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Les Français de la côte Est racontent l’ouragan

Expatriés, étudiants, touristes, des milliers de Français étaient présents sur la côte Est des Etats-Unis lors du passage de Sandy. Ils témoignent.

Antoine de Heneau, Prospect Park (Brooklyn)

Antoine de Henau, un Français qui habite au sud de Prospect Park, à Brooklyn, aurait bien voulu rester chez lui lundi. Mais la télévision pour laquelle il travaille à Manhattan l’a obligé à se rendre au bureau et même à envisager de loger sur place. Libéré à 19h, il a finalement pu rentrer chez lui lundi soir. “L’atmosphère au travail était surréaliste, tout le monde s’inquiétait de ne pas avoir assez de vivres au cas où la tempête empêcherait les déplacements pour plusieurs jours. Je n’ai moi-même pas eu le temps de faire mes courses avant lundi matin. Les magasins étaient toujours ouverts, mais beaucoup de produits n’étaient plus disponibles”.

Depuis dimanche soir, avec ses deux colocataires, il héberge plusieurs amis qui vivent seuls, ou dont le logement se trouve dans des zones à risque. “Les New-Yorkais s’y connaissent en terme de tempête après Irene l’année passée. Ils ont par exemple rempli la baignoire d’eau au cas où on perdrait l’eau courante, pour pouvoir tirer la chasse d’eau des toilettes.” Pendant la nuit de dimanche à lundi, le vent a soufflé fort à Prospect Park. “Dans ma rue, trois arbres sont tombés. L’un d’entre eux sur une maison, un autre a frôlé une voiture garée. Je m’inquiétais pour la mienne, mais elle n’a pas été touchée.”

Privé de métro, Antoine ne sait pas vraiment comment se déroulera sa journée de travail mercredi. “Mon employeur m’a proposé d’utiliser mon véhicule et de payer ma place de parking en ville pour la journée”. Une alternative qui nécessite néanmoins la réouverture des ponts. En attendant plus de nouvelles, Antoine se promène dans le voisinage pour constater les dégâts et prendre quelques photos.

Charles Kergaravat, Astoria (Queens)

Le président de l’association des Bretons de New York (BZH NY), Charles Kergaravat, réside dans un quartier du Queens qui a été peu touché : Astoria. “J’ai fait le tour du quartier aujourd’hui, les magasins sont ouverts, les gens sont dehors, il y a quelques panneaux tombés et beaucoup de feuilles mais à part ça, il n’y a pas trop de dégâts”, notait le Français mardi.

Pour son bureau situé près de South Street Seaport, c’est une autre histoire… Et il ne sait quand il pourra y retourner. Mais il est pour l’instant bien occupé à répondre à tous les messages de Bretons inquiets, car le programme de la semaine à venir est chargé pour BZH NY. En prévision du marathon qui se tient le week-end prochain, les Bretons de New York font un repas jeudi soir avec les participants. “C’est toujours d’actualité !”, insiste Charles Kergaravat.

De même pour le fest noz prévu samedi 3 novembre. “Nos trois musiciens qui prennent l’avion jeudi ne sont pas rassurés”, raconte le Breton, qui avoue “ne pas avoir toutes les réponses”, mais reste optimiste et maintient son calendrier de rendez-vous bretons.

Charlotte Roy, Williamsburg (Brooklyn)

Charlotte vient tout juste de s’installer à New York, il y a moins d’une semaine. La Grosse Pomme lui a réservé un accueil tonitruant !  “Avec mes colocataires on est sortis à 19h pour promener le chien et on a vite fait demi tour. Les rues étaient complètement vides, il y avait énormément de vent, et beaucoup de planches de bois et morceaux de verre qui traînaient, c’était assez dangereux. On est rentré s’abriter et puis… on a juste attendu”, raconte l’urbaniste française.

Sa collocation dans le quartier Est de Williamsburg, à Brooklyn, a été relativement épargnée. La compagnie d’électricité les avait prévenus d’une probable coupure de courant, par précaution. Finalement le quartier de Charlotte n’a subi ni panne électrique, ni inondation. C’est par sa famille qu’elle a pris connaissance des catastrophes dans d’autre parties de la ville : “j’avoue que je n’étais pas très rassurée. Mais ce n’est pas comme si on pouvait y faire quelque chose. Et ce matin, c’était terminé.”

Laure Nouraout, West Village (Manhattan)

Après avoir passé la journée lundi devant CNN, Laure s’est sentie bien démunie quand l’électricité a été coupée vers 20h30 : “on se sent un peu coupé du monde, surtout qu’on ne sait pas ce qui va se passer par la suite. Plus de télé, pas de radio, donc aucune information et on se demande combien de temps ça va durer ! Par la fenêtre, je ne voyais que des immeubles plongés dans le noir. Et quelques passants dans les rues, que la police, qui faisait des rondes régulières, invitait à rentrer chez eux.”

