Subscribe
piaf-the-show-ad-anne-carrere-edith-carnegie-hall-new-york

Les Français des Hamptons

La plus française des Hamptoniennes est une Américaine de Boston. Chaque année depuis les années 1970, Liz Fondaras, qui vient de fêter ses 90 printemps, organise une party (mot décidément intraduisible en français) pour le 14 juillet.

Les arbustes du jardin sont parés de guirlandes tricolores, les tables dressées, gansées de bleu, de blanc et de rouge, et la Tour Eiffel, assemblage de bois réalisé par Jack, le fidèle homme à tout faire, ploie sous les couronnes, ressemblant ce jour-là à s’y méprendre à une autre tour, aussi célèbre, mais plus au Sud. A sa table, Liz Fondaras a reçu une petite dizaine de consuls qui, s’ils sont en ville et libres, déclinent rarement l’invitation. Il faut dire que Liz est francophile à l’année, bien au-delà de ces festivités du 14 juillet. Présidente d’honneur de la Fondation Pasteur, elle l’est aussi de la Fondation franco-américaine, et, à titre personnel, donne des sommes considérables pour financer des bourses scolaires. “80 garçons et filles de France ont pu venir passer un an avant le bac à l’école Saint Paul dans le New Hampshire”, explique Liz Fondaras. Dans ces fameux Hamptons, chapelet de villages huppés entre Southampton et Montauk, la pointe rocheuse au sud de Long Island, Liz Fondaras a l’embarras du choix pour croiser Français et francophiles.

Du plus francophile des metteurs en scène, le Texan Bob Wilson, qui vient de présenter son spectacle des Fables de la Fontaine mis en scène pour la Comédie-Française au Lincoln Center, et a installé à Watermill son centre théâtral, au peintre et metteur en scène, Julian Schnabel, qui passe une partie de son temps en France et vient d’adapter à l’écran le livre de Jean-Dominique Bauby Le scaphandre et le papillon, ils sont tous là. Il faudrait aussi mentionner le sculpteur Elizabeth Strong-Cuevas, fille du marquis de Cuevas qui fit tant pour les ballets russes, l’écrivain Anka Mulshtein qui a choisi le français comme langue d’écriture pour ses sagas historiques ou une grande dame, Kathy Rayner, qui avec sa mère Ann Cox Chambers, donne sans compter pour financer la culture française.

Est-ce la ressemblance des lieux — dunes, plages immenses, maisons particulières — avec le sud-ouest de la France ou l’île de Ré ? Nombreux sont les Français nantis qui ont fait le choix de la “longue île” comme base de repli pour l’été, voire à l’année, autrefois habitée par les Indiens Algonquins, conquise par les Anglais puis mise en valeur par les premiers colons, et s’extasient sur les paysages sauvages de “Paumanok” (nom indien de Long Island), immortalisés par le poète Walt Whitman. De fin mai à début septembre, les Hamptons ne désemplissent pas. “Je retrouve là mes clientes de Palm Beach”, explique Thierry Miroir qui vient d’ouvrir Blue Provence, une étonnante épicerie de luxe et bazar chic de produits français à Bridgehampton.

Mets français

Dans les glacières cohabitent le caviar Prunier, le saumon fumé Batik ou la tomme d’Auvergne, province dont le gérant des lieux est originaire. Des faïences de Gien aux épices de Thiercellin, dans une ambiance bon enfant le patron vend la France de l’excellence. Presque en face sur cette Main Street de Bridgehampton est installé Pierre Weber qui a ouvert son restaurant Pierre’s en mai 2002. “J’aime ce village de Bridgehampton, qui est plus bohémien que East Hampton ou Southampton”, explique Pierre qui sert ses clients sept jours sur sept, toute l’année. La carte propose une bouillabaisse, des moules ou ces jours-ci une fricassée de homard flambée au cognac et à l’estragon, un “special” dont les habitués raffolent. Originaire d’Alsace, issu de cinq générations de pâtissiers, Pierre Weber sert dès potron-minet des croissants chauds et des cafés, puis des gâteaux, dans le coin pâtisserie de son restaurant. Le French bashing ne lui a pas fait de tort. Au contraire. “La clientèle des Hamptons est souvent éduquée, sophistiquée et ceux qui viennent chez moi, Français mais surtout francophiles, ont été solidaires.”

La promenade française peut se continuer avec quelques étapes shopping à East Hampton où la créatrice de mode française Catherine Malandrino vient d’agrandir son écrin acidulé ouvert depuis mai 2004 sur Main Street, ou encore chez Calypso dont la propriétaire Christiane Celle a adapté le style Saint-Barth aux plages de l’Atlantique. A Sag Harbor, c’est Calypso Home qui vient d’ouvrir, une boutique de décoration à ne pas manquer où bois exotiques, coquillages, verres colorés, tissus tressés et multicolores cohabitent. Les amateurs de vin apprécieront les nouveaux crus des châteaux de vin locaux dont les techniques de vinification sont largement inspirées par la France. Le Merlot des Channing Daughters dont le propriétaire francophile Walter Channing parle avec gourmandise “de sa ruine en Dordogne” ou le rosé des Wölffer Vineyards appartenant à l’Allemand Christian Wölffer mais dont les ventes sont assurées par un Français, Pascal Zugmeyer. Dans les Hamptons les cours de français sont à la mode, donnés par Cécile Graffin Smith à la bibliothèque de Bridgehampton bien sûr fidèle abonnée de France-Amérique !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related