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Les musées au croisement des cultures

Stéphane Martin, président du musée parisien du Quai Branly, était l’invité de l’Alliance Française de New York le 8 novembre. Il a mené une discussion avec Trevor Smith, conservateur-en-Résidence canadien, animée par la rédactrice-en-chef de France-Amérique, Pascale Richard.

Lunettes rondes à monture en écaille, veste orangée et chemise bleue claire, Stéphane Martin, la cinquantaine, s’exprime dans un anglais impeccable. Cet ancien énarque et magistrat à la Cour des comptes, est directeur depuis 1998 du musée du quai Branly, qui a ouvert en juin 2006. Le dernier-né des musées parisiens, situé à quelques pas de la Tour Eiffel, est dédié aux arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques (civilisations non occidentales).

Il balaye d’un revers de manche toutes les polémiques et critiques que l’ouverture de l’établissement avaient suscitées. « Le musée du quai Branly est une idée purement politique, ce qui est le mieux car son ouverture a pris une dizaine d’années », affirme Stéphane Martin. La création d’un musée prend normalement beaucoup plus de temps, 25 ans pour le Grand Louvre par exemple. Même s’il admet que l’institution qu’il a ouverte est assez différente de l’idée de base.

Comment est venue l’idée de créer le musée du quai Branly ? Au début des années 1990, Jacques Kerchache, marchand d’art et spécialiste en art africain, essaie de faire entrer les « arts premiers » au musée du Louvre, qui se montre réticent à les accueillir. Il rencontre à la même époque Jacques Chirac, alors maire de Paris, passionné par ce type d’art. Sitôt élu président, cinq ans plus tard, il demande l’ouverture d’une galerie des arts premiers au musée du Louvre. Un an après, il lance le projet du Quai Branly.
Aujourd’hui, Stéphane Martin se réjouit d’avoir « une ambassade » au Louvre, ce qui permet d’attirer les nombreux visiteurs qui se déplacent pour voir « La Joconde ». « Le président était tout à fait dans son rôle en décidant de ce qui doit être vu en France », affirme-t-il. De plus, cela est une bonne occasion pour parler de l’Hexagone dans le monde, « car les Français adorent parler d’eux », ajoute-il en plaisantant. Rires du public. L’initiative du président français de l’époque a pu étonner aux États-Unis où la décision d’ouvrir un musée vient plutôt d’initiative personnelle. Comme cela a été le cas pour le New Museum of Contemporary Art à New York, fondé en 1977, dont Trevor Smith a été le conservateur de 2003 à 2006 et qui ouvre ses nouvelles portes le 1er décembre dans le sud de Manhattan.

Impossible de parler du Quai Branly sans évoquer son architecture conçue par Jean Nouvel, artiste français à la renommée internationale. « L’architecture est très puissante dans l’art, c’est une signature », confie Trevor Smith. Pour Stéphane Martin, « c’est une façon de promouvoir l’art » et celle du quai Branly fait passer deux messages au public: « le musée est moderne, branché » et « c’est un endroit pour vous ». Quant aux critiques sur l’architecture du musée : « on lui a reproché d’être trop sage », répond ironiquement le président du musée.

Le musée du quai Branly, qui s’apprête à accueillir en décembre sa 12e exposition temporaire, partage de façon égale son espace et son budget entre l’exposition permanente et celles temporaires. Une situation improbable aux États-Unis où « il y a presque un cordon sanitaire (dit en français) entre le temporaire et le permanent », selonTrevor Smith.

Dernière différence entre les deux pays et leur façon d’approcher les musées. Pour Trevor Smith, « l’idée d’éduquer est plus présente dans les musées américains », alors que ceux français semblent privilégier le côté divertissant. D’après une étude, les Français vont au musée d’abord pour le plaisir, c’est un acte solitaire comme celui d’aller au cinéma. Preuve concrète : le centre Georges Pompidou à Paris avait organisé fin 2005 une exposition sur le mouvement Dada en partenariat avec le MOMA (Museum Of Modern Art). L’exposition avait ensuite été présentée dans une version remaniée aux États-Unis. « La brochure américaine était une revue avec des textes, et celle française était avec des images », précise Trevor Smith.

Prochaine conférence de Stéphane Martin : le 9 novembre au High Museum d’Atlanta
Musée du quai Branly: 37, quai Branly, 75007 Paris
www.quaibranly.fr
New Museum of Contemporary Art: 235 Bowery, NY
www.newmuseum.org

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