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Les Etats-Unis, terre promise des économistes français

La France laisse-t-elle partir ses meilleurs économistes aux Etats-Unis ? Une publication du FMI a ravivé une crainte lancinante dans une discipline longtemps négligée par la France et dominée par les universités américaines.

Sept Français dans le “Top 25” des économistes d’avenir établi par le Fonds monétaire international. Une bonne nouvelle qui en cache une mauvaise. Sur les sept économistes français, un seul vit dans son pays natal, le très populaire Thomas Piketty, ancien chercheur au MIT de Cambridge. Si Helène Rey est à Londres, les cinq autres sont expatriés aux Etats-Unis. “Tout comme il faut être dans la Silicon Valley pour l’innovation technologique et à Hollywood pour le cinéma, c’est aux Etats-Unis que tout se passe pour la recherche économique”, confirme l’un d’eux, Xavier Gabaix, professeur à la New York University (NYU).

Après la Deuxième Guerre mondiale, les Etats-Unis ont investi massivement dans des pôles d’excellence économique, qui ont ensuite prospéré en même temps que l’industrie financière. Résultat : les dix meilleures universités économiques sur la planète sont américaines, selon le classement de référence de Shanghai. “La part du PIB investi dans l’enseignement supérieur est bien plus élevée aux Etats-Unis qu’en France”, note Xavier Gabaix. Aujourd’hui, la force d’attraction de ces universités s’exerce sur les meilleurs étudiants à travers le monde, mais également auprès des chercheurs les plus chevronnés, séduits par des rémunérations élevées et un environnement propice. “L’émulation ici est unique. J’ai trois Prix Nobel d’économie parmi mes collègues, c’est quelque chose qu’on ne retrouve nulle part ailleurs”, souligne Thomas Philippon, lui aussi enseignant à la NYU et parti de la France à l’âge de 25 ans.

Ces exilés de prestige ont tous suivi le même parcours : une grande école (Normale ou Polytechnique) et un master d’économie en France avant le départ pour un doctorat aux Etats-Unis. “Les programmes de thèse sont très bien faits aux Etats-Unis et n’ont pas vraiment d’équivalents en France”, assure Emmanuel Fahri, parti de la France à 22 ans et aujourd’hui spécialiste de la macro-économie à Harvard. Une fois diplômés, ces thésards français vont naturellement chercher leur premier emploi aux Etats-Unis et vont avoir tendance à s’y installer. “Ça va de soi, c’est plus intéressant et plus valorisant”, égrène Thomas Philippon. “Une fois qu’on a fait son doctorat à Harvard, dans un environnement de cette qualité, on a envie d’y rester”, poursuit Xavier Gabaix.

La France tente de rattraper son retard

Si la suprématie américaine dans l’économie est bien ancrée et semble avoir encore de beaux jours devant elle, “la France commence à devenir compétitive” note Thomas Philippon.  Le pays n’a pas tout à fait baissé les bras face à cette hégémonie américaine. Démentant les thèses déclinistes, la Paris Economic School et l’Université de Toulouse montent en puissance et permettent à la France de faire meilleure figure. “Les choses changent beaucoup en France”, assure Emmanuel Fahri. Des bourses d’excellence européenne de l’European Research Council ont par ailleurs vu le jour pour faire revenir des chercheurs expatriés dans leur pays d’origine. “C’est une des rares choses clairement bien qu’a fait l’Europe”, se félicite Xavier Gabaix. “Les offres de bourses sont énormes, jusqu’à deux millions d’euros sur cinq ans affectés à la recherche pour les Européens qui veulent bien revenir. C’est un bon moyen d’entrer en compétition avec les Etats-Unis”.

Distingué lui aussi dans le “Top 25” du FMI, Thomas Piketty estime que “l’économie est sans doute la discipline où les écarts de salaires et de conditions de travail sont les plus extrêmes entre l’Europe et les Etats-Unis”, déclare-t-il, assurant qu’un chercheur, même renommé, peut avoir du mal à loger sa famille à Paris. “Un professeur titulaire peut gagner jusqu’à quatre fois plus aux Etats-Unis qu’en Europe, rapporte Pierre-André Chiappori, professeur franco-monégasque à Columbia, à New York.

Le niveau d’excellence des universités américaines est aussi synonyme d’une plus grande pression sur les économistes. “On dit souvent que les universités américaines recrutent les meilleurs Européens. Je dirai plutôt que l’on devient meilleur car on est immergé dans une compétition permanente. J’aurais été meilleur à ce que je fais si j’étais venu plus tôt aux Etats-Unis”, explique Pierre-André Chiappori. “Les universités américains vous mettent beaucoup plus la pression pour publier dans des grandes revues. C’est une obligation si l’on veut garder son poste”, affirme Xavier Gabaix. Conséquence de cette exigence, “le système est moins sélectif en France, et donc moins conformiste. En France, on peut faire une analyse littéraire neo-marxiste de l’économie car on ne vous oblige pas à publier dans une grande revue. Vous êtes plus libre, mais moins écouté !”

Consulter ici le classement du FMI

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