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Les partisans de la Belgique unie se mobilisent

Ils étaient 35 000 dimanche dans les rues de Bruxelles, à clamer leur refus de voir leur pays se diviser sur fond de conflit linguistique.

La Belgique francophone a connu hier son premier grand sursaut citoyen face à la menace d’une scission du pays. Derrière un simple slogan décliné dans les deux langues, "l’union fait la force", près de 35 000 personnes ont manifesté hier dans les rues de Bruxelles en faveur de l’unité de la Belgique. Le cortège, majoritairement francophone, déclinait les couleurs du drapeautricolore. "Un Wallon plus un Flamand égalent deux Belges", lisait-on sur une pancarte, parmi d’autres slogans favorables au roi Albert II. "Les Belges se réveillent et se rendent comptent qu’ils ont quelque chose à dire", a déclaré, ravie, Marie-Claire Houart, l’organisatrice de la marche.

En dehors de tout circuit officiel, cette fonctionnaire liégeoise de 45 ans avait commencé son mouvement en organisant une pétition unitaire qui, après avoir recueilli 140 000 signatures, fut remise hier soir au président du Sénat, Armand de Decker. Son initiative avait plutôt été boudée par les médias francophones, voire ignorée côté flamand. Les grandes entreprises belges, à commencer par la SNCB, chargée de convoyer les manifestants jusqu’à Bruxelles, ont refusé de la soutenir. Les rares politiciens présents dans le cortège se sont montrés très discrets.

"Imaginez une entreprise privée de direction générale durant 160 jours. Elle serait déjà tombée en faillite. Nous ne voulons pas être mis en faillite", expliquait Francis, un fonctionnaire flamand résidant en Wallonie. Ce dernier reproche aux politiciens de chercher querelle sur les questions communautaires et linguistiques et d’ignorer les problèmes économiques du pays. Le parti NVA, un des alliés nationalistes flamands de la future coalition, était particulièrement critiqué.

Dans un pays plutôt rétif aux démonstrations de rues, cette manifestation est un succès, comparable à la "marche blanche" ayant suivi l’affaire Dutroux. Voici aussi ce qui en fait ses limites. "C’est une marche émotionnelle dont la faiblesse réside en l’absence de revendication politique concrète", expliquait un sociologue, Claude Javeau. Hier soir, les clés susceptibles de dénouer la crise faisaient toujours défaut. Depuis le coup de force flamand au Parlement belge, le 7 novembre, les négociations en vue de constituer un nouveau gouvernement sont gelées. Faute de recueillir un consensus immédiat, les problèmes communautaires et linguistiques sont censés faire l’objet d’un "dialogue" interparlementaire, la solution politique étant renvoyée vers la mi-2009, à l’occasion des élections régionales. Dans l’immédiat, la coalition serait chargée de négocier un gouvernement socioéconomique. Mais les partis flamands, qui exigent des "garanties" en vue d’une réforme communautaire, se montrent impatients. Les francophones, eux, se drapent dans leur habit de communauté bafouée. Le quotidien Le Soir craignait que la marche unitaire donne "un nouveau signal de la fracture qui divise les deux opinions publiques".

Voir aussi…

Le Roi appelle Flamand et Wallons au dialogue 

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