Mardi, au réveil, toujours sans électricité ni eau courante, Laure s’aperçoit que son téléphone portable ne capte plus. Elle retrouve un peu de réseau sur les bords du fleuve Hudson et appelle une amie qui lui propose de l’héberger dans le Upper East Side, sur la 89e rue. Mais il n’y a ni métros, ni taxis, et près de 80 blocks à parcourir… “Et là, tombés du ciel, deux mecs qui utilisaient leur voiture pour faire des allers-retours entre le nord et le sud de la ville et aider les gens à se déplacer !”, s’enthousiasme Laure, qui arrive ainsi à bon port. Mercredi, elle a prévu de faire un saut chez elle, pour vérifier qu’il n’y a pas de problèmes dans l’appartement. Jeudi enfin, elle doit quitter Manhattan pour emmenager à Brooklyn… si la circulation le permet.

Jean-René et Jacqueline,Williamsburg (Brooklyn)

Jean-René et Jacqueline avaient encore deux jours de vacances à New York mardi. “Ce sera une semaine inoubliable à tout point de vue”, confient-ils. Croisés dans un coffee shop de Williamsburg, ils mangent des pancakes et discutent des possibilités qui s’offrent à eux si leur avion ne décolle pas mercredi. Retraités, ils n’ont pas à s’inquiéter de rentrer plus tard que prévu en France. “Si on est coincé à New York pour plusieurs jours, on sera les derniers à se plaindre !”, déclare Jacqueline. La nuit s’est bien passée pour les deux Français qui n’ont pas eu de coupure de courant. “On était très inquiets, mais finalement la zone où l’on loge n’a été que très peu touchée”.

Albert Roche, Soho (Manhattan)

Dimanche, Albert a suivi les consignes et a fait des provisions. “Vu ce qu’il restait dans les rayons du drugstore le plus proche, je ne devais pas être le seul.” Sa journée commence normalement lundi, à l’exception près qu’il doit se rendre au travail en taxi, car les lignes de métros sont déjà coupées. “Je me suis dépêché de faire tout ce que j’avais à faire au bureau parce que les images qui passaient en boucle à la télévision commençaient à être impressionnantes”, explique-t-il. Lundi soir, l’ouragan frappe : “ça soufflait fort dehors, j’entendais des bruits d’objets qui volent, et j’ai aperçu un transformateur exploser au loin. Ça avait le même aspect dans le ciel qu’un éclair !”

Mardi, le Français est contraint de se rendre au bureau à pied. Soit une marche matinale d’une heure, pour rejoindre Midtown, un quartier épargné par les coupures d’électricité et de réseau. Mais les rues étaient désertes, et les bureaux vides. “New York, habituellement si animée à toute heure de la journée, était une ville fantôme.” Même impression lorsqu’il sort, toujours à pied, dîner dans le Flatiron District : “Les trente rues qui me séparaient de ce quartier étaient toute noires, les feux tricolores ne marchaient pas, les taxis roulaient à une allure anormalement moderée. Manhattan tournait au ralenti. En deux ans, je n’avais jamais ressenti un tel calme ici.”

Albert constate avec plaisir que “certains magasins offrent à des passants la possibilité de recharger leur téléphone, les gens s’entraident dans un esprit plutôt convivial.” Mais la vie, qui commence à revenir à la normale, reste perturbée par le fait que “les nouvelles concernant la remise en route des métros et le retour de l’électricité ne sont pas très rassurantes…” Et sans courant, ni eau, ni chauffage depuis plus de 24h, Albert et ses collocataires commencent à avoir bien froid à Soho.

Angèle Biettoune, Prospect Park (Brooklyn)

Le soir de la tempête, Angèle est restée au chaud chez elle. “On a tenté d’aller sur le toit pour voir ce qu’il se passait et apercevoir Manhattan au loin mais le vent ne nous permettait pas d’ouvrir la porte, qui poussait contre nous. La Française a tranquillement attendu que l’orage passe. Non sans crainte. “L’appartement entier craquait, ça faisait quand même assez peur. Du coup on a regardé où était le centre d’évacuation le plus proche”. Par chance, l’électricité et l’eau non jamais été coupées chez elle. Mais par précaution, Angèle a préféré boire de l’eau de source en bouteille. Au lendemain de la tempête, la jeune touriste Française est partie faire des photos dehors et constater les dégâts, principalement des arbres déracinés et des branches cassées. Alors qu’elle devait déménager dans un appartement dans le Lower East Side pour la fin de son séjour, Angèle est contrainte de rester à Brooklyn, le logement ayant été inondé.

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