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Les Français de l’étranger: une voix essentielle à la démocratie française !

Tribune. A l’aube de l’élection des conseillers consulaires aux Etats-Unis, Franck Barrat, élu AFE, critique la nouvelle réforme de la représentation des Français de l’étranger.

Cette année est assez particulière dans l’histoire de la représentation des Français de l’Etranger. En effet, alors que nous venons de célébrer son dixième anniversaire, l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE) dont la création en 2004 a été un réel aboutissement de la représentation politique des Français résidant hors de France, va disparaître.

Contrairement à l’Assemblée nationale ou au Sénat qui ont pour rôle de légiférer sur les grandes orientations politiques de la France, l’AFE a œuvré pendant 10 ans à défendre spécifiquement les droits de nos compatriotes expatriés sur des questions très diverses allant de la sécurité à l’éducation, de la fiscalité à la protection sociale ou encore le rayonnement culturel de la France à l’étranger.

Sa disparition met également fin de fait aux mandats en cours de la moitié des 155 conseillers élus au suffrage universel direct à l’AFE et en particulier à tous les élus des Etats-Unis.

Par la loi du 22 juillet 2013, le gouvernement a ainsi décidé de garder une partie seulement des fonctions actuelles du conseiller à l’AFE, c’est-à-dire son activité locale, qui sera menée par ces nouveaux “conseillers consulaires” que vous allez élire le 25 mai prochain. Par contre la représentation politique du conseiller de l’AFE, et donc des Français de l’étranger, va disparaître. Dans sa nouvelle formule, l’AFE ne sera plus que l’émanation des conseillers consulaires, et non plus une assemblée politique à part entière comme c’est le cas aujourd’hui.

Cette réforme comporte également d’autres incohérences : par exemple, un conseiller consulaire élu à San Francisco pourra dans la nouvelle AFE représenter les Français du Japon ou du Chili, ou encore de la Tunisie (etc.), en fonction des petits arrangements de partis politiques.

Alors oui bien sûr, l’AFE n’était pas une institution parfaite, et cette assemblée relativement mal connue devait être reformée afin d’avoir plus de prérogatives mais surtout les moyens nécessaires à ses actions. C’est dans cet esprit que les conseillers AFE avaient voté à l’unanimité en septembre 2012 une série de mesures qui auraient permis de donner une nouvelle impulsion à la représentation des Français de l’étranger, mesures que le gouvernement a choisi sciemment d’ignorer.

Pourquoi est-ce si important ? Après tout, nous avons aujourd’hui des sénateurs et des députés pour nous représenter. C’est important tout simplement car le jeu des investitures des partis politiques a fait que la majorité des parlementaires qui aujourd’hui nous représentent ne connaissent rien à l’expatriation ni aux problèmes et difficultés auxquelles les Français de l’étranger peuvent être confrontés.

Je rappelle que Mr Lefebvre, qui représente aujourd’hui les Français des Etats-Unis et du Canada à l’Assemblée nationale, ne pouvait même pas voter à l’élection pour laquelle il a été élu car il n’était pas résident dans sa circonscription, au contraire des élus actuels de l’AFE qui doivent impérativement être inscrits dans le consulat de leur circonscription pour être candidats.

Les élus de l’AFE ont l’expérience mais aussi la connaissance des dossiers qui touchent de près les Français de l’Etranger car c’est leur seule et unique préoccupation. Par exemple, combien de députés savent que les Français vivant aux Etats-Unis payent 48,85% d’impôt sur les plus-values immobilières contre 34,5% pour nos compatriotes de métropole ? Remarquez, il ne faut pas nous plaindre car si nous étions au Guatemala par exemple, le taux d’imposition serait de 90% !

La liste de ce type d’incohérence est longue dans bien des domaines et la voix des Français de l’étranger doit être entendue.

Face à la crise économique, sociale et bien sûr politique qui touche la France, la voix des Français de l’étranger est plus essentielle que jamais. Aujourd’hui nos gouvernants ont perdu de vue l’esprit de cette France conquérante, imaginative, qui croit en elle-même et en ses forces. Cela a pour conséquence la perte de nos repères, la perte de la confiance dans les forces vives de notre nation et inévitablement la montée des nationalismes et des extrémismes.

Le président américain Bill Clinton disait : “When people feel uncertain, they’d rather have somebody that’s strong and wrong than somebody who’s weak and right”. C’est un peu le symbole de la situation actuelle avec la montée des partis extrémistes qui ne proposent rien de bien intéressant mais qui ont des positions tranchées sur les grandes thématiques politiques.

Pourtant, la question n’est pas de savoir si l’économie de marché s’oppose au progrès social, elle est de proposer une vision claire dans laquelle les Français se sentent valorisés et des acteurs à part entière de la société.

Les plus de 2 millions de Francais qui vivent hors de France, souvent bi ou multinationaux, sont en prise directe avec toutes les cultures et parlent presque toutes les langues du monde. Ils peuvent de par leur ouverture aux autres être non seulement le rempart contre la montée de cet extrémisme, une passerelle entre les différents mondes, mais également offrir par leurs expériences tellement diverses des possibilités de réponse à la crise actuelle. C’est la raison pour laquelle leur voix devrait être entendue, amplifiée et non étouffée ou caricaturée par simple souci de politique politicienne comme c’est le cas aujourd’hui. Je souhaite que le nouveau gouvernement s’appuie sur notre expérience unique mais aussi sur le regard que nous portons sur la France qui manque aujourd’hui cruellement au débat politique français.

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