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Les programmes d’afterschool en français en plein essor dans la région de San Francisco

Moins d’un an après sa création, l’association Éducation française dans la Bay Area connaît un succès retentissant. Avec 298 enfants pris en charge dans 10 antennes, l’EFBA permet aux élèves qui ne sont pas scolarisés dans des écoles françaises privées de garder un lien avec la langue de Molière. Six nouvelles antennes seront créées à la rentrée.

« Même avec des parents très motivés, il est très difficile de maintenir la langue et une fierté biculturelle s’il n’y a pas un système de soutien des familles, » explique Gabrielle Durana, présidente de l’EFBA. Cette Française expatriée aux États-Unis, née d’un père argentin et d’une mère italienne, s’y connaît en matière de déracinement… et d’attachement culturel. En avril 2009, cette écrivaine décide avec une dizaine d’autres amoureux de la langue française, parents ou non, de créer un programme de cours du soir pour les jeunes francophones et francophiles qui veulent maintenir et développer ce lien avec la langue. Le succès est instantané : 10 antennes sont créées, 298 enfants sont inscrits dans le programme. La demande est en effet très forte dans la région : 500 enfants sont d’ores et déjà inscrits pour la rentrée prochaine, et 6 nouvelles antennes vont ouvrir. Quasiment entièrement gérée par des bénévoles, l’association dispose néanmoins de 35 professeurs et assistants payés par les cotisations d’EFBA et les subventions du programme FLAM. Ils enseignent le français aux enfants par petits groupes de niveau à

raison de trois heures par semaine.

Langue d’héritage plutôt que maternelle
« Les familles se tournent vers ce programme parce qu’elles ont le français en héritage mais qu’elles ont peur de perdre la langue, d’autant plus si elles se projettent aux États-Unis sur le long terme », explique Ivan Bertoux, attaché culturel adjoint au consulat de France à San Francisco. « Si l’enfant est scolarisé en anglais, qu’il n’est pas exposé au français à la maison, qu’il regarde des films en anglais et que ses copains sont des petits Américains, en trois-quatre ans, il aura perdu toute pratique de la langue », poursuit-il. D’après une enquête réalisée par le consulat auprès de 145 familles ayant recours à l’EFBA, 60 % déclarent utiliser l’anglais comme langue principale à la maison. « Le fait qu’il faille enseigner le français à ces enfants comme s’il s’agissait presque d’une langue étrangère est un constat douloureux à accepter pour les familles, explique Gabrielle Durana. Il y a un sentiment de culpabilité, alors que c’est très difficile pour les familles de maintenir la langue sans l’appui d’une communauté. »

Un complément nécessaire aux écoles privées

Grâce aux 35 000 euros de subvention du programme gouvernemental FLAM visant à consolider le français comme langue maternelle, l’association est en mesure d’offrir à ses adhérents des tarifs abordables. Il s’agit de la plus grosse enveloppe délivrée par le programme FLAM dans le monde. Un facteur non-négligeable quand on sait que, d’après l’enquête réalisée par le consulat, 41 % des familles ayant recours à l’EFBA déclarent ne pas avoir les moyens de scolariser leurs enfants dans une de ces institutions privées. Dans la même enqu

ête, seulement 13 % des familles déclarent être sûres de vouloir retourner en France, rendant moindre l’intérêt de l’obtention de diplômes français pour leurs enfants. Via ses nombreuses antennes, l’EFBA est aussi une solution accessible pour les familles qui vivent éloignées des écoles françaises privées de la Bay Area. Les nouvelles antennes qui ouvriront à la rentrée seront notamment situées dans des villes comme Santa Cruz, à 120 kilomètres au sud de San Francisco.

Pour autant, ces programmes n’ont pas la prétention de se substituer à la formation délivrée par les écoles françaises privées de la Baie : « Quelques heures de cours par semaine ne remplaceront jamais une école à temps plein. Il ne faut pas s’attendre à ce que les 27 ou 30 h d’une école franco-américaine rétrécissent au lavage et que magiquement on arrive au même niveau en 3 heures », concède la présidente de l’EFBA. Les enfants pris en charge par le programme de cours du soir de l’EFBA ne suivent pas un enseignement les préparant aux certifications telles que le brevet des collèges ou le baccalauréat. « Ce sont des cours de français, et non pas en français », précise Gabrielle Durana. Les enfants suivent néanmoins un programme scolaire et reçoivent une certification à travers l’obtention du DELF (Diplôme élémentaire en langue française). À terme, l’association espère rendre possible pour les meilleurs élèves un système de passerelle entre l’EFBA et les écoles françaises privées de la région.

Les classes bilingues pas à l’ordre du jour
Se pose alors la question d’intégrer cet enseignement du français à des cursus publics américains, comme c’est notamment le cas à New York avec les expériences de classes d’immersion bilingues. Si Gabrielle Durana cite l’association EFNY qui promeut l’éducation francophone à New York comme exemple, elle précise que le principe de classes d’immersion bilingues n’est pas encore à l’ordre du jour. « Les directions des affaires scolaires dans les villes sont tellement alarmées des coupes sombres dans leur budget qu’elles ne sont pas réceptives à l’idée d’investir pour créer des classes bilingues, explique-t-elle. S’il y avait une reprise économique, on pourrait leur soumettre l’idée. » L’autre problème serait qu’un tel système de classes d’immersion bilingue risquerait de concurrencer les écoles françaises privées de la région. « Il ne faudrait pas que des classes d’immersion bilingue mettent en danger les écoles privées, explique Ivan Bertoux. L’équilibre économique des écoles publiques en Californie est tellement fragile que ça n’aurait pas de sens de dépendre de ces formations pour l’enseignement du français ». À l’heure actuelle, l’attaché

culturel adjoint du consulat se veut rassurant : « Si l’on refuse l’approche malthusienne, et à condition de respecter les équilibres, il y a sans doute de la place pour toutes ces formations, qui par nature sont très différentes »

Infos pratiques :

À la rentrée 2010, 16 antennes de l’EFBA seront opérationnelles dans la région de San Francisco : San Francisco (trois antennes), San Anselmo, Mill Valley,  Burlingame, Foster City, Palo Alto, Mountain View, San Jose, Sunnyvale, Santa Cruz, Alameda, Berkeley, Fremont, Tri-valley (Pleasanton, Livermore, Dublin).

Les cours de l’EFBA se tiennent deux fois par semaine pendant 1 h 30 à l’intérieur d’un établissement scolaire local, après l’école.

Pour les enfants de la grande maternelle au collège.

Tarifs : de 13 à 20$/h

Plus d’informations : www.efba.us

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