication du détail du financement des campagnes électorales aux Etats-Unis, se défendent régulièrement d’être directement impliquées dans ces PAC. Lors de la campagne présidentielle de 2012, BNP Paribas et la Société Générale, avaient par exemple démenti leur soutien au républicain Mitt Romney, affirmant : “Lorsque des personnes privées font des dons aux Etats-Unis, il est d’usage qu’elles indiquent le nom de leur employeur avec leurs coordonnées”. Les groupes français démentent ainsi avoir une influence sur la couleur politique des PAC de leurs salariés. Mais nul doute que certaines entreprises françaises ont suivi de très près les résultats des midterm mardi soir.

